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Agroécologie

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Publié Mars 2026

Production biologique dans l’Union Européenne (I) : panorama actuel et évolution de la réglementation

Note: Cet article vise à diffuser des informations contrastées avec lesquelles chacun peut tirer les conclusions qu’il lui semble adaptées sur le sujet dont nous discutons ci-dessous.



Informations générales sur la production biologique dans l’Union Européenne

Depuis que l’agriculture biologique européenne a commencé à prendre forme dans les années 60 et 70, la demande n’a cessé de croître jusqu’à devenir un marché de 30,7 milliards d’euros en 2016. La superficie cultivée a également augmenté et, durant la dernière décennie, elle a augmenté de 70% atteignant près des 7% de la superficie agricole totale de l’Union Européenne en 2017 et représentant près de 18% de la superficie agricole en bio au niveau mondial. Au sein de l’Union Européenne, le principal producteur est l’Espagne (16,6%), suivi de l’Italie (15,2%) et de la France (13,9%). L’Allemagne arrive à la quatrième place avec 9% (Chiffres de 2017).

Graphique des pays qui ont la plus grande superficie biologique d'aliments

Malgré l’augmentation de la superficie consacrée à la production biologique, il ne faut pas oublier qu’environ 45% de la superficie certifiée biologique est constituée de prairies permanentes. Le chiffre qui fait douter les producteurs à l’heure de se lancer dans l’agriculture biologique est que, dans les fermes biologiques, le rendement peut être réduit de 15% à 60% par rapport à l’agriculture conventionnelle. Lors de la prise de décision, l’une des variables analysées par les producteurs est de savoir si la baisse de rendement peut être compensée par un prix de vente plus élevé de la récolte.

Il est paradoxal de savoir que dans l’Union européenne, les pays dotés de la plus grande superficie consacrée à l’agriculture biologique ne sont pas les principaux consommateurs, puisque l’Allemagne avec 9,5 milliards d’euros et la France avec 6,7 milliards sont les principaux consommateurs de produits biologiques dans l’UE. Aujourd’hui, l’Europe est le deuxième consommateur de produits biologiques derrière les États-Unis.


Résumé sur la situation juridique de l’Agriculture Biologique dans l’Union Européenne: réglementations actuelles et modifications prévues pour 2021


La production biologique dans l’Union Européenne est réglementée et contrôlée pour assurer que tous les pays membres aient les mêmes obligations et opportunités. L’UE fixe les règles du jeux avec les règlements suivants:

  1. Règlement (CE) n°  834/2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n°  2092/91

  2. Règlement (CE) n o  889/2008 portant modalités d’application du règlement (CE) n o  834/2007 du Conseil relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques en ce qui concerne la production biologique, l’étiquetage et les contrôles 

  3. Règlement (UE) 2017/625 concernant les contrôles officiels et les autres activités officielles servant à assurer le respect de la législation alimentaire et de la législation relative aux aliments pour animaux ainsi que des règles relatives à la santé et au bien-être des animaux, à la santé des végétaux et aux produits phytopharmaceutiques

  4. Règlement (UE) 2018/848 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques, et abrogeant le règlement (CE) no 834/2007 (Appliqué en 2021)


La confiance des consommateurs est cruciale sur le marché des aliments biologiques. Il est nécessaire que le consommateur puisse s’assurer qu’il achète un produit à la hauteur de ses attentes. C’est pourquoi il est nécessaire qu’une agence qui nous inclut tous puisse définir le cadre juridique pour les producteurs et les consommateurs.


L’harmonisation des critères est essentielle pour éviter la confusion possible des consommateurs lors de l’achat d’un produit biologique. En d’autres termes, le consommateur doit savoir que le label Bio garantit le respect de la réglementation, quel que soit le pays d’origine du produit. Dans les règlements de 2007, l’objectif principal était l’harmonisation, mais l’UE étant également consciente de l’énorme diversité agroclimatique qui existe sur les territoires européens, elle s’est donc ouverte un peu pour “permettre l’adaptation des normes et exigences bio aux conditions climatiques ou géographiques locales, aux différentes pratiques agricoles et phases de développement » toujours « dans les limites des conditions spécifiques fixées dans la législation communautaire » (voir le règlement du Conseil (CE) n ° 834/2007).

Autrement dit, les États membres peuvent autoriser certaines actions mais personne ne peut ignorer les règles de la production biologique. Un exemple d’une exception faite serait l’utilisation de “carrés délimités” en Suède, Finlande et au Danemark puisque les autorités de certification nationales ont autorisé leur utilisation, même si, dans la réglementation de 2007, il était expressément prévu que la culture devait être liée au sol. D’autres exceptions concernent l’utilisation de matériel végétal non biologique lorsqu’aucun matériau organique certifié n’a été trouvé; ou l’utilisation d’un certain composant dans l’élaboration d’un aliment de manière temporaire puisque le composant équivalent en bio n’est pas disponible.

Le nouveau règlement, qui entrera en vigueur en janvier 2021, vise à harmoniser davantage les critères de production, à éliminer les exceptions et à contrôler les produits de tous les maillons de la chaîne. Parallèlement à la proposition d’un contrôle renforcé, le nouveau règlement vise à réduire la bureaucratie à laquelle est soumis l’agriculteur. L’UE doit donc relever un défi important pour trouver cet équilibre. Dans les mois à venir, nous verrons les dispositions mises en oeuvre pour faire une réalité de ce règlement. 

Illustration BIO CrowdFarming


Quelle changements dans la nouvelle réglementation?


Moins de contrôle pour les producteurs consciencieux: à partir de la troisième année de certification biologique sans problème à signaler, les contrôles pourront s’effectuer tous les deux ans plutôt que chaque année.

Élimination des exceptions: elles seront progressivement supprimées et le cadre sera établi de manière à ce que les nouvelles exceptions soient minimes, consensuelles et temporaires.

Nouveaux produits: le sel, le liège ou les huiles essentielles auront leur place dans la réglementation.

Plus de facilité pour les petits producteurs: les petits producteurs pourront s’organiser en groupe avec la création d’une certification de groupe pour les petits producteurs.

Plantations mixtes: il sera permis, à condition qu’elles soient clairement différenciées et délimitées, qu’une partie d’un même terrain soit cultivée en biologique et une autre en culture conventionnelle. L’idée poursuivie est d’encourager les agriculteurs à essayer sur une partie de leur propriété l’agriculture biologique, permettant ainsi une transition plus douce.

Conditions d’importation égales: les agriculteurs en dehors de l’UE devront répondre aux mêmes critères pour exporter leurs produits vers l’Union Européenne. Au lieu d’établir des équivalences, le principe de conformité prévaudra et ce sera l’UE qui le décidera à la place de chaque État membre.


Ce nouveau règlement a été proposé avec des objectifs d’harmonisation très ambitieux et a dû être ajusté tout au long des négociations, qui ont duré plusieurs années, jusqu’à son approbation en novembre 2017. La ratification des votes contre de la Finlande, de l’Autriche ou de la République Tchèque et l’abstention de l’Allemagne et de la Belgique donnent une idée de la difficulté et de la controverse de cette nouvelle réglementation.

Note: cet article contient une deuxième partie, où nous analyserons si la réglementation du label bio est la même dans tous les pays.




Written by Juan Plasencia

Juan Plasencia

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Agroécologie

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Agriculture et biodiversité : combattre les pratiques destructrices

Depuis des décennies, l’agriculture intensive s’est imposée comme modèle dominant, avec pour objectif principal d’augmenter les rendements. Efficaces sur le court terme, ces pratiques compromettent la résilience et la durabilité des systèmes agricoles face aux aléas climatiques et aux maladies avec des conséquences néfastes sur la biodiversité. Pourtant, sans vie dans les champs, aucune culture ne peut prospérer durablement. Nourrir l’humanité ne devrait pas affamer le vivant. Et si nous changions de cap ?Pourquoi certaines pratiques menacent-elles la biodiversité ?Vider les champs de vie en tuant les solsLongtemps considéré comme une bonne pratique agricole, le labour profond bouleverse l’équilibre naturel des sols. En remuant profondément les strates du sol, les micro-organismes qui vivent normalement dans l’obscurité se retrouvent à l’air libre et meurent. Cette hécatombe va venir enrichir le sol la première année, mais en réalité, le sol est déjà mort. L’autre conséquence néfaste d’un labour si profond est la libération du carbone stocké dans le sol accentuant le réchauffement climatique.À cela s’ajoutent les passages répétés des machines lourdes, qui tassent les sols et écrasent les galeries d’insectes. Résultat : une terre asphyxiée, incapable d’absorber l’eau correctement, où les plantes poussent mal.Un désert vert : la monocultureVisualisez ces champs de maïs à perte de vue, ce blé sur des hectares sans haies ni bosquets. Ce n’est pas un cauchemar, c’est notre réalité actuelle qui a préféré privilégier la monoculture industrielle pour avoir une rentabilité immédiate. Cette disparition de la diversité des espèces de plantes cultivées n’est pas sans conséquences sur les insectes, les oiseaux et bien sûr le sol. Pourquoi ? Parce qu’un sol qui voit passer toujours les mêmes racines s’épuise. Il perd ses nutriments, sa vie et surtout sa capacité à se régénérer naturellement grâce à une diversité d’espèces qui pourraient lui apporter beaucoup.Le résultat ? Les agriculteurs compensent la pauvreté accrue de leur sol par toujours plus d’engrais chimiques. Un cercle vicieux s’installe : les ravageurs et maladies se propagent à très grande vitesse puisque leurs prédateurs ne sont pas là et que les cultures affaiblies sont faciles à trouver. Une occasion de plus d’utiliser massivement des pesticides et des fongicides qui fatiguent la terre et rendent les plantes encore plus vulnérables.Pesticides et herbicides : l’hécatombe silencieuseLes herbicides, utilisés pour faire place nette autour des cultures tuent tout sur leur passage. Le glyphosate et ses cousins sont là pour éliminer toutes les plantes considérées comme indésirables : pissenlit, trèfle, ortie… Sauf que ces plantes sont essentielles pour nourrir nos pollinisateurs. Nos champs sont rapidement entourés d’un désert végétal et animal.Comme si cela n’était pas suffisant, l’utilisation massive de pesticides aggrave la situation en entraînant la mort de nombreux pollinisateurs. C’est le cas des néonicotinoïdes qui sont d’une redoutable efficacité. Utilisés en enrobage de semences (surtout pour le maïs, la betterave ou le colza) ces produits imprègnent toute la plante tant et si bien qu’il n’est plus besoin de retraiter pendant toute la durée de vie de la plante. C’est pratique non ? Oui, mais non. Ces produits contaminent l’ensemble de la plante jusqu’au pollen et au nectar. Résultat : les abeilles s’empoisonnent à petites doses, perdent leur orientation, deviennent stériles ou ne retrouvent plus leur ruche et finissent par mourir. Une catastrophe invisible mais bien réelle, qui menace directement notre capacité à produire fruits et légumes.Une autre agriculture est possible (et elle existe déjà)Face à ce cercle vicieux dans lequel s’est lancée l’agriculture d’aujourd’hui, des milliers d’agriculteurs et d’agricultrices inventent d’autres voies plus respectueuses du vivant et économiquement viables.Le Bec Hellouin : la ferme modèle de la permacultureNichée dans l’Eure, la ferme du Bec Hellouin est emblématique car elle associe agroécologie, permaculture et sobriété énergétique. Depuis 2003, elle produit des légumes toute l’année sur de petites surfaces, en s’appuyant sur les services rendus par la nature (paillage, culture en lasagnes, associations végétales…). En 2011, une étude de l’INRA a même montré que cette ferme était plus rentable à l’hectare que bien des exploitations conventionnelles. À partir de 2015, ils ont synthétisé l’ensemble de leurs recherches en matière de maraîchage biologique et créé le concept de microferme permaculturelle qui connaît un fort essor en Europe et dans divers pays.En Espagne : l’essor de l’agriculture régénérative, la JunqueraSituée dans la région de Murcie, au sud de l’Espagne, la ferme La Junquera est un exemple inspirant de transition vers l’agriculture régénérative. Confrontée à des sols dégradés et à des conditions climatiques arides, cette exploitation a adopté des pratiques visant à restaurer la santé des sols et à améliorer la résilience face au changement climatique depuis 2015. L’utilisation de variétés anciennes de céréales (plus résistantes aux conditions climatiques extrêmes) ainsi que l’amélioration de la santé des sols (compostage, paillage, rotation des cultures) a permis à la ferme de stabiliser ses récoltes et de réduire l’érosion du sol.En Autriche : la biodiversité au cœur de l’exploitation, Grand FarmDirigée par Alfred Grand, cette ferme de 90 hectares associe l’agroforesterie, le maraîchage et sur la santé des sols bien sûr (production de vermicompost). Elle sert aussi de centre de recherche, collaborant avec des universités pour inventer l’agriculture de demain. En 2024, elle a reçu la certification “Regenerative Organic Certified”, une première en Europe.Et maintenant ?Changer de modèle agricole est urgent. Non seulement pour préserver la biodiversité, mais aussi pour garantir une alimentation durable, des sols vivants, et des campagnes résilientes face au changement climatique. Les solutions existent. Elles sont souvent locales, parfois expérimentales, mais elles partagent un même socle : remettre le vivant au cœur des pratiques agricoles.

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