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Sur le terrain

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Publié Février 2026

VDM (Vie de maraîcher) :
le désherbage

C’est moi qui l’ai fait ! Une petite délégation de Ruches parisiennes est allée rendre visite à son plus jeune maraîcher : Thomas Boonen pour quelques jours de wwoofing dans le Pas-de-Calais. Votre scribouillarde de service a suivi et testé le maraîchage biologique pour de vrai. Leçon numéro : le désherbage en pleine cagne.

Partie de cache-cache ou désherbage à la main ?
Partie de cache-cache ou désherbage à la main ?

« Il faut le vivre, disait ma grand-mère, sinon on ne sait pas ce que c’est ». L’agriculture biologique ça se ressent jusqu’au bout des ongles. Me voilà donc ouvrière agricole à la Ferme du Hérisson, tout là haut dans le Pas-de-Calais où 70% de l’espace départemental est dédié à l’agriculture. Cette semaine, il fait beau. Très chaud, même. Pour un peu on entendrait les cigales chanter. Thomas, le maître des lieux a d’ailleurs l’accent de Marseille.

Evaluation de la tâche

On commence par un tour du propriétaire qui en vrai est locataire pour découvrir les 4 serres puis les belles bandes de terre plus ou moins vertes, toutes d’une longueur de 100 mètres, de la largeur des roues d’un tracteur ou d’un grand pas lorsqu’on mesure plus d’1,80 mètres (moi, il faut que je fasse un petit saut de cabri très élégant). Certaines sont recouvertes d’un voile blanc et font penser à ces fines vagues de la plage de Bercq qui grignotent le rivage. A 13h, sous le cagnard, la scène frôle parfois le mirage. D’autres rangs laissent apercevoir leurs cultures, ici des courgettes, plus loin des choux, encore plus loin… Difficile à dire, on dirait un champ de mauvaises herbes.

Soit une planche de culture de 100 mètres, un oignon planté tous les 15 centimètres sur 3 rangées et 8 fois plus de mauvaises herbes. Combien faut-il d'heures pour désherber la surface ?
Soit une planche de culture de 100 mètres, un oignon planté tous les 15 centimètres sur 3 rangées et 8 fois plus de mauvaises herbes. Combien faut-il d’heures pour désherber la surface ?

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C’est là que l’on s’arrête pour le bizutage : le désherbage à la main, pratique incontournable des maraîchers bio. Mais on va désherber quoi ? Le champ est si touffu qu’on ne voit même pas ce qu’il faut préserver. A y regarder de plus près, on aperçoit des tiges plus claires qui pointent vers le ciel. L’opération consiste donc à sauver l’oignon rouge de l’envahisseur. Ennemi numéro 1 : le rumex qui n’a rien à voir avec le pschitt nasal de votre pharmacien. La bête est grande, jusqu’à 1 mètre de haut, colore les doigts comme des gitanes sans filtre et demande une certaine dextérité pour être arrachée. Ennemi numéro 2 : le sale chardon-sa-mère qui flingue les mains et pique les genoux. Ennemi numéro 3 : le chénopode de la famille du quinoa, plutôt sympa à l’arrachage. Il y a aussi des plants sournois d’orties, de l’élégante stellaire et quelques autres indésirables non identifiés. « A trois, on désherbe la planche en 45 minutes, » frime Thomas. Le 100 mètres n’ayant jamais été mon fort, je prévois de faire baisser la moyenne.

 

Ne me laisse pas tomber, je suis si fragile. Etre un oignon libéré tu sais c'est pas si facile...
Ne me laisse pas tomber, je suis si fragile. Etre un oignon libéré tu sais c’est pas si facile…

Gant ou pas gant ?

J’opte pour l’option naturiste. Sans gant donc comme tout le monde. Je commence l’opération pliée en deux, dos bien droit comme pour une révérence. Le sang monte à la tête. Je poursuis sur les genoux. Essaie la position du lotus, celle allongée sur le ventre, change de main. Génuflexions, ventre rentré, bassin en avant, décidément, il n’y a rien de confortable. Les maîtres Yogi ne se sont pas penchés sur les postures de désherbage.

 

Désherber sans se flinguer le dos ? Impossible.
Désherber sans se flinguer le dos ? Impossible.

