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La question de la viande

Le chemin vers un système agricole véritablement régénératif se déroule souvent de manière inattendue. Pour beaucoup de nos agriculteurs biologiques, ce parcours a commencé avec l’adoption de cultures de couverture – des plantes cultivées non pas principalement pour être récoltées, mais pour protéger et enrichir le sol. Cependant, la gestion de ces cultures de couverture, en particulier dans des paysages complexes tels que les vergers d’avocatiers en terrasses du sud de l’Espagne ou les terrains vallonnés de vignobles où l’accès des machines est limité, a présenté un nouveau défi. C’est en cherchant des solutions que ces agriculteurs ont redécouvert un allié ancien : le bétail.Les agriculteurs ont découvert que les animaux étaient remarquablement aptes à gérer ces « herbes » et cultures de couverture. Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là. L’intégration du bétail a entraîné une cascade d’effets écologiques positifs. Leurs déjections fournissent une source naturelle d’engrais, riche en nutriments et en matière organique, améliorant progressivement la santé du sol. Le léger piétinement de leurs sabots peut aider à briser les couches superficielles compactées et à presser les graines dans le sol, facilitant la germination et la diversité végétale. En broutant, ils écrasent la matière végétale, créant un paillage naturel qui protège le sol de l’érosion et aide à retenir l’humidité. De plus, les animaux peuvent transporter des graines dans leur pelage et leur système digestif, contribuant à la dispersion des espèces végétales et renforçant la biodiversité – un processus appelé zoochorie. En essence, le bétail est devenu un partenaire actif dans la régénération de la terre, contribuant non seulement à la santé du sol, mais aussi en soutenant une plus grande biodiversité, y compris des pollinisateurs essentiels se nourrissant de pâturages diversifiés ainsi qu’une augmentation des populations de microbes et de vers bénéfique au cycle de la matière organique.Cette redécouverte a toutefois mis en lumière un autre problème urgent : la rareté des bergers et des professionnels qualifiés dans la gestion du bétail. Pendant des générations, les bergers étaient les gardiens de la terre, guidant leurs troupeaux de manière à bénéficier à la fois aux animaux et aux écosystèmes. Pourtant, une conjonction de facteurs – notamment l’essor de systèmes d’élevage intensifs, la faiblesse des rendements économiques issus des productions traditionnelles ovines et caprines, les conditions de vie exigeantes, les politiques de gestion du territoire en mutation et le vieillissement des populations rurales – a entraîné une forte diminution de leur nombre.Cela représentait un dilemme. Comment pouvions-nous, chez CrowdFarming, encourager l’intégration essentielle du bétail dans les systèmes régénératifs si les personnes mêmes capables de les gérer disparaissaient ? Ou, si les responsables agricoles prenaient eux-mêmes en charge la gestion des troupeaux, comment pouvions-nous ignorer une voie potentielle pour soutenir leurs moyens de subsistance, surtout lorsqu’elle s’aligne si harmonieusement avec notre modèle de connexion directe ?Parallèlement, tout au long de notre exploration de l’agriculture régénérative, nous avons rencontré des éleveurs remarquables. Ces personnes gèrent de vastes surfaces de terres avec un engagement inspirant, veillant à ce que le sol reste couvert la majeure partie de l’année, favorisant la biodiversité et stockant du carbone grâce à des systèmes de pâturage bien gérés. Beaucoup d’entre eux, comme Alfonso et Yanniek de La Junquera (Yanniek est également un membre estimé de notre comité “1% for the Soil”), Sergio et ses collègues d’Orgo, et Benedikt Bösel de Gut & Bösel, ont partagé leurs réflexions dans notre podcast « What The Field!? », mettant en lumière les profondes retombées écologiques de l’élevage pâturé et géré de manière régénérative.Cependant, ces agriculteurs pionniers font souvent face à d’importants défis. Ils doivent affronter la pression concurrentielle de l’élevage intensif, l’investissement financier requis pour la certification biologique, et un accès limité à des marchés qui reconnaissent