Vous cherchez autre chose ? 

Nous sommes joignables par email.

Sur le terrain

min

Publié Mars 2026

L’histoire d’une table

La Ruche qui dit Oui ! participe au Salon de l’Agriculture 2014. Sur son stand, elle souhaitait rassembler le plus de gens possible autour d’une idée simple… Un objet tout bête… Une table en bois. Pour y partager du bon pain comme de bonnes conversations. Elle a donc demandé à un artisan breton, découvert par ouï-dire, de lui confectionner un modèle unique. En nous livrant sa création, l’homme nous a aussi raconté sa vie, et celle-ci est tellement romanesque qu’on a décidé de vous la partager, à notre tour…

Camille, dans les bureaux de La Ruche qui dit Oui !
Camille, dans les bureaux de La Ruche qui dit Oui !

Fils d’agriculteurs, Camille Gaboriau arrêta l’école de bonne heure. Il avait le goût du bois, pas du bachotage, et ce depuis l’âge de huit ans quand il vit son père travailler cette matière noble. À seize ans, Camille passe en apprentissage et se forme à la charpenterie ainsi qu’à la menuiserie, jusqu’à ce que le service militaire ne l’envoie à la base des Fusiliers Marins de Lorient, faisant de lui le dernier homme à intégrer la corporation des charpentiers de marine avant sa dissolution. Car aujourd’hui, les bateaux de l’armée sont en métal. « A l’exception des bateaux de démineurs qui sont en acajou », précise Camille, « car le bois n’est pas détecté magnétiquement ».

Les outils de la construction navale : l'étoupe, le maillet, le fer à calfat et le chanvre.
Les outils de la construction navale : l’étoupe, le maillet, le fer à calfat et le chanvre.

Une fois le service terminé, Camille est libre de retourner travailler dans le bâtiment. Mais il a le mal de terre : c’est définitif, les bateaux en bois le font chavirer. D’autant plus que le métier lui semble menacé. « On voyait arriver les fenêtres toutes faites, les volets en plastique, etc. J’ai eu peur. » Il passe son CAP Charpentier de Marine en 1989 et, dès son premier stage, travaille sur une réplique d’une nef de Christophe Colomb commandée par un acteur de théâtre. Plus tard, il participe aussi aussi à la construction du Renard de Saint-Malo, copie-conforme d’un légendaire voilier du XIXe siècle portant le même nom. Après une brève incursion dans le monde du salariat, Camille décide de continuer sa route sans patron et de sillonner la Bretagne à bord d’un camion équipé d’un poêle à bois. « J’avais besoin de bouger. Un charpentier de marine, c’est libre tout le temps. Tu vas là où il y a le travail. » Pour vivoter, il fabrique avec des copains la fausse épave du Capitaine Crochet que l’on peut encore voir aujourd’hui dans l’attraction Peter Pan, à Disneyland. Jusqu’au jour où il jette l’encre : « J’ai rencontré une femme adorable, artiste peintre. On s’est marié. On a sept enfants. »

Camille fait presque tout à la main. Mais pas le ponçage, ça ferait mal aux doigts.
Camille fait presque tout à la main. Mais pas le ponçage, ça ferait mal aux doigts.

Camille s’installe avec sa famille dans un corps de ferme au milieu d’un petit village proche de Saint-Malo, complètement à l’écart de la normalité qu’impose sa profession où l’on préfère généralement vivre les pieds dans l’eau. Il se met à son compte et fonde une entreprise pour mener des projets tous azimuts, que lui apportent trois types de clientèles : les associations de sauvegarde de vieux bateaux (comme SOS Baleine mais pour les monocoques), les marins pêcheurs, et les plaisanciers amoureux de belles embarcations. Pour eux, Camille ne compte pas son temps : il peut passer plus de 600 heures sur un chantier. « Je travaille beaucoup à la main, souvent la machine ne passe pas. C’est un métier pointu. »

A cette même période, Camille monte une association dont le but est de restaurer le dernier pilote en bois à moteur (un pilote, c’est un petit bateau qui amène les gens sur un gros bateau). La Pilotine, c’est son nom, rassemble une centaine d’adhérents fidèles, et une fois par mois, une quinzaine d’entre eux viennent prêter main forte sur le chantier depuis maintenant… onze ans ! Mais Camille ne s’en lasse pas. « On est pas loin de finaliser, on est arrivé aux ¾ et on cherche encore des gens motivés. C’est aussi une manière de transmettre mon métier. »

L'atelier de Camille.
L’atelier de Camille.

On l’aura compris, Camille travaille le bois comme d’autres respirent. Alors, quand une drôle d’entreprise parisienne lui demanda de fabriquer une table sur mesure, il accepta sans hésiter. Pour ce projet il s’est basé sur les dessins de Guilhem Chéron, président de La Ruche qui dit Oui ! et designer de formation, qui ne rechigne jamais à inventer de nouveaux objets quand les circonstances le permettent.

« C’était très intéressant car c’était original », pensa Camille. « Il y avait une petite recherche à faire, des solutions à trouver. Le but c’est que ce soit fonctionnel. » Le résultat, après 100 heures de travail ? Une table en chêne d’ébénisterie, avec en son milieu trois ouvertures rectangulaires où s’incrustent des cagettes (conçues spécialement pour l’occasion) ou des planches en bois pour obstruer (la transformant alors en table de travail). Tout autour, six bancs étroits cachent sous leurs assises des porte-bouteilles. Voilà notre vaisseau pour le Salon de l’Agriculture ! Un objet sur lequel on pourra trinquer, croquer, taper du poing, tartiner, échanger, émietter, renverser, resservir… Vous embarquez ?

La Ruche qui dit Oui au salon de l'agriculture.
La Ruche qui dit Oui au salon de l’agriculture.

Pour contacter Camille, voici son adresse : chantier.gaboriau@gmail.com

Pour découvrir l’association « La Pilotine », cliquez ici.

Written by Benjamin Vincent

Benjamin Vincent

Sa première nouvelle rédigée à 15 ans ? Autobiographie d'une gazinière. Depuis, Benjamin, le benjamin des contributeurs de ce blog, adore écrire des histoires et invite dans ses récits détectives privés et reporters de l'extrême. Si ses personnages ont rarement existé, ses articles racontent pourtant la vérité.

Share this content:

Keep digging ...

Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

Lire

Sur le terrain

min

La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

Lire

Sur le terrain

2 min

Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

Lire