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Publié Mars 2026

La bergère et le moutonnier

Il était une fois 600 moutons. Il était une fois, l’histoire de la ferme girondine du Paillot. L’histoire d’un métier libre et nomade. L’histoire d’un pull qui connaît son mouton. L’histoire à conter au coin du feu ou en haut d’un alpage. L’histoire de Pascal et Dominique. Morceaux choisis d’une vie au milieu des brebis.

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Domi, la bergère. Pascal, le moutonnier et quatre de leurs associés.

Prologue

Lui, c’est Pascal Sancier, la cinquantaine, bonhomme. Dans une première vie, il aurait aimé être cavalier mais les moutons de son père l’ont rattrapé.

Elle, c’est Dominique Trèmoureux, Domi pour ses amis. Elle a grandi à Nantes mais a pris il y a 20 ans l’accent du coin. Bergère de coeur, elle aime la franchise et la douceur.

« Pascal m’a appris à tondre. C’est là qu’on s’est frôlés pour la première fois. » Domi.

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Au menu des moutons aujourd’hui, les restes de triticale. Dans une semaine, Pascal les emmènera brouter ailleurs.

 

Chapitre 1 : les moutons

Couché, à gauche, voilà, à gauche, shhhhh, couché… Pour diriger son troupeau, Pascal prend sa voix de capitaine et fixe l’horizon. L’oeil rivé sur la vague moutonnante, il guide Zizou son premier matelot. Le border collie presse les bêtes, passe d’un côté, de l’autre, revient et, dans un ballet magnifiquement orchestré, les mène dans la parcelle voisine tout juste moissonnée. Pascal cale alors un gros moulinet sur sa taille et déroule sa clôture mobile qu’il relie aux piquets préalablement installés. Son speeder park, c’est sa liberté.

Dans une semaine, lorsque ses 600 bêtes auront nettoyé les chaumes, l’équipage mettra le cap sur l’un des 120 hectares de terrains blottis dans les paysages du coin. Dordogne, Gironde ou Charentes, les moutons de Pascal broutent toute l’année sur ses vertes prairies ou sur celles des voisins. « Parfois, on nous appelle pour nettoyer un terrain. On amène quelques brebis. En une journée on obtient un green de golf. » Et puis à l’automne, le moutonnier organise la transhumance du Paillot, 8 kilomètres à travers les chemins et les bois du village. L’occasion d’une grande fête avec les copains.

 

 

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 » Chipie ? C’est ma plus grande alliée. »

Chapitre 2 : la ferme

« Tout le monde mérite sa gamelle ici. » Sur la ferme, Dominique assure les présentations de son arche de Noë. Ici, Petit canard, spécimen blanc un peu pataud entouré d’oies et de dindons. « Il ne sait pas nager, dans une mare il lui faudrait une bouée. » Dans le pré, plus loin un âne semble l’appeler. « Chipie, c’est mon alliée. Je sais qu’elle pourrait me défendre. Bientôt, elle emmènera Tom (le petit dernier de la maison) en calèche à l’école. » Débarquent aussitôt 7 chats et 5 chiens, les 5 précieux associés. « Certains d’entre eux sont nés à la ferme, d’autres non. Lorsqu’ils sont tout petits, ils vont à l’ école. On leur apprend leur métier de chien de berger. Et quand ils sont plus grands, ils ont le droit de conduire le troupeau. »

Dans la meute, Utwo, fidèle compagnon de route de Dominique commence à se faire vieux « Avec lui, il y a une dizaine d’années, j’ai passé 6 mois dans le massif central en estive. On menait un troupeau de 1200 bêtes. Lui comme moi, on débutait. » Au coeur de la vallée de l’Isle, la ferme abrite également tout un tas d’animaux de passage : chouettes, hiboux, hérons, salamandres…

 

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La bergerie. « Ici on y organise aussi plein de fêtes, notamment le Noël des bergers. »

