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Publié Mars 2026

Cantine, ferme et épicerie ou la construction d’un écosystème nourricier 

Est-il possible de proposer une cuisine accessible au plus grand nombre, alimentée par une filière maraîchère intégrée ? Un exemple inspirant à Paris nous montre que oui. Arnaud Dalibot a fondé une cantine durable nourrie en partie par sa ferme maraîchère installée à une heure du restaurant. Ce modèle pluridisciplinaire essaime en Europe.

En 2014, avec l’ouverture de son premier restaurant Mûre à Paris, Arnaud Dalibot pose la première pierre de son édifice nourricier. “L’idée était de créer un lieu avec une cuisine maison, à dominante végétale, élaborée à partir de produits les plus locaux possible. Au début, nous achetions les produits à des maraîchers des environs et nous complétions leur production avec des approvisionnements à Rungis (un marché international de la banlieue parisienne destiné aux professionnels). Le challenge était de pouvoir proposer une cuisine de très bonne qualité mais avec des prix habituellement réservés à la restauration rapide, soit une formule complète à 10€.” 

Un pari rendu possible grâce aux volumes de production – jusqu’à 300 déjeuners servis chaque jour – et au fait maison. “Nous n’avons jamais perdu de temps à mettre nos produits en barquette. Les clients viennent, choisissent ce qu’ils veulent sur le comptoir et nous les servons”, explique le restaurateur. 

De longs mois durant, Arnaud Dalibot travaille comme un acharné à la réussite du projet. “Je voulais prouver que manger sain et local pouvait être accessible à un plus grand nombre et pas seulement à une élite et à la clientèle des restaurants gastronomiques.” 

Mais la cantine Mûre n’est que la première étape d’un projet plus ambitieux. Le restaurateur, dès le début, souhaite nourrir sa cantine d’une production maraîchère intégrée. “J’avais, bien sûr, entendu parler des potagers du chef français Alain Passard ou de l’Américain Dan Barber mais je voulais l’appliquer à une restauration à plus grande échelle.” 

Arnaud Dalibot rencontre un agriculteur installé non loin de Paris qui reprend la ferme de son père avec pour ambition de développer le circuit court et le bio. “Ils avaient une exploitation de 150 hectares, il a su m’en trouver trois pour débuter notre activité maraîchère; une jolie prairie à Presles-en-Brie (Seine-et-Marne).” Il est tout de suite rejoint par Marie Kimmerlin, chargée de la mise en culture du terrain. Arnaud y passe quant à lui un jour par semaine. 

Rapidement, les premiers légumes sortent de terre mais il faut s’armer de patience pour voir la ferme trouver un point d’équilibre. “Désormais, la ferme compte trois emplois à temps plein ainsi que deux saisonniers sur une surface cultivée d’un petit peu plus d’un hectare. Nous travaillons en nous inspirant de la méthode du maraîcher québécois Jean-Martin Fortier.” Laquelle consiste à cultiver de petits espaces de manière intensive et en bio. 

“Il y a eu cinq années de test et d’apprentissage. La ferme en tant que telle a longtemps été très déficitaire. Il fallait le temps de comprendre notre terrain, d’amortir les investissements. Sans compter que, par exemple, le verger – planté il y a quelques années- commence seulement à être productif. Nous pensions cette année pouvoir parvenir à un équilibre mais avec le climat, l’année a été très compliquée.”

Atteindre une activité à l’équilibre serait pour son fondateur le plus bel aboutissement. “Si nous y parvenons, nous pourrons prouver que le modèle est viable, duplicable et qu’il est possible de servir des repas entre 10 et 15€ en intégrant une majeure partie de la chaîne de production.” 

En France et ailleurs, d’autres établissements ont épousé le même fonctionnement. Chloé Jakubowicz et Alice Chabanon, propriétaires du restaurant Champ Libre à Paris, ont commencé il y a quelques mois à produire des légumes à une heure de la capitale pour nourrir leur cantine et maintenir des prix accessibles, ainsi chez elles le menu entrée, plat et dessert reste en-dessous de la barre des 20€. 

À l’Auberge Aux Bons Vivres, fondée par la photographe Anne-Claire Héraud, ce sont les légumes, fruits, aromatiques, fleurs, oeufs, pain au levain, pâtes artisanales, farine et lentilles de la ferme des Trois Parcelles, tenue par son compagnon et située sur le même village, qui viennent agrémenter les assiettes. 

Même démarche à Waterloo en Belgique avec Popote, une petite table alimentée par le grand potager en permaculture. Et l’ambition est identique outre-manche chez Water Lane, dans l’East Sussex au Royaume-Uni, établissement fondé par les propriétaires de l’épicerie londonienne Melrose and Morgan. 

Loin de se reposer sur ses lauriers, Arnaud Dalibot a ouvert en janvier 2024, dans le cœur de Paris, une épicerie où les œufs, fruits et légumes de la ferme côtoient les produits d’autres agriculteurs et artisans vertueux. Dans la même veine à Bienne en Suisse, les propriétaires de la joyeuse épicerie Batavia ont mis en place un potager urbain en lieu et place d’un ancien stade.

Ainsi, restaurateurs, épiciers ou maraîchers sont de plus en plus nombreux à penser des écosystèmes complets, nourriciers et inclusifs, faisant ainsi la promotion d’un nouveau modèle de souveraineté alimentaire.

Author: Jill Cousin

Adresses 

FRANCE

  • Mûre
    6 rue Saint Marc, 75002 Paris (restaurant)
    54 rue du Faubourg du Temple, 75011 (épicerie)
  • Cantine Champ Libre
    9 rue Taylor, 75010 Paris 
  • Aux Bons Vivres
    13 place du Bourg, 45300 Yèvre-la-Ville

BELGIQUE 

  • La Popote
    113 rue de la Station, 1410 Waterloo

SUISSE 

  • Batavia Epicerie Moderne
    Kirchgässli 1, 2502 Biel 

ROYAUME-UNI 

  • Water Lane
    Hawkhurst, Walled Garden TN18 5DH 

 

Written by Jill Cousin

Jill Cousin

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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