et récompensent réellement leur engagement envers des normes élevées de bien-être animal et environnemental.Ces expériences et observations ont convergé vers une nouvelle étape pour CrowdFarming. Animés par notre engagement à soutenir les agriculteurs à l’avant-garde des pratiques biologiques et régénératives, nous introduisons des produits carnés provenant d’élevages responsables comme une évolution de notre modèle actuel. En créant un canal de vente direct et stable, nous cherchons à renforcer la viabilité économique de ces agriculteurs, soutenant leur transition vers – ou leur capacité à poursuivre – ces systèmes agricoles biologiques et régénératifs.Et nous franchissons cette étape après mûre réflexion et débat. Un débat à la fois interne et externe, avec des personnes nous soutenant dans cette décision et d’autres qui auraient préféré que nous ne la prenions pas. Je souhaite exprimer une gratitude particulière au groupe de personnes véganes travaillant chez CrowdFarming pour avoir participé à des discussions aussi constructives et avoir présenté un point de vue solidement argumenté.C’est une décision mûrie que nous prenons résolument, convaincus qu’une consommation modérée de viande provenant d’agriculteurs partageant nos valeurs peut nous aider à construire une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus durable.Qui fait partie de l’initiative Les producteurs participant à cette nouvelle initiative seront certifiés biologiques (ou en cours de conversion vers la certification biologique), leurs animaux seront majoritairement nourris au pâturage et les fermes mettront en œuvre activement des pratiques agricoles régénératives mesurables.Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la terminologie, il est important de clarifier ces termes :Agriculture biologique : au sein de l’Union européenne, des réglementations strictes encadrent l’agriculture biologique. Elles exigent que les animaux soient élevés principalement en extérieur avec un espace suffisant, qu’ils reçoivent une alimentation issue de sources biologiques et que l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) soit interdite. Par ailleurs, des limitations strictes s’appliquent à l’usage d’antibiotiques et d’autres traitements vétérinaires. Ces principes biologiques, combinés à nos exigences en matière de pâturage, excluent intrinsèquement les pratiques intensives telles que l’élevage en intérieur permanent ou l’engraissement en feedlot.Nourri au pâturage : une part importante des terres agricoles biologiques de l’UE, environ 44 %, est constituée de pâturages permanents. Si ces pâturages sont gérés de manière régénérative, l’opportunité de générer un impact positif sur l’environnement est considérable. Pour les animaux herbivores (ex : bovins, ovins) inclus dans cette initiative, leur alimentation sera composée à 100 % d’herbe et de fourrage issus de ces pâturages. Pour les animaux omnivores (ex : porcs), un minimum de 70 % de leur alimentation proviendra du pâturage, le reste étant constitué d’aliments complémentaires certifiés biologiques. Il est essentiel de noter que la définition du pâturage et du fourrage dans le cadre de ces standards exclut les ingrédients couramment utilisés dans les pratiques intensives, tels que les céréales (maïs, blé, orge), le tourteau de soja, les légumineuses à grains (pois, fèves) ainsi que certains sous-produits industriels.Agriculture régénérative : pour CrowdFarming, cela représente un engagement allant au-delà des pratiques biologiques standard, mettant l’accent sur l’amélioration active de l’écosystème agricole. Cette approche holistique se concentre sur la restauration et l’amélioration de la santé du sol, l’augmentation de la biodiversité et l’amélioration des cycles de l’eau. Les éleveurs participant à cette initiative respectent les principes biologiques (ou sont en conversion), répondent à nos standards de pâturage et suivent le protocole de Mesure, Reporting et Vérification (MRV) du Programme d’Agriculture Régénérative de CrowdFarming. Cela garantit que les pratiques mènent à des résultats positifs quantifiables, surveillés et rendus publics via notre Indice de Régénération. Les pratiques clés incluent souvent le pâturage tournant, qui imite le mouvement naturel des troupeaux sauvages en permettant aux pâturages de bénéficier de périodes de repos et de récupération, évitant le surpâturage et favorisant la régénération du sol, ainsi que la promotion de pâturages diversifiés.Transparence : principe incontournable au cœur du modèle CrowdFarming. L’authenticité des pratiques agricoles pour cette nouvelle offre de viande sera garantie à travers plusieurs couches de vérification robustes :– La certification biologique officielle de l’UE.