Chapitre 3 : la bergerie

C’est l’hiver, il est tard. Dominique se tient au milieu des moutons de la bergerie, imposante cathédrale de bois d’une centaine de mètres de long. Dans un coin, une brebis met bas, dans l’autre, un agneau a du mal à téter. Plus loin, un nouveau-né n’arrive pas à se réchauffer. « Je l’ai bichonné au sèche-cheveux. Maintenant on l’appelle Babyliss ». Sage-femme de parturientes frisées, Dominique veille sur les brebis avec l’attention qu’une mère sait apporter. Chaque hiver, 350 agneaux viennent  temporairement compléter le troupeau. « Entre Noël et Jour de l’An, on passe notre vie ici. Je reste généralement jusqu’à 1 heure du matin. A 5 heures, Pascal vient prendre le relais. »

Construite il y a 3 ans, la bergerie remplace les anciens tunnels verts, successions d’arceaux bâchés et rappelle un certain épisode de la Blaquière au Larzac. « La construction de ce bâtiment a été une très belle aventure humaine. En dehors des travaux de la toiture réalisés par un professionnel, tout le reste et…il y en a du reste  a été l’oeuvre  d’une grande solidarité. » Pendant un mois, tous les jours, clients des Amaps, voisins, copains viennent mettre scier, clouer, porter. « L’allée centrale ? Elle a été réalisée en grande partie par le responsable service après-vente de Mercedes. Certains bénévoles n’avaient jamais manié la truelle mais mettaient tellement de coeur à l’ouvrage que, grâce à eux, le chantier avançait à une vitesse incroyable. » Pourtant, le défi était de taille,  une partie du troupeau devait être à l’abri dans le bâtiment pour le début de l’agnelage… « Le 5 décembre 2011 la bergerie est terminée, le 6 le premier agneau naissait. »

 

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Tondeur ? Il n’y en a presque plus. Pascal fait partie des derniers Mohicans.

Chapitre 4 : l’autonomie

« Comment je suis devenu tondeur ? J’ai acheté le matériel et un bouquin », se souvient Pascal capable aujourd’hui de tondre 30 à 40 brebis à l’heure. Son père était éleveur de moutons, il prendra le relais, renonçant à ses amours de jeunesse cavalière. « On faisait de l’agneau de Pauillac, un agneau élevé sous la mère. » Malgré l’AOC, Pascal réussit à obtenir une dérogation pour assurer ses propres reproducteurs. De 30 moutons, il passe à 200 puis régulièrement augmente le cheptel. « Longtemps, je vendais mes agneaux à la coopérative. On devenait de plus en plus gros et pourtant on gagnait de moins en moins. Il y a 5 ans, j’ai pris le virage de la vente directe. »

Aujourd’hui, autonome à plus de 95%, Pascal est content. Il cultive ses propres céréales, les donne l’hiver à ses moutons. Tous les fourrages, foin et paille sont aussi produits à la ferme. Ses agneaux sont vendus directement à ses clients sur les marchés, dont le fameux du Pizou les soirs d’été, dans les Amaps, dans les ruches voisines. On le contacte plusieurs soirs par semaine pour assurer le méchoui des fêtes de famille, de quartier ou des repas d’entreprise. Et puis, depuis quelques mois, même la laine des brebis est valorisée. Mais là, c’est à Domi qu’il faut s’adresser.

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« J’ai travaillé plusieurs années à la Bergerie de Rambouillet avec des mérinos. C’est là qu’est venu mon goût pour la laine. »

Chapitre 5 : la laine

C’est l’heure de la tonte annuelle. Avant la coupe, les brebis passent une à une entre les mains de Domi, experte capillaire. Les doigts plongés au coeur des fourrures, la bergère évalue la qualité des toisons. Régulièrement, elle prélève un brin de poils comme on s’arrache un premier cheveu blanc et scrute la mèche : longueur, raideur, douceur… Les bêtes malades ou allaitantes sont systématiquement écartées, « je travaille la laine sur pied, je ne prends que les plus belles toisons. » En effet, la fibre de laine comme nos cheveux en dit