Chapeau de paille vissé sur la tête, j’avance dans mon rang. Comme la randonnée, la pratique fait divaguer. Au début, on se repasse la semaine, on se refait son entretien d’évaluation (quand il m’a dit ci j’aurais dû lui répondre ça…) et puis le temps suspend son vol. On avance sans ne plus penser à rien, traquant les mauvaises herbes, tirant sur leurs pieds pour les extraire de la terre, les rejetant dans l’allée. Au premier tiers me vient une question : « et en agriculture raisonnée ça se passe comment ? » « En agriculture raisonnée, on verse raisonnablement un produit chimique qui éradique ces mauvaises herbes, rappelle Thomas. Il ne faut pas 45 minutes à 3 (1h30 avec un boulet comme moi) pour nettoyer 100 mètres de cultures mais un seul passage en tracteur.» Ah ouais, c’est donc ça.

 

Libertad !
Libertad !

Il fait de plus en plus chaud, mes mains sont de plus en plus noires, je me pète les ongles un à un, j’avale un peu de terre. Je franchis la ligne d’arrivée en 1h23 et regarde fièrement derrière moi. Les oignons ont retrouvé leur liberté. Tiges au vent, ils semblent me remercier. « De rien, les gars. Tout le plaisir est pour moi ! » On se retrouve en septembre avec tomates et féta.

 

Et voilà le travail : bien dégagé derrière les oreilles. On respire mieux hein ?
Et voilà le travail : bien dégagé derrière les oreilles. On respire mieux hein ?

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Il pleut, il pleut, en Espagne..?

Nous n’étions pas préparés à cela – ou si ? Il pleut littéralement depuis plusieurs semaines en Espagne. Cette semaine, cependant, l’état d’alerte a été déclaré dans plusieurs régions, notamment en Andalousie. Nos agriculteurs nous ont envoyé les photos ci-dessous – et au sein de notre équipe, nous sommes restés sans voix pendant plusieurs minutes. Nous avons déjà fait état de fortes pluies à plusieurs reprises, mais cette année, l’ampleur est particulièrement grande. La bonne nouvelle est : tous les agriculteurs vont bien ! Notre système météorologique a apporté des pluies intenses, des rafales de vent dignes d’un ouragan et des rivières en crue. Nos agriculteurs de la région de Malaga signalent des arbres tombés et des chemins d’accès boueux qui rendent l’accès presque impossible. Malheureusement, certains agriculteurs nous ont déjà informés qu’ils subiront probablement des pertes de récolte, car les fruits ont été endommagés. Le moindre mal est sûrement le retard des livraisons : il ne cesse de pleuvoir et cela signifie que les fruits sont trop humides pour être expédiés ; ils moisiraient dans les colis. N’avons-nous pas déjà trouvé la solution ? Je parle avec Maikel, de Finca Habitat, d’un petit village entre Jaén et Grenade – l’une des zones les plus touchées. Il m’envoie une vidéo, que vous trouverez ci-dessous – elle montre les champs d’oliviers inondés de ses voisins et la rivière déchaînée. Dans la vidéo suivante, il est dans ses propres champs et montre la quantité de pluie tombée. Il la verse sur ses arbres, qu’il protège du dessèchement et fertilise en même temps avec la laine de ses moutons pendant les mois chauds. « Pour moi, la pluie est une joie absolue. C’est merveilleux ! », dit l’agriculteur. Dans ses champs – pas une seule flaque. « C’est un signe que nous faisons tout correctement, Magdalena. », explique-t-il. Maikel a décidé il y a plus de dix ans de cultiver de manière régénérative. Dans l’une des régions les plus sèches d’Espagne, il parvient, grâce à ses pratiques, à ne pas avoir besoin d’irriguer ses oliviers. Comment est-ce possible ? Grâce à une couverture du sol qui agit comme une éponge et absorbe toute l’eau, la laissant s’infiltrer dans les couches plus profondes du sol. Pas une goutte d’eau n’est perdue, car le réseau racinaire a une capacité si élevée à absorber l’eau qu’elle ne s’écoule ni ne stagne. Et si nous parvenions à rendre les exploitations si résilientes qu’elles sortent encouragées des événements météorologiques extrêmes ? Aurions-nous trouvé la solution avec l’agriculture régénérative ? Je me pose ces questions en voyant les images et les vidéos qui offrent une perspective si différente de la situation. Les prévisions météorologiques annoncent encore de la pluie pour les prochains jours et nous réévaluons la situation chaque jour avec les agriculteurs – la sécurité prime et nous devrons probablement patienter encore un peu avant que le soleil ne réapparaisse.

