Vous cherchez autre chose ? 

Nous sommes joignables par email.

Sur le terrain

min

Publié Mars 2026

La stévia, l’aspartame au naturel ?

Ca ne vous a pas échappé, Coca-Cola vient de se repeindre la canette en vert lançant au premier janvier 2015 sa nouvelle gamme Life. Un Coca à la stévia, la plante fétiche des Indiens du Paraguay ? En réalité, il est plutôt à la rébaudioside A, un extrait de la feuille, une poudre bien raffinée et bien blanche. Explications.

 

Aujourd’hui, à l’heure du Coca Life, du Fanta Still, du ketchup plaisir + Amora, la Stévia ne peut être vendue que comme plante d’ornement au consommateur final (belle hypocrisie) ou comme matière première aux professionnels pour fabriquer la substance qui en est extraite.
A l’heure du Coca Life, du Fanta Still, du ketchup plaisir + Amora, la Stévia ne peut être vendue que comme plante d’ornement au consommateur final (belle hypocrisie) ou comme matière première aux professionnels pour fabriquer la substance qui en est extraite.

« La commercialisation de la plante Stevia rebaudiana en tant que denrée alimentaire n’est pas autorisée en Europe, martèle la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF). Stevia rebaudiana est un aliment qui n’a pas été consommé de façon significative en Europe avant 1997. A ce titre elle relève des dispositions du règlement (CE) n° 258/97 relatif aux nouveaux aliments et aux nouveaux ingrédients alimentaires. Elle doit faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché. » Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La plante que les Indiens Guarani du Paraguay mélangent avec les feuilles amères de la Yerba Maté, l’astéracée dont les feuilles contiennent des glucosides de stéviol 300 fois plus sucrants que le sucre de canne ou de betterave raffiné, n’a toujours pas le droit de cité dans nos produits alimentaires.

Euh et le Coca Life alors il est à quoi alors ? Aux glucosides de stéviol parmi lesquels la rébaudioside A. Car si la stévia est encore interdite de séjour sous nos climats, depuis décembre 2011, les glycosides de stéviol (E 960), eux, sont autorisés comme édulcorants au niveau européen. C’est quoi un glycomachin ? En gros, la substantifique moelle de la stévia. Ils s’obtiennent à partir d’infusion de feuilles suivie de toute une série d’étapes de purification, certaines utilisant des alcools ou des solvants. « Les glycosides de stéviols sont purifiés à plus de 95%, ce qui en fait un produit aussi éloigné de la plante d’origine que le saccharose l’est de la betterave, » explique la DGCCRF.

La stévia peut pousser partout dans le monde. Les rendements sont plus intéressants dans des pays à forte luminosité et aux températures présentant de faibles amplitudes.
La stévia peut pousser partout dans le monde. Les rendements sont plus intéressants dans des pays à forte luminosité et aux températures présentant de faibles amplitudes.

Il semblerait pourtant que la plante stévia soit intéressante sur toute la ligne. Des scientifiques de l’Université Aarhus (Danemark) ont récemment présenté de nouvelles perspectives très prometteuses, de l’utilisation de la plante pour le traitement de diabète de type 2. On commence également à identifier ses propriétés d’antiseptique buccal et d’anti-inflammatoire. « Le Paraguay et les Indiens Guarani en consomment traditionnellement, explique Claudie Ravel, fondatrice de Guayapi pionnière dans la commercialisation de la stévia en France. Mais aussi le monde entier ! Au Japon, c’est une pratique courante depuis 40 ans, car le pays y a interdit l’aspartame. »

Du côté de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, pourtant on préfère certifier les extraits de stévia que la plante entière. Et c’est assez nouveau. Car en 2006, lorsque la DGCCRF saisit l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa*) sur l’emploi d’extraits de Stevia rebaudiana en tant qu’édulcorants pour l’alimentation humaine, cette dernière réserve son avis et considère « que la preuve de l’innocuité pour le consommateur de l’emploi de glycosides de stéviol en tant qu’édulcorant n’a pas été apportée. »

