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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Le Jardin d’Even : les fleurs du bien

« Sans les plantes, je ne serais sans doute plus là. » Dans son champ fait de guimauve, d’origan, de capucine, de lavande, d’achillée millefeuille, Sylvie herbagère-potagère raconte une vie de fleurs, de plantes médicinales, de campagne, de grands combats et de petits bonheurs. Ô temps ! suspends ton vol. 

 

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Dans un vallon du pays de Bray, Sylvie travaille au ras des pâquerettes entre valériane et millepertuis. Herbagère-jardinière, elle cultive les plantes médicinales et une écoute du monde végétal qui chaque jour l’élève encore un peu plus.

Les cloches de l’église du village de Senantes bourgade de 683 habitants de l’Oise viennent tout juste de sonner les douze coups de midi. A quelques sauts de biche de là, au creux d’un vallon magnifiquement préservé, Sylvie sort la tête de son rang de coquelicots et vient à notre rencontre. Foulard noué autour de ses cheveux couleur absinthe, sourire logé dans ses yeux marron d’Inde, la passionnée nous offre un tour du propriétaire. « Dites plutôt du locataire, je suis en fermage ici. La terre ne m’appartient pas. » Les 70 plantes qu’elle cultive, si. On y trouve bourrache, lavande, prêle, houblon, origan mais aussi toutes celles qui s’invitent portées par le vent ou les pattes du chat voisin qui passe ses journées au milieu des fleurs. « La ballote noire originaire du pourtour méditerranéen et d’Asie centrale est arrivée ici par hasard. »

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« Travailler dans les fleurs, chaque jour je profite de ce bonheur ! »

Des haies bordent le terrain d’un hectare et apportent également leur lot de gourmandises : aubépine, charmille, frêne, hêtre, sorbier, prunellier… « Certaines plantes sont devenues des amies, raconte Sylvie qui du haut de ses 50 printemps en a vu passer des vertes et des pas mûres. La valériane, l’aubépine, la bardane et l’angélique m’ont aidée dans les moments difficiles, vous savez quand le stress et l’angoisse tentent de vous envahir. »

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Ici tout est certifié bio même la cueillette sauvage.

Cette époque compliquée pour Sylvie se situe aux alentours de 2007, quand elle doit divorcer de son mari, vendre la ferme et se séparer du troupeau de vaches qu’elle conduisait jusqu’à lors avec tendresse et respect. « Toutes avaient leurs cornes, je les soignais avec des huiles solaires et des teintures-mères, souvent je les prenais dans mes bras. Ca a été une déchirure de m’en séparer. » Pour passer le cap, Sylvie se lance alors dans ce qui l’a toujours passionnée : les plantes qui soignent. Elle se forme pendant deux ans au sein de l’association pour le renouveau de l’herboristerie (ARH), assimile les noms latins de centaines de plantes avec une facilité déconcertante et réussit in extrémis à conserver son statut agricole. « Ca n’a pas été sans mal, quand vous n’êtes pas du coin, une femme et qu’en prime, vous vous soignez avec les plantes, on vous range vite dans la catégorie des sorcières. J’ai eu droit à un nombre de contrôles impressionnant. »

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Son chalet-séchoir. « Considéré comme bâtiment agricole, il m’a permis d’avoir accès à l’eau dans mes champs. »

Heureusement Sylvie travaille dans les règles de l’art, d’une artiste pointilleuse et pointilliste même. « De la récolte de la graine à l’emballage de la plante séchée, je m’occupe de la plante médicinale comme d’un être vivant exceptionnel. » Partant du principe qu’aucune plante n’est là par hasard, elle repère chez les anciens les espèces rustiques, prélève quelques graines, réalise ses semis « quand vous achetez des plants, c’est souvent de la merde ». Les plus robustes sont promus au rang de plantes-mères et c’est à partir de leurs racines que l’herbagère les multipliera. « Ma sauge a plus de 50 ans », se félicite-t-elle.

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Ambiance sauna dans le séchoir. Température et hygrométrie sont soigneusement contrôlées.

Pour compléter son herbier, Sylvie pratique aussi la cueillette sauvage dans les prairies humides du Pays de Bray, classées Natura 2000. Elle y prélève la reine des prés, le saule blanc, la menthe douce ou aquatique que les organismes de certification n’ont aucun mal à labelliser en bio compte tenu de l’environnement archi-préservé. Elle grimpe aussi au sommet des collines pour ramasser les petits fruits. « Quand je suis là haut, je domine toute la région. Je me sens la reine du monde », raconte Sylvie les bras grands ouverts pour mieux embrasser ce qui l’entoure.

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Et voilà la production annuelle. Avec un hectare, Sylvie produit 150 kilos de tisane.

Du haut de son promontoire, la passionnée aperçoit les 37 hectares qu’elle cultive en herbage pour les agriculteurs voisins, son ancienne ferme aux toits d’ardoise désormais convertie en chambres d’hôtes mais aussi sa petite maison dans la prairie, une grande cabane de jardin spécialement aménagée pour faire sécher ses plantes. Lorsque l’on pousse la porte de ce chalet picard, les odeurs, la chaleur et la beauté de ces tableaux de fleurs mis horizontalement à sécher vous envahit immédiatement. « Mon séchoir a été réalisé par un artisan, il n’y a pas un point de colle ni de solvant. » Dans les claies superposées, cousins rustiques des tiroirs de bijoutiers, les pétales de capucines, les têtes de fenouil et les feuilles de menthe attendent leur heure. Dans cinq jours, ils laisseront la place à une prochaine fournée.

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Les macérations de Sylvie, magnifiques ratafias aromatiques.

Certaines plantes entreront dans la composition des tisanes et infusions de la maison aux noms poétiques – bon coeur, grand ménage, bonne humeur, « la législation nous interdit de donner des allégations-santé », d’autres seront pilées pour finir en gélules que Sylvie réalise intégralement à la main. Pour chacune, il aura fallu des heures de patience et une attention du quotidien. « Je cultive les plantes d’ici pour éviter d’épuiser le stock naturel, je les installe selon leurs conditions de vie, leur milieu, leur préférence de climat… Une par une. Je les respecte. Je les aime. La plante médicinale cultivée doit recevoir le meilleur de moi-même. » Gorgées d’amour, ces plantes finissent leur course dans notre tisane du soir ou du matin. Pas étonnant qu’elles nous fassent tant de bien…

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On achète les plantes à la ferme le vendredi de 18h à 20h, sur Internet ou dans les Ruches.

 

 

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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