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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Aimer la mouche (même si c’est difficile)

La mouche… outragée ! La mouche… conspuée ! La mouche… martyrisée ! Mais la mouche… bientôt vengée ! Car cet animal sombre et raffiné n’est pas le malpropre que l’on pourrait penser, ni le parasite que l’on voudrait nous faire croire. Mieux, il joue dans notre écosystème un rôle crucial que nos vulgaires tapettes lui dénient. Alors rendons lui justice ! Et laissons nous séduire par le charme de cet insecte mal-aimé…

Qui es-tu, grosse mouche velue ?
Qui es-tu, grosse mouche velue ?

Commençons par une révélation choc : « mouche » ne signifie rien. C’est un mot vernaculaire, c’est à dire un mot que nous autres, masses ignorantes et superstitieuses, utilisons pour désigner ces insectes bruyants, moches, poilus et qui se ressemblent un peu tous. Mais les scientifiques ne voient pas les choses de cette façon. Eux parlent de l’ordre des diptères, qui regroupe 150 000 espèces à travers le monde, dont les fameuses mouches, mais aussi les moucherons, les moustiques et les taons. Quel est le point commun entre toutes ces créatures ? Elles ne possèdent qu’une paire d’ailes (di – deux ; ptéron – aîles), tandis que la plupart des insectes en ont deux. De plus, les diptères sont généralement couverts de poils. Le plus vieux fossile qu’on leur connaisse est âgé de 240 millions d’années, mais leur diversification remonte à 140 millions d’années : les dinosaures, donc, avaient certainement des mouches plein les yeux.

La mouche domestique
La mouche domestique est celle à laquelle nous sommes le plus habitués. Chaque automne, elle envahit nos maisons pour y passer l’hiver.

Bien qu’ils soient nombreux et diverses, les diptères possèdent des qualités que vous ne soupçonnez pas. Impossible de résumer ici toutes les manières sophistiquées dont ces insectes sont capables, notamment en terme de séduction. Car oui, la mouche drague, et plutôt finement. Prenons un seul exemple pour l’empathie : celui des empidines, aussi appelées « mouches danseuses ». Pendant la saison des amours, les empidines se regroupent dans de petits essaims d’une centaine d’individus et se font de l’esbrouffe (un genre de boite-de-nuit). Dans ces lieux de rencontre, il est de bon ton chez les mâles de venir avec une petite proie sous les pattes, délicatement emballée dans un cocon de soie, que l’on offrira aux femelles pour maximiser ses chances de reproduction. On appelle cela « le don nuptial ». Les femelles choisissent leur partenaire en fonction de la qualité de l’offrande, mais certains mâles sont des salopards, et se contentent de leur apporter des cocons de soie… complètement vides.

En plus d’être romantiques (et parfois roublardes), les mouches sont aussi coquettes. Vous l’avez sûrement remarqué : chaque fois qu’elles se posent, elles se frottent les pattes. Ils s’agit d’un mouvement de nettoyage, permettant de débarrasser leurs ailes et leurs poils des impuretés. Une autre théorie suggère qu’elles se frottent les pattes seulement quand elles pensent « ahah, nous allons conquérir le monde« , mais cela ne fait pas consensus… Notons que l’agilité de cet insecte fascine depuis toujours. En 1910, le naturaliste F. Percy Smith leur faisait déjà réaliser des acrobaties dans un court-métrage qui leur était dédié.