On ne rigole pas avec la législation. En 2004, la DGCCRF a épinglé l'entreprise Guayapi pour avoir indiqué sur les boîtes de stévia « denrée alimentaire à pouvoir sucrant ». L'autorité estimait qu'il y avait « tromperie au consommateur ». Il aurait fallu que les flacons de poudre de stévia indiquent hypocritement la mention « ingrédient à usage cosmétique » comme s'y était résolu la marque Ethnoscience…
On ne rigole pas avec la législation. En 2004, la DGCCRF a épinglé l’entreprise Guayapi pour avoir indiqué sur les boîtes de stévia « denrée alimentaire à pouvoir sucrant ». L’autorité estimait qu’il y avait « tromperie au consommateur ». Il aurait fallu que les flacons de poudre de stévia indiquent hypocritement la mention « ingrédient à usage cosmétique » comme s’y était résolu la marque Ethnoscience…

Trois ans plus tard, l’Afssa retourne pourtant sa veste et autorise enfin le rébaudioside A (l’un des  glycosides de stéviols). « Ce revirement de situation est dû au lobby de l’aspartame, témoigne Joël Perret, Président de Stevia Natura. Dans les années 90, la stévia n’avait aucune chance de se faire une place parmi les édulcorants.  Le marché était verrouillé par Monsanto et sa filière Searle à l’origine de l’aspartame. En 2004, lorsque le comité d’experts de l’OMS émet un avis favorable, les lobbies lâchent du lest. A ce moment là, les enjeux ne sont plus les mêmes : l’aspartame est tombé dans le domaine public. Résultat, la FDA (Food drug administration) autorise la rébaudioside A, la France publie quelques années plus tard un décret et aujourd’hui tout le monde se met à la stévia. »

Dans ce contexte, depuis quelques années, la progression de la stévia est fulgurante. La Chine, premier producteur d’extraits de Stévia au monde en produit chaque année 11 789 tonnes, soit plus de 20 kilos chaque minute et comptabilise à elle seule 80% de la production mondiale. On en trouve aussi au Brésil, Uruguay, Amérique Centrale, Japon, Thaïlande, Inde, Israël alors qu’on teste sa culture au Canada, en Nouvelle Zélande, Australie, en Europe, et même dans l’Hérault.

Selon le JECFA (Joint Expert Committee on Food Additives) la dose journalière admissible de steviol glycoside est de 4 mg/kilos, ce qui signifie qu'une personne de 60 kilos peut ingérer 240 mg de stévia, soit l'équivalent de 14 sucrettes et de 70 grammes de sucre par jour !
Selon le JECFA (Joint Expert Committee on Food Additives) la dose journalière admissible de steviol glycoside est de 4 mg/kilos, ce qui signifie qu’une personne de 60 kilos peut ingérer 240 mg de stévia, soit l’équivalent de 14 sucrettes et de 70 grammes de sucre par jour !

Il faut dire que le marché est plutôt juteux surtout quand on enrobe la molécule sucrante d’une belle marmite d’additifs. « La  rébaudioside A a un pouvoir sucrant très élevé, environ 300 fois plus important que le sucre, explique Joël Perret. Pour obtenir la teneur sucrée d’un morceau de sucre de 5 grammes, il ne faut que 17 mg de stévia, soit une tête d’épingle. Une si petite quantité est impossible à utiliser. C’est pourquoi, les industriels ajoutent des agents de charge qui, comme leur nom l’indique, servent à charger le produit, à lui donner du volume. Certains sont naturels comme l’erythritol, le mannitol, le sorbitol, la maltodextrine : en bref des dérivés de l’amidon (sucres et alcools). D’autres utilisent des auxiliaires plus chimiques : la leucine, le bicarbonate de soude (hydrogénocarbonate de sodium), l’acide citrique. »

Qu’elle est loin la feuille pillée des Indiens Guarani ! Et si on réhabilitait plutôt la cuillerée de miel dans son thé ou la poudre bien verte de Guayapi ?

 

* L’Anses regroupe aujourd’hui les activités de l’Afssa et de l’Affsat.

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

Share this content:

Keep digging ...

Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

Lire

Sur le terrain

min

La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

Lire

Sur le terrain

2 min

Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

Lire