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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Quand le maraîchage permet de retrouver confiance et emploi

Maraîchage et insertion ont toujours fait bon ménage. Partout en France, des initiatives fleurissent pour remettre dans le droit sillon des personnes éloignées de l’emploi. Découverte dans le Nord d’un chantier d’insertion où l’on manie la bêche et la cagette.

« Lorsque j’ai débuté dans l’insertion, se rappelle Jean-Guy Henckel, directeur des Jardins de Cocagne, on n’offrait aux ‘pauvres’ que des boulots pourris. Je me souviens de taulards à qui l’on confiait la fabrication de pièges à rats. Le jardinage permet de se reconnecter à la terre, de construire un projet positif. »

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Vous avez besoin de légumes – Ils ont besoin de travail – Cultivons la solidarité ! », le slogan des Jardins Cocagne résume bien l’esprit de la démarche.

A Villeneuve d’Ascq dans le Nord, ça fait 30 ans qu’on en est conscient. En 1985, l’association ATD Quart Monde créé les Serres des Prés : 3 hectares exploités dont 5000 m2 de tunnels. Aujourd’hui, 30 ouvriers encadrés par deux maraîchers assurent toute la production de A à Z : suivi des sols et des cultures, récolte, stockage des légumes. Mais aussi la préparation, la réalisation des commandes et des livraisons (nettoyage, tri, calibrage, conditionnement) ainsi que l’entretien et le rangement des matériels comme des bâtiments dédiés à la production.

Et ça fait du bien de mettre les mains dans la terre ? Aux Serres des Prés, sur les 6 personnes ayant quitté la structure au 1er trimestre 2014, 1 personne a décroché un CDD, 2 suivent actuellement un parcours d’insertion professionnelle dans une brocante solidaire, 2 sont à présent en formation en restauration, 1 est toujours « en galère ».

Alliance*, c’est la belle histoire que les responsables aiment bien raconter. Réfugiée Rwandaise, en situation précaire et mère de 3 enfants à charge, elle travaille 18 mois au sein des Serres des Près. Habitée par une envie farouche de s’en sortir, elle participe aux travaux des champs, se révèle apte à prendre des responsabilités, sert au magasin de vente de l’exploitation, réalise la préparation des commandes de la Ruche qui dit Oui ! A l’issue de son contrat renouvelé 3 fois, elle s’oriente vers un projet professionnel qui raisonne en elle et intègre une structure pour devenir auxiliaire de vie. Mission accomplie.

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L’intérêt de choisir l’agriculture comme vecteur d’insertion ? Redonner du sens au travail, montrer à quoi sert (concrètement) ce que je fais.

Evidemment, il n’en est pas toujours ainsi mais les chiffres sont plutôt encourageants. En France, les projets d’insertion par les travaux agricoles représentent 8% des structures totales. Leur nombre progresse chaque année, soutenus par une volonté politique (locale, régionale, ou nationale) de développer et démocratiser l’agriculture biologique. « Le bio est un moyen de respecter les personnes qui travaillent, » confie Jean-Guy Henckel.

Mais qui finance et orchestre ces missions d’insertion ? Le plus souvent, il s’agit d’ateliers et de chantiers d’insertion (ACI). Pendant plusieurs mois, on y accueille sur des exploitations des hommes et des femmes de tous âges, en situation précaire (allocataires du RSA, sans revenus, sans domicile, sans qualification ni formation, chômeurs de longue durée, n’ayant jamais travaillé), rencontrant des difficultés d’ordre professionnel, social ou personnel. Ou parfois les trois.

« La structure d’insertion a pour mission de leur réapprendre à travailler et s’intégrer dans un projet collectif, explique Nathalie Picotin-Lo, directrice des Serres des Prés. Cela leur permet de reprendre confiance avant de repartir du bon pied pour se réinsérer dans le circuit professionnel. Notre rôle est d’accueillir, de former, d’accompagner, de redonner du sens au travail, d’apprendre à travailler ensemble. »

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Un des jardins de Cocagne, à Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines.

Côté financement, les contrats de travail de personnes en insertion (26h / semaine) sont financés en partie par l’Etat et le Conseil Général. L’agriculture biologique nécessitant beaucoup de main d’œuvre, ça tombe plutôt bien. En contrepartie, l’ACI doit assumer les coûts de la structure (encadrants techniques, encadrants sociaux, frais de fonctionnement) par la vente des légumes, comme toute structure commerciale qui se respecte.

« On doit se décarcasser pour vendre et valoriser les légumes pour équilibrer les comptes, explique Nathalie.  Vente de paniers par abonnements (Jardins de Cocagne), marchés, conciergeries d’entreprises, la Ruche qui dit Oui ! on écluse toutes les sortes de circuits courts. Ce modèle nous oblige à ne pas vivre sous perfusion de l’Etat et à nous former aux métiers de la logistique (préparation de commande), de la livraison et de la vente. »

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Les ESAT aussi marient maraîchage et insertion.

Au final, ne vous attendez pas acheter des légumes bio à prix dérisoire grâce à une main d’œuvre financée par l’Etat. Les légumes sont vendus au « prix du marché » pour équilibrer les budgets et assurer la formation et l’énorme accompagnement nécessaire. Mais ils ont un supplément d’âme, celui d’avoir remis dans les rails des personnes trop longtemps éloignées de l’emploi.

 * Le prénom a été modifié

 

 

 

 

 

Written by Eric Lesage

Eric Lesage

En partant vivre dans la campagne lilloise, Eric s'est dit que ce serait facile d'acheter directement chez les producteurs autour de chez lui. Mais comme ça prend un temps fou, il ne l'a jamais vraiment fait. Passionné par les nouvelles technologies, il s'est dit qu'on pouvait résoudre ce problème avec internet et pas mal de bon sens. Il a ouvert sa Ruche ... et partage ses rencontres, réflexions et déboires sur ce blog.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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