La mouche, donc, se respecte pour ce qu’elle est. Mais saviez-vous qu’elle pouvait être aimée pour ce qu’elle nous offre ? Car sans les mouches, notre monde ne serait pas tout à fait le même, et probablement deviendrait-il invivable…

Nous autres, masses bêlantes et vaniteuses, aimons rappeler dans les soirées cocktail que l’abeille est un insecte indispensable à nos écosystèmes. « J’adoOOore les abeilles. » Sauf que cette monomanie ne rend pas justice aux autres pollinisateurs (vents, scarabées, papillons, oiseaux, etc.), dont les mouches se trouvent au premier rang d’importance ! On ne s’en rend pas toujours compte car les plus actives d’entre elles, les syrphides, se déguisent en guêpes ou en abeilles pour effrayer les prédateurs. Il n’empêche qu’elles participent à la pollinisation d’environ 10% des cultures maraîchères (chou, colza, laitue, endive, carotte, oignon, poireaux, asperges, mangues, framboises, etc.), et jouent un rôle essentiel pour certaines plantes comme le thé. Surtout, accrochez vous bien, la mouche est l’unique pollinisatrice… du cacao, dont la fleur qui sent le champignon l’attire irrésistiblement ! Pas de mouche, pas de chocolat donc.

En dehors de l’agriculture, la mouche s’avère essentielle pour la reproduction d’un grand nombre de fleurs, notamment les plus petites d’entre-elles qui n’intéressent pas beaucoup les abeilles (trop snobes pour s’abaisser à cela), mais aussi, paradoxalement, la plus grande fleur du monde. C’est encore plus vrai dans les montagnes car en altitude les insectes ont tendance à se raréfier ; les mouches, par contre, ne craignent pas l’ascension des sommets.

Malgré tout, les rapports entre les agriculteurs et les mouches sont ambivalents. Un maraîcher les appréciera pour leur rôle de pollinisatrices, ainsi que pour leur capacité à réguler des populations de nuisibles (ce sont de grandes consommatrices de pucerons) ; mais il craindra certaines espèces comme la « mouche de la carotte », un parasite qui peut aussi ravager les cultures de panais, de persil et de céleri. Par ailleurs savez-vous que dans les Alpes, un type de mouche cause plus de dégâts que le loup ? Certaines espèces dites myasigènes, que l’on trouve par exemple dans la famille des oestridae, sont en progression dans les élevages. Leur particularité : pondre sur les animaux des larves qui les dévorent vivants…

Une mouche domestique qui sirote du nectar.
Une mouche verte, de la famille des calliphoridae, qui sirote du nectar.

Nous avons parlé de fleurs, de fruits et de chocolat. A présent parlons de pourriture. Car les mouches sont essentiellement des charognardes : elles se nourrissent de matières organiques en décomposition (plantes et animaux morts). Plus précisément, leurs larves s’en nourrissent, car les mouches adultes ont tendance à manger très peu durant leur courte existence. Sans elles, les matières en décomposition mettraient beaucoup plus de temps à se recycler, et le monde serait un endroit franchement sale où les maladies ainsi que les champignons toxiques proliféreraient. Et ce n’est pas tout ! Ces grandes nettoyeuses font aussi le ménage avec les déjections des animaux. C’est la spécialité des espèces scatophages, qui ont probablement co-évolué avec l’homme (prenant l’habitude de suivre ses troupeaux), et transforment les excréments en engrais dont la terre pourra bénéficier.

Les éboueurs font leur travail. D'ici quelques heures, la place sera propre.
Les éboueurs font leur travail et d’ici quelques jours la place sera propre. Plus la température est élevée, plus le nettoyage est rapide.

Vous connaissez certainement cette citation d’Einstein, qui est fausse et qu’il n’a de toutes façons jamais prononcée : « Si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour quatre ans à vivre. » La question mérite certainement d’être posée pour d’autres créatures, telles que les diptères. Et même si ces derniers ne sont pas menacés d’extinction, un proverbe simple devrait guider notre conduite : ne faites pas de mal à une mouche !

Written by Benjamin Vincent

Benjamin Vincent

Sa première nouvelle rédigée à 15 ans ? Autobiographie d'une gazinière. Depuis, Benjamin, le benjamin des contributeurs de ce blog, adore écrire des histoires et invite dans ses récits détectives privés et reporters de l'extrême. Si ses personnages ont rarement existé, ses articles racontent pourtant la vérité.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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