– Un protocole interne, supervisé par nos équipes agronomiques, pour garantir le respect des niveaux minimums de pâturage.– Le cadre de Monitoring, Reporting et Vérification (MRV) au cœur de l’Indice de Régénération de CrowdFarming.Clarifier les enjeux : méthane, CO₂ et N₂O Les conversations sur l’élevage impliquent inévitablement les gaz à effet de serre, et les premiers arguments incluent souvent les rots des vaches (contre) ou le potentiel des pâturages à séquestrer du carbone (pour). Les choses ne sont ni noires ni blanches, et il est essentiel d’en parler de manière ouverte et précise.Méthane : les ruminants produisent du méthane par digestion. Contrairement au dioxyde de carbone (CO₂), qui persiste et s’accumule dans l’atmosphère pendant des siècles, le méthane est un gaz puissant mais « de courte durée », se décomposant en environ 10–12 ans : ce qui signifie qu’il n’a pas le même effet de réchauffement que le CO₂. Bien que les niveaux mondiaux de méthane doivent être significativement réduits dans tous les secteurs (y compris les combustibles fossiles et les décharges), la science climatique indique qu’il n’est pas nécessaire d’éliminer entièrement le méthane agricole pour stabiliser les températures. Les stratégies compatibles avec les systèmes pâturés, telles que l’amélioration de la santé des animaux, la sélection génétique pour des émissions plus faibles, et l’optimisation potentielle de la diversité du fourrage, offrent des voies de réduction durable.Séquestration du carbone : les prairies bien gérées et les systèmes intégrant des arbres (agroforesterie) ont le potentiel de capter du CO₂ de l’atmosphère et de le stocker sous forme de carbone dans les sols et la biomasse. Bien que la quantité exacte et la permanence à long terme de cette séquestration soient complexes et varient considérablement selon le type de sol, le climat et l’histoire de gestion, se concentrer sur ces pratiques contribue positivement à la santé des sols et à la résilience des écosystèmes, indépendamment du seul bénéfice carbone. CrowdFarming met l’accent sur la vérification de pratiques connues pour renforcer la santé des sols, plutôt que de faire des revendications spécifiques sur la négativité carbone au niveau de chaque ferme, ce qui reste difficile à démontrer de manière définitive d’une année à l’autre.Protoxyde d’azote (N₂O) : gaz puissant et de longue durée de vie, les émissions de N₂O en agriculture sont fortement liées à l’usage d’engrais azotés de synthèse et à la gestion du fumier. En exigeant la certification biologique (éliminant les engrais de synthèse) et en privilégiant des systèmes basés sur le pâturage (réduisant la concentration du fumier), notre approche réduit intrinsèquement les risques liés au N₂O par rapport aux modèles intensifs. De plus, l’intégration de légumineuses fixatrices d’azote comme le trèfle dans les pâturages peut réduire considérablement, voire éliminer, le besoin d’intrants azotés externes, atténuant ainsi davantage les émissions de N₂O.Offrir une meilleure alternative Cette initiative va bien au-delà de l’introduction d’une nouvelle catégorie de produits. Son objectif principal est d’apporter un soutien économique tangible aux agriculteurs qui sont à la pointe des systèmes d’élevage écologiques et régénératifs. En établissant ce canal direct, nous visons à leur apporter une source de revenus plus prévisible, renforçant ainsi leur stabilité financière et leur capacité à maintenir et développer des pratiques ayant des bénéfices substantiels pour nos écosystèmes.Nous comprenons et respectons que certaines personnes choisissent un mode de vie végétarien ou végan pour des raisons environnementales ou éthiques, et plusieurs d’entre nous suivent cette voie chez CrowdFarming. En effet, de grandes institutions