
Publié Mars 2026
Mutinerie village, le coworking s’invite à la campagne
Depuis l’été 2014, le petit hameau de Saint-Victor de Buthon dans le Perche compte 512 habitants, 48 vaches et l’un des premiers espaces de coworking en milieu rural. Visite.
Ca pourrait être la maison de week-end idéale pour Parisiens. Volets verts, murs de pierre, escaliers de brique, broc à brac, grange et dépendances et, surtout, 90 minutes chrono du périph’. « Une Abbaye de Thélème du XXIème siècle ? Un caravansérail des nomades numériques, une base arrière de pirates, d’entrepreneurs et d’indépendants ? Le Village est un mélange de tout cela », promet l’équipe sur le site de Mutinerie. Le Village, c’est aujourd’hui la petite soeur campagnarde d’un des premiers espaces de coworking parisien.

Il y a quatre ans, lorsque William van den Broek, ses deux frères et leur pote Xavier dessinent Mutinerie, c’est en premier lieu pour leur pomme. Fraîchement diplômés, ils ne s’imaginent pas entre quatre murs dans un espace de travail traditionnel avec un boss et une machine à café en poudre. Ils préfèrent se créer un environnement de travail sur mesure, pour eux, et pour ceux qui s’y sentiront bien. « Nous sommes jeunes et nous rêvons d’une (micro) société idéale. Notre grand projet est d’inventer un mode de vie et de travail intégré. »
Aujourd’hui, la vie pour les 4 acolytes approchant de la trentaine ne se limite pas au bouillonnant 19e arrondissement parisien. Ils rêvent aussi de vert, de feu de cheminée, de moutons dans les prés et de connexion haut débit affalés dans un rocking chair. « Vous aimez la liberté ? Elle habite la campagne », écrit l’humaniste vénézuélien Andrès Bello. La phrase résonne très fort chez les quatre Mutins adeptes de la règle de Gargantua : fais ce que tu voudras. A l’automne 2013, ils récupèrent la demeure familiale du grand-père et se lancent dans l’aventure du coworking/coliving à la campagne.

« Mon arrière grand-père a acheté cette ferme en 1948, après-guerre et en prévision de l’Apocalypse », explique William féru de métaphores bibliques. L’eau de la rivière est potable, il y a un potager. L’aïeul sait qu’il peut mettre ses proches à l’abri et vivre ici en autarcie, ou du moins en paix.
« A terme, on adorerait que ce lieu soit totalement autonome, assure William. On imagine un grand fablab dans la grange pour fabriquer tout ce dont on a besoin, des panneaux solaires sur les toits, quelques hectares en permaculture… » En attendant, lorsque les trois frangins prennent en main la maison, il faut surtout lui donner un bon coup de jeune. Refaire le toit, isoler murs et plafonds, terrasser le terrain pour refaire un potager, lisser, peindre, aménager.
Plusieurs chantiers collaboratifs sont organisés. Chez les Mutins, on appelle ça des opérations coups de foin où chacun expérimente aussi bien la truelle que la pelleteuse. De coups de peinture en poses de parquet, à l’été 2014, la ferme est enfin prête à accueillir ses premiers visiteurs.
« Mutinerie Village s’adresse aux travailleurs nomades de tous poils, ceux qui fréquentent les espaces de coworking en France et en Europe et tous les indépendants à la recherche d’un havre de paix pour travailler au vert. » Pour tous, la formule comprend le gîte et le couvert (40 euros HT par jour tout compris). Certains peuvent venir s’y ressourcer pour quelques jours, d’autres s’installer pour un mois, voire plus. Ces derniers, les moines dans l’univers mutin, doivent passer une à deux heures par jour à s’occuper des tâches communes : cueillette au potager, cuisine, literie…

Mettre les mains dans la terre, faire un tour au potager constitue pour tous le passage obligé de Mutinerie Village. Non seulement parce que les légumes que fait pousser Samuel le spécialiste de la permaculture affichent une santé hallucinante mais aussi parce que le travail numérique a à voir avec le travail paysan.
« Dans l’économie numérique, on parle de pollinisation, d’écosystème, de viralité … écrit William. Autant de termes empruntés aux logiques biologiques. Et ce n’est pas complètement un hasard. Les logiques biologiques inhérentes à la production agricole se retrouvent dans l’économie numérique et impliquent des méthodes de production sans doute plus proches entre elles que de celles héritées de l’âge industriel. » Réflexions à méditer entre les rangs de poireaux.

Et sinon, qu’est-ce que ça change de travailler au vert ? « Avant tout la perception du temps, confie William qui passe la moitié de sa semaine dans le Perche. On profite plus de l’instant présent, on se disperse moins, on délaisse un peu plus son ordinateur et on priorise mieux les choses. Autour de la table le soir, on parle moins de sa vie professionnelle. On rencontre la personne avant la fonction, ça change la relation. » Depuis cet été, déjà 140 personnes ont poussé la barrière du hameau de la Lochonnière…
Written by Hélène Binet
Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.


