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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Maraîchage à la nage

Il flotte, il vente, il drache. Les miss météo sonnent l’alerte. Rien n’y fait. La mer déborde, l’eau monte partout, même dans les champs. Les maraîchers doivent parfois se transformer en maîtres nageurs. En Haute-Garonne Pascal traverse désormais son terrain à la brasse coulée. Récit.

Vous les voyez vous les salades ?
Vous les voyez vous les salades ?

Pascal est maraîcher bio. Son terrain de jeu ? Quelques hectares en Haute-Garonne. De magnifiques terres en bordure de la Garonne. Le sol y est sableux, enrichi par le limon. Tout peut y pousser et c’est une aubaine pour un maraîcher, sauf que…

En une année, Pascal a subit trois inondations. Dès que les eaux montent, il est aux premières loges. La semaine dernière, ça n’a pas loupé. Au petit matin, alors que Pascal assure son traditionnel tour du propriétaire, il s’aperçoit que la Garonne est décidément très haute. Menaçante même. Il décide alors d’aller voir de plus près ses terrains et de ramener ses chevaux à la maison, bien à l’abri. Sa voiture passe deux grandes flaques d’eau sur la route… les pieds commencent à mouiller.

Des champs, où ça des champs ?
Des champs, où ça des champs ?

Arrivé sur place, le terrain est transformé en un bassin d’un mètre cinquante de profondeur. Les chevaux sont un peu plus loin, leurs sabots dans une trentaine de centimètres d’eau. Courageux, notre Pascal plonge dans l’eau froide, brave le courant, s’accroche à ce qu’il peut et va secourir les bêtes. Le cheval se montre docile et le suit dans cette grande piscine, mais la pouliche, pas question ! Elle ne plongera pas.

Pascal, maraîcher et maître nageur.
Pascal, maraîcher et maître nageur.

Qu’à cela ne tienne, Pascal reprend des forces sous une bonne douche chaude. Il y retourne l’après-midi avec sa compagne, Florence. On est toujours plus forts à deux. La première idée qui traverse l’esprit de notre maraîcher, c’est de prendre… un bateau ! Après tout, vu la hauteur de l’eau, autant traverser les champs à la rame. L’échec. Il y a trop de courant, le bateau n’avance pas. Pascal, grand seigneur enfile sa combinaison de plongée saute dans l’eau et pousse le bateau avec, à bord, sa dulcinée bien au sec. Un peu plus loin, valeureux chevalier, il la portera dans ses bras, toujours pour qu’elle ne se mouille pas. Quel romantique !

Les chevaux dans la gadoue.
Les chevaux dans la gadoue.

Et nos chevaux ? Ils finiront par suivre leurs maîtres, rassurés par la décrue assez rapide dans l’après-midi. Sains et saufs donc. En revanche, les dégâts sont considérables. Les terrains cultivés sont tous inondés et ne donneront plus rien : adieu blettes, salades, carottes ! La petite serre tient à peine debout, l’eau s’y est infiltrée. Quant à la grande serre, elle est totalement détruite. Le cabanon contenant le matériel est lui aussi inondé. Tout est sous l’eau, dans la boue créée par le limon. Ce même limon se dépose sur la terre après la décrue. D’ailleurs lors des inondations précédentes, Pascal avait carrément retrouvé des poissons dans ses fèves.

Alors là y'avait une serre...
Alors là y’avait une serre…

Aujourd’hui, le soleil brille sur les champs de Pascal. Mais ce vendredi, la météo semble avoir trouvé d’autres victimes. La tempête se dirige vers l’Ouest. Agriculteurs de Normandie et de Bretagne, rentrez vos bêtes et sortez vos palmes !

La cabane du jardinier, version pieds dans l'eau.
La cabane du jardinier, version pieds dans l’eau.

Written by Odile Mailhé

Odile Mailhé

Longtemps, Odile a connu la vie métro-boulot-dodo en banlieue parisienne. Jusqu'au jour où elle a mis les voiles pour sa Garonne natale. De nouveau dans son terroir, elle a choisi de le manger et d'en faire partager ses voisins en créant la première Ruche de France. Prête à tout, elle expérimente pour de vrai tout ce qui touche à l'agriculture locale. Seule condition : qu'il y ait toujours le haut débit pour tweeter ses aventures et ses exploits.

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Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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