scientifiques, comme le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), soulignent que des régimes alimentaires équilibrés incluant une réduction de la consommation d’aliments d’origine animale – en particulier ceux issus de systèmes à fortes émissions – peuvent contribuer significativement à atténuer les émissions de gaz à effet de serre et à réduire les pressions environnementales.Cependant, de nombreuses personnes consomment encore des produits animaux et recherchent des viandes de haute qualité alignées avec leurs valeurs en matière de bien-être animal et de responsabilité environnementale. Cette quête de qualité est soutenue par des recherches indiquant des différences nutritionnelles dans les viandes et produits laitiers. Des études ont montré que les produits issus d’animaux nourris majoritairement au pâturage, par rapport à ceux nourris avec des rations concentrées, tendent à présenter des niveaux plus élevés d’acides gras oméga-3 bénéfiques, un meilleur rapport oméga-6/oméga-3, des niveaux plus élevés d’acide linoléique conjugué (CLA) et des concentrations plus élevées de certaines vitamines comme E et certaines vitamines du groupe B. Pour ces consommateurs, trouver et vérifier des produits issus d’agriculteurs adoptant des méthodes biologiques, basées sur le pâturage et véritablement régénératives reste souvent un véritable défi.Nous considérons cette initiative comme une opportunité significative de sensibiliser les consommateurs aux impacts positifs de l’intégration bien gérée du bétail dans l’agriculture biologique régénérative. Elle permet également de mettre en lumière la distinction entre ces modèles agricoles et d’autres systèmes pouvant avoir des conséquences plus néfastes sur l’environnement et le bien-être animal. Nous sommes convaincus qu’en favorisant une meilleure compréhension et en offrant un accès direct à ces produits issus de pratiques attentives, nous pouvons encourager davantage d’agriculteurs à adopter ces philosophies bénéfiques de gestion des terres. Cela permet également aux consommateurs de prendre des décisions éclairées sur l’origine et les méthodes de production de leurs aliments.Cette expansion est une évolution soigneusement réfléchie pour CrowdFarming, renforçant notre engagement indéfectible à construire une chaîne agroalimentaire plus juste, durable et résiliente. En offrant un accès direct à des viandes provenant de fermes respectant ces normes rigoureuses – biologiques, basées sur le pâturage et vérifiées comme régénératives – nous donnons aux consommateurs les moyens de soutenir directement les agriculteurs investissant dans le bien-être animal et la santé des écosystèmes. Nous sommes enthousiastes à l’idée d’ouvrir ce nouveau chapitre avec notre communauté de consommateurs et d’agriculteurs.

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Rester en bonne santé dans un monde toxique, avec la Dr Jenny Goodman

# | Juin 2026

La Dr Jenny Goodman a suivi une formation de médecin conventionnel avant de consacrer plusieurs décennies à développer une pratique en médecine écologique, un domaine qui accorde une grande importance à la nutrition, aux toxines environnementales et aux causes profondes des maladies, ce que la médecine conventionnelle, selon elle, ne fait tout simplement pas. Elle est l’auteure de *Staying Alive in Toxic Times* et *Getting Healthy in Toxic Times*. Nous nous sommes entretenus avec elle au sujet des pesticides, du microbiote intestinal, des raisons pour lesquelles les gouvernements ne nous protègent pas, et de ce que nous pouvons réellement faire pour y remédier.Vous avez suivi une formation de médecin généraliste, vous êtes passé par tout ce parcours, puis vous avez tourné le dos à cette voie. Que s’est-il passé ? C’est arrivé bien plus tôt que la plupart des gens ne s’y attendent. Probablement dès la première ou la deuxième année de médecine, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais le moment de la véritable désillusion est survenu au début de la troisième année, lorsque nous devions enfin rencontrer des patients et apprendre l’art de soigner. Je me suis dit : « Maintenant, je vais comprendre à quoi servaient toute cette anatomie, cette physiologie et cette biochimie. » Au contraire, le mot « guérison » était tabou dans les services. Le mot « remède » était tabou. On ne parlait que de prise en charge des symptômes : les atténuer à l’aide de médicaments, puis en prescrire d’autres pour gérer les effets secondaires. Personne ne rentrait chez soi en bonne santé. Personne ne rentrait chez lui en bonne santé. L’Organisation mondiale de la santé définit la santé comme un état de bien-être complet sur les plans mental, physique et spirituel. Non seulement les patients n’atteignaient jamais cet état, mais ils ne cherchaient même pas à y parvenir, et ils auraient été gênés si vous en aviez parlé. On n’a pas non plus cherché à s’intéresser aux causes profondes. Je me demanderais : pourquoi cet homme de 40 ans a-t-il eu une crise cardiaque ? Pourquoi cette femme de 45 ans a-t-elle un cancer du foie ? Et non seulement ils n’avaient pas de réponses, mais la question elle-même était taboue. Avez-vous trouvé un traitement issu de la médecine conventionnelle qui vous ait été bénéfique ?La médecine d’urgence. Cela me plaisait parce que je n’avais rien à redire sur la façon dont les choses se passaient. La médecine conventionnelle est formidable en cas d’urgence : si vous vous cassez un os ou si vous faites une crise cardiaque, à ce moment-là, c’est exactement ce dont vous avez besoin. J’avais le sentiment de faire ce qu’il fallait. Mais je ne voulais pas en faire mon métier à vie. Ce qui a finalement tout changé, c’est la découverte de la British Society for Ecological Medicine à la fin des années 90, environ 17 ans après l’obtention de mon diplôme. Ces médecins pratiquaient le genre de médecine que j’avais imaginé apprendre à l’âge de 19 ans. Ils s’attaquaient aux causes profondes des maux, aidaient les gens à aller mieux, sans aggraver leur état. Mais qu’est-ce que la médecine écologique, au juste ?Elle comporte deux volets. Le premier concerne la nutrition : identifier les substances bénéfiques qui manquent à notre organisme, comprendre pourquoi elles font défaut et les réintroduire. La seconde concerne la médecine environnementale : identifier les toxines industrielles qui se sont introduites dans notre organisme et apprendre aux gens comment les éviter à l’avenir. Et ces deux volets sont étroitement liés, car une grande partie des causes de nos carences nutritionnelles trouve son origine dans l’agriculture. La raison pour laquelle on parle d’approche « écologique » est double. Premièrement, nous considérons l’organisme dans son ensemble comme un écosystème cohérent. En médecine conventionnelle, si vous consultez votre médecin généraliste et que vous lui dites que vous souffrez de douleurs articulaires, d’une éruption cutanée et de difficultés respiratoires, il vous orientera vers trois spécialistes différents qui n’ont aucun moyen de communiquer entre eux. Le corps forme un tout. Nous cherchons à identifier ce qui provoque l’apparition d’une inflammation dans tous ces différents systèmes. Mais c’est également écologique au sens large : le corps humain n’est pas seulement un écosystème, il fait partie intégrante de l’écosystème de la planète Terre. Il ne s’agit pas là d’un discours vague issu du mouvement New Age. Ce sont les principes fondamentaux de la biologie, de la physique et de la chimie. Tout ce que nous rejetons dans l’air, nous l’inhalons. Tout ce que nous rejetons dans l’eau, nous le buvons. Tout ce que nous rejetons dans le sol est absorbé par les plantes, finit dans notre assiette et pénètre dans notre organisme — y compris dans notre microbiote intestinal. Il n’y a pas de séparation. Nous ne pouvons pas empoisonner la planète sans nous empoisonner nous-mêmes. Vous avez déclaré que les agriculteurs détenaient la clé des solutions en matière de santé publique. Pourquoi ? Car le lien est direct. Si les agriculteurs cultivent des aliments dans un sol appauvri en nutriments en utilisant des engrais synthétiques qui ne contiennent pas les minéraux dont nous avons besoin — pas de magnésium, pas d’iode, pas de chrome, pas de zinc, aucun de ces éléments dont je constate que les gens souffrent cruellement de carences après 26 ans d’exercice —, alors les aliments qui se retrouvent dans votre assiette sont eux aussi appauvris sur le plan nutritionnel. Et s’ils utilisent des pesticides, ceux-ci tuent