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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

VDM (Vie de maraîcher) :
le désherbage

C’est moi qui l’ai fait ! Une petite délégation de Ruches parisiennes est allée rendre visite à son plus jeune maraîcher : Thomas Boonen pour quelques jours de wwoofing dans le Pas-de-Calais. Votre scribouillarde de service a suivi et testé le maraîchage biologique pour de vrai. Leçon numéro : le désherbage en pleine cagne.

Partie de cache-cache ou désherbage à la main ?
Partie de cache-cache ou désherbage à la main ?

« Il faut le vivre, disait ma grand-mère, sinon on ne sait pas ce que c’est ». L’agriculture biologique ça se ressent jusqu’au bout des ongles. Me voilà donc ouvrière agricole à la Ferme du Hérisson, tout là haut dans le Pas-de-Calais où 70% de l’espace départemental est dédié à l’agriculture. Cette semaine, il fait beau. Très chaud, même. Pour un peu on entendrait les cigales chanter. Thomas, le maître des lieux a d’ailleurs l’accent de Marseille.

Evaluation de la tâche

On commence par un tour du propriétaire qui en vrai est locataire pour découvrir les 4 serres puis les belles bandes de terre plus ou moins vertes, toutes d’une longueur de 100 mètres, de la largeur des roues d’un tracteur ou d’un grand pas lorsqu’on mesure plus d’1,80 mètres (moi, il faut que je fasse un petit saut de cabri très élégant). Certaines sont recouvertes d’un voile blanc et font penser à ces fines vagues de la plage de Bercq qui grignotent le rivage. A 13h, sous le cagnard, la scène frôle parfois le mirage. D’autres rangs laissent apercevoir leurs cultures, ici des courgettes, plus loin des choux, encore plus loin… Difficile à dire, on dirait un champ de mauvaises herbes.

Soit une planche de culture de 100 mètres, un oignon planté tous les 15 centimètres sur 3 rangées et 8 fois plus de mauvaises herbes. Combien faut-il d'heures pour désherber la surface ?
Soit une planche de culture de 100 mètres, un oignon planté tous les 15 centimètres sur 3 rangées et 8 fois plus de mauvaises herbes. Combien faut-il d’heures pour désherber la surface ?

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C’est là que l’on s’arrête pour le bizutage : le désherbage à la main, pratique incontournable des maraîchers bio. Mais on va désherber quoi ? Le champ est si touffu qu’on ne voit même pas ce qu’il faut préserver. A y regarder de plus près, on aperçoit des tiges plus claires qui pointent vers le ciel. L’opération consiste donc à sauver l’oignon rouge de l’envahisseur. Ennemi numéro 1 : le rumex qui n’a rien à voir avec le pschitt nasal de votre pharmacien. La bête est grande, jusqu’à 1 mètre de haut, colore les doigts comme des gitanes sans filtre et demande une certaine dextérité pour être arrachée. Ennemi numéro 2 : le sale chardon-sa-mère qui flingue les mains et pique les genoux. Ennemi numéro 3 : le chénopode de la famille du quinoa, plutôt sympa à l’arrachage. Il y a aussi des plants sournois d’orties, de l’élégante stellaire et quelques autres indésirables non identifiés. « A trois, on désherbe la planche en 45 minutes, » frime Thomas. Le 100 mètres n’ayant jamais été mon fort, je prévois de faire baisser la moyenne.

 

Ne me laisse pas tomber, je suis si fragile. Etre un oignon libéré tu sais c'est pas si facile...
Ne me laisse pas tomber, je suis si fragile. Etre un oignon libéré tu sais c’est pas si facile…

Gant ou pas gant ?

J’opte pour l’option naturiste. Sans gant donc comme tout le monde. Je commence l’opération pliée en deux, dos bien droit comme pour une révérence. Le sang monte à la tête. Je poursuis sur les genoux. Essaie la position du lotus, celle allongée sur le ventre, change de main. Génuflexions, ventre rentré, bassin en avant, décidément, il n’y a rien de confortable. Les maîtres Yogi ne se sont pas penchés sur les postures de désherbage.

 

Désherber sans se flinguer le dos ? Impossible.
Désherber sans se flinguer le dos ? Impossible.

Chapeau de paille vissé sur la tête, j’avance dans mon rang. Comme la randonnée, la pratique fait divaguer. Au début, on se repasse la semaine, on se refait son entretien d’évaluation (quand il m’a dit ci j’aurais dû lui répondre ça…) et puis le temps suspend son vol. On avance sans ne plus penser à rien, traquant les mauvaises herbes, tirant sur leurs pieds pour les extraire de la terre, les rejetant dans l’allée. Au premier tiers me vient une question : « et en agriculture raisonnée ça se passe comment ? » « En agriculture raisonnée, on verse raisonnablement un produit chimique qui éradique ces mauvaises herbes, rappelle Thomas. Il ne faut pas 45 minutes à 3 (1h30 avec un boulet comme moi) pour nettoyer 100 mètres de cultures mais un seul passage en tracteur.» Ah ouais, c’est donc ça.

 

Libertad !
Libertad !

Il fait de plus en plus chaud, mes mains sont de plus en plus noires, je me pète les ongles un à un, j’avale un peu de terre. Je franchis la ligne d’arrivée en 1h23 et regarde fièrement derrière moi. Les oignons ont retrouvé leur liberté. Tiges au vent, ils semblent me remercier. « De rien, les gars. Tout le plaisir est pour moi ! » On se retrouve en septembre avec tomates et féta.

 

Et voilà le travail : bien dégagé derrière les oreilles. On respire mieux hein ?
Et voilà le travail : bien dégagé derrière les oreilles. On respire mieux hein ?

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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