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Quinoa bio de Hesse

Le quinoa du voisinage : en visite chez Mudda Natur Vous pouvez regarder notre vidéo en direct complète ici. Une collègue de Johannes, qui souffre d’une intolérance au gluten, s’est longtemps plainte des émissions de CO2 liées à l’importation de quinoa d’Amérique du Sud. C’est à ce moment-là que Johannes a décidé de faire des recherches sur le quinoa et, surtout, de voir si cette pseudo-céréale pouvait être cultivée en Allemagne. Avec le co-fondateur Simon, il est vite apparu que c’était le cas après leur master. Nous sommes tombés sur le dernier jour de récolte de la saison. Le quinoa doit être retiré rapidement du champ, en particulier lors des journées chaudes et sèches. L’humidité est ici le pire ennemi, car elle pourrait immédiatement endommager la récolte délicate – un véritable défi, en cet été humide. La particularité de la méthode de Johannes est que le quinoa est séché directement après la récolte, sans être lavé. Cela permet non seulement d’économiser d’énormes quantités d’eau, mais nécessite également très peu d’énergie. Ce processus évite la formation de moisissures et prépare parfaitement les grains pour la suite du traitement, sans nuire inutilement à l’environnement. L’agriculteur nous explique que la demande de quinoa en Europe, et en particulier en Allemagne, a commencé il y a plus de 10 ans et que cela a entraîné de grandes difficultés économiques pour les agriculteurs des régions andines. De vastes zones de culture ont été créées pour répondre à la demande croissante de l’étranger, et les structures économiques locales ont été tellement bouleversées que le quinoa n’est presque plus abordable en tant qu’aliment de base. Johannes et Simon ont décidé d’élargir leur gamme de produits, qui comprend désormais des produits innovants tels que la bolognaise végétalienne ou le muesli croustillant au quinoa, autant de preuves de la polyvalence du grain local. Cliquez ici pour en savoir plus sur Mudda Natur.

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Fromage de chèvre de l’Eifel volcanique

La qualité de nos propres mains Nous avons rencontré l’agricultrice Manuela Holtmann de la ferme Vulkanhof à Gillenfeld, dans la région volcanique de l’Eifel. Une fois par an, le premier dimanche de septembre, Manuela ouvre les portes de sa ferme à tous les CrowdFarmers qui ont adopté une chèvre chez elle. Les chèvres sont traites deux fois par jour pour que le lait cru soit transformé en fromage directement sur place. Le lait n’étant pas pasteurisé, la production est soumise à des contrôles très stricts, afin de préserver l’activité bactérienne naturelle du lait cru. Dans les années 1990, l’agricultrice a décidé de créer sa propre fromagerie sur l’exploitation afin de pouvoir contrôler chaque étape de la fabrication du fromage – c’est la seule façon de garantir une qualité particulièrement élevée. Comprendre la nature de la chèvre Manuela souligne qu’elle a choisi d’élever des chèvres, contrairement à l’élevage habituel qui, dans les années 90, s’orientait principalement vers l’élevage de vaches. « Les chèvres étaient les vaches des paysans pauvres », nous explique-t-elle. L’aspect particulièrement passionnant ici est que, contrairement aux moutons, les chèvres étaient à l’origine originaires de régions montagneuses et n’étaient pas faites pour pâturer de manière classique dans des prairies verdoyantes et verdoyantes. Leur système digestif fragile n’est pas conçu pour recevoir de grandes quantités de fourrage vert frais. Pour respecter leur biologie, Manuela a développé un concept spécial : Les animaux vivent dans une étable spacieuse et aérée, avec un vaste enclos directement adjacent. Les chèvres profitent ainsi de beaucoup d’exercice et d’air frais, tandis que leur alimentation reste parfaitement contrôlée et adaptée à leurs besoins. Notre visite a coïncidé avec la période d’accouplement à la fin de l’été. Ici, Manuela mise entièrement sur le saut naturel : le bouc fait la cour à la chèvre, la femelle décidant finalement elle-même de l’accouplement. C’est un bel exemple de respect des animaux de la ferme. La situation de la ferme dans une zone volcanique en sommeil constitue à cet égard un véritable avantage géographique. Les sols riches en minéraux de l’Eifel offrent une base idéale pour un fourrage particulièrement riche en nutriments. La nouvelle cave voûtée montre également que l’exploitation ne cesse de réfléchir : encore en construction, elle offrira bientôt le climat parfait dans lequel les meules de fromage pourront mûrir jusqu’à la perfection. Une expérience culinaire Aucune visite à la Vulkanhof ne serait complète sans une dégustation. Dans la boutique de la ferme, nous avons goûté à l’assortiment de Manuela – chaque bouchée témoignant du soin et du dévouement avec lesquels elle gère son exploitation agricole. Vous souhaitez découvrir la ferme par vous-même ? Manuela propose via notre plateforme WeFarmYou propose régulièrement des visites. C’est une merveilleuse occasion de découvrir l’agriculture de près et d’établir un lien direct avec les producteurs de nos aliments.

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