les bonnes bactéries présentes dans le sol, qui sont chargées d’apporter l’azote et les minéraux aux racines des plantes. Vous n’obtenez pas seulement des cultures empoisonnées. Vous obtenez des cultures vides de toute valeur nutritionnelle. Partout où je vais, les agriculteurs sont impatients de se convertir à l’agriculture biologique et régénérative. Il n’y a aucun problème idéologique. La transition pose un problème économique. Mais une fois qu’ils ont franchi le pas, ils réalisent des économies : ils ne dépensent plus d’argent en pesticides et engrais de synthèse. Le problème, c’est que les gouvernements doivent subventionner la transition vers une agriculture familiale à petite échelle, à taille humaine, biologique et régénérative, au lieu de subventionner l’agro-industrie. Nos recherches ont révélé qu’environ 84 % des Européens ont à tout moment au moins deux ou trois pesticides différents dans leur organisme. Quels sont les effets réels de ces substances sur l’organisme ? Je devrais commencer par la détoxification, car nous disposons effectivement de moyens pour éliminer ces substances — mais permettez-moi d’abord de vous expliquer les mécanismes en jeu, car il est important de les comprendre.La plupart des insecticides et des pesticides sont des inhibiteurs de la cholinestérase. Pour comprendre pourquoi cela est important, vous devez savoir comment fonctionne la transmission nerveuse. Lorsqu’une impulsion électrique parcourt votre système nerveux, à chaque synapse — chaque espace entre les cellules nerveuses —, elle se transforme brièvement en signal chimique. Le neurotransmetteur responsable de ce passage chimique est l’acétylcholine. Une fois qu’elle a rempli sa fonction, elle doit être dégradée, sinon le système reste bloqué en mode « activé » et se retrouve paralysé. L’enzyme qui la dégrade s’appelle l’acétylcholinestérase. Les pesticides ont pour effet de détruire cette enzyme. Le système ne peut plus se réinitialiser. Il se bloque. Et c’est l’un des principaux mécanismes à l’origine de la détérioration neurologique : la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, la maladie des motoneurones et la maladie d’Alzheimer. Et il ne s’agit pas là d’une hypothèse marginale. Lorsque j’ai commencé à rédiger mon deuxième livre, je me suis dit : « J’espère pouvoir trouver une demi-douzaine d’études établissant un lien entre les pesticides et ces maladies. » J’ai été submergé. Il existe des dizaines de milliers d’études, publiées dans des revues scientifiques et médicales à comité de lecture, qui démontrent des liens étroits entre les pesticides et la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, la SLA et la plupart des formes de cancer. D’où proviennent ces substances chimiques, d’un point de vue chimique ?Leur composition chimique repose sur les gaz neurotoxiques utilisés pendant les guerres mondiales — en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, les fabricants ne pouvaient plus commercialiser ces produits. Ils les ont donc transformés, d’abord en insecticides, puis en herbicides, en fongicides, etc. Il s’agit essentiellement de la même composition chimique, légèrement modifiée, que celle qui servait à tuer des êtres humains. Ce sont des armes biologiques. Et bien sûr, elles tuent la faune sauvage, perturbent les bactéries du sol, nuisent aux mammifères et nous nuisent à nous aussi. Vous avez également évoqué la perturbation endocrinienne comme troisième domaine d’impact majeur.Oui. Certaines molécules de pesticides présentent une structure similaire à celle des œstrogènes. Elles se fixent sur les récepteurs d’œstrogènes dans l’organisme et déclenchent des effets œstrogéniques. De nombreux métaux lourds — l’aluminium, le nickel, le mercure, le cadmium — semblent avoir un effet similaire. Les conséquences sont déjà visibles chez la faune sauvage : féminisation des poissons mâles dans les rivières, baisse spectaculaire de la fertilité chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons. Et chez l’homme : le nombre de spermatozoïdes ne cesse de diminuer depuis des décennies dans l’ensemble du monde occidental. Il existe une étude danoise classique comparant la numération des spermatozoïdes chez des agriculteurs biologiques et non biologiques. Les agriculteurs biologiques présentaient une excellente numération des spermatozoïdes et avaient des enfants en bonne santé. Les agriculteurs non biologiques, quant à eux, affichaient des chiffres inquiétants. Dans mon cabinet, l’infertilité dite « inexpliquée » était l’un des cas les plus fréquents que je rencontrais. Lorsque l’on adopte une alimentation équilibrée et que l’on identifie et élimine les métaux lourds et les pesticides, les couples parviennent souvent à concevoir en moins d’un an. Et les dommages ne se limitent pas à une seule génération. Ces substances chimiques peuvent se fixer — littéralement s’accrocher à l’ADN, tant de l’ovule que du spermatozoïde — et être transmises. Il s’agit là de dommages multigénérationnels. Le glyphosate revient sans cesse dans cette discussion. Est-il vraiment aussi dangereux qu’on le dit ? L’Organisation mondiale de la santé classe le glyphosate parmi les substances cancérigènes. L’argument avancé par Monsanto Bayer est que la voie métabolique dans laquelle le glyphosate interfère chez les plantes n’existe pas dans les cellules des mammifères. C’est techniquement vrai. Mais elle existe bel et bien chez les bactéries de notre intestin. Et le microbiome n’est pas un simple accessoire facultatif : il est aussi vital que le foie ou les reins. Le glyphosate l’empoisonne, et c’est pour cette raison que nous tombons malades. Sa structure moléculaire présente également un aspect profondément inquiétant. Le glyphosate est structurellement très similaire à la glycine, un acide aminé essentiel qui entre dans la composition de nos tissus conjonctifs — tendons, ligaments, collagène. Il est biologiquement plausible que, chez les personnes dont l’apport en protéines est insuffisant, l’organisme puisse substituer le glyphosate à la glycine dans les molécules de collagène, ce qui compromettrait leur résistance structurelle. Personne n’a financé cette recherche. Qui le ferait ? En attendant : si vous ne faites pas vous-même votre pain à partir de farine bio, vos enfants ingèrent du glyphosate tous les jours.Que peuvent-ils faire concrètement ?Tout d’abord : mangez bio. Lorsque les gens adoptent ce mode d’alimentation, je constate systématiquement une amélioration de leur santé. Au bout de quelques mois, ils n’ont plus besoin de compléments alimentaires, car ils tirent enfin les nutriments dont ils ont besoin de leur alimentation, comme c’était le cas autrefois. En ce qui concerne le prix — la critique est justifiée, mais la manière dont elle est présentée est trompeuse. Les aliments bon marché produits en masse sont en réalité subventionnés, car les dommages environnementaux qu’ils causent ne sont pas pris en compte dans leur prix. Si l’on facturait le coût réel, les aliments bio l’emporteraient haut la main. Il existe également des ajustements pratiques : si vous mangez du poulet trois fois par semaine, optez pour du poulet bio et ne le consommez qu’une fois par semaine. Un poulet bio coûte moins cher que trois poulets élevés en batterie. Et considérez cela comme une assurance santé. Contracter un cancer coûte extrêmement cher — en perte de revenus, en traitements, en souffrances. Deuxièmement : filtrez votre eau. Dans de nombreuses régions d’Europe, l’eau du robinet non filtrée contient des résidus de pesticides, d’engrais, d’hormones issues du traitement hormonal substitutif et des contraceptifs, d’antibiotiques, de métaux lourds et de chlore. Un bon filtre à eau élimine la plupart de ces substances. Troisièmement : évitez tout contact avec les pesticides en dehors du cadre alimentaire. Les traitements anti-puces pour animaux de compagnie constituent une source majeure et souvent sous-estimée : la plupart d’entre eux sont des insecticides, quel que soit leur nom commercial. Renseignez-vous directement auprès de votre vétérinaire. La pulvérisation des accotements herbeux par les autorités locales représente une autre voie d’exposition, en particulier pour les jeunes enfants. Les campagnes visant à mettre fin aux pulvérisations inutiles ont véritablement gagné du terrain ces dernières années. En matière de détox, je présente sept approches dans mes livres : la vitamine C à forte dose ; les jus de légumes bio ; les bains au sel d’Epsom ; les séances de sauna courtes — point essentiel : cinq minutes seulement, et essuyez la sueur en continu plutôt que de laisser le corps la réabsorber ; des compléments alimentaires spécifiques comme la phosphatidylcholine (présente dans le jaune d’œuf) et le glutathion ; l’hydrothérapie du côlon pour certaines personnes ; et la culture de graines germées sur le rebord de votre fenêtre. De minuscules pousses de brocoli de deux centimètres contiennent jusqu’à 50 fois plus de nutriments qu’une tête de brocoli mature. Pourquoi aucune mesure n’a-t-elle été prise à ce sujet, que ce soit au niveau du gouvernement ou du secteur ?En un mot : le capitalisme. Ces produits sont extrêmement rentables, et les entreprises qui les fabriquent disposent des ressources nécessaires pour contrer les recherches indépendantes par leurs propres études. Le schéma est le même pour tous les pesticides : ils sont mis sur le marché, puis interdits dix ans plus tard, lorsque les preuves deviennent indéniables. Les entreprises affirment qu’elles vont repartir de zéro et mettre au point une version plus sûre. Puis celle-ci est également interdite. Quant aux gouvernements, ils ne sont pas des acteurs neutres. Les ministres détiennent des actions dans ces entreprises, tout comme ils en détiennent dans des laboratoires pharmaceutiques. Les autorités de régulation censées contrôler ce secteur sont composées de personnes ayant travaillé pour ce secteur. C’est le phénomène de la « porte tournante ». Accepter cette réalité a été pour moi une véritable désillusion, mais les faits sont là. Les seules personnes qui pourront nous protéger, c’est nous-mêmes. En faisant des choix alimentaires éclairés, en menant des campagnes de sensibilisation, en éduquant la prochaine génération — notamment en lui expliquant que le niveau de morbidité que nous observons, tant chez les enfants que chez les adultes, n’est ni normal, ni naturel, ni inévitable.

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2026/05 · Alimentation toxique, l’exposition invisible

2026/02 · La rentabilité de la régénération

2025/09 · Le lien entre la régénération et l’eau

La série Régénération : rapport sur l’impact de l’agriculture biologique-régénérative sur l’eau.Le réservoir vivant : régénérer l’eau à partir du solSaviez-vous que l’agriculture consomme déjà 70 % de l’eau douce mondiale et que la surexploitation des nappes phréatiques a été si extrême qu’elle a même modifié l’axe de rotation de la Terre ? Notre dernier rapport, « Regenerative Series: Harvesting the Rain », montre comment l’agriculture biologique-régénérative peut transformer les sols en véritables réservoirs vivants — protégeant ainsi notre alimentation et sécurisant notre avenir commun en matière d’eau. Le défi de l’eau et la solution du solEn Europe, 20 % des terres et 30 % de la population sont déjà confrontées chaque année au stress hydrique. Les sécheresses progressent vers le nord, les inondations s’intensifient au sud, et les sols — compactés et dégradés par l’agriculture conventionnelle — ne parviennent plus à retenir la pluie qui tombe encore. De plus, les engrais et pesticides ont pollué un tiers des eaux européennes, entraînant des coûts de dépollution de plusieurs milliards. L’agriculture conventionnelle n’est pas seulement vulnérable aux extrêmes climatiques — elle les aggrave.La bonne nouvelle, c’est que des sols sains agissent comme des éponges. Une augmentation de 1 % de la matière organique permet à un hectare de terre de stocker 75 000 litres d’eau supplémentaires et d’améliorer les taux d’infiltration jusqu’à 256 %. Des fermes comme La Junquera, BioSanz et Tropiterráneo en sont déjà la preuve : elles absorbent les crues, réduisent de moitié les besoins d’irrigation et transforment même des réservoirs stériles en écosystèmes florissants.Une vision plus largeLa sécurité hydrique ne dépend pas seulement de la pluie ou des barrages — elle dépend de la façon dont nous cultivons nos sols. Soutenir les agriculteurs qui « récoltent la pluie », ce n’est pas seulement un choix de consommation : c’est un investissement dans la résilience alimentaire, la biodiversité et la sécurité en eau pour nous tous.Plongez dans la science et les témoignages derrière la résilience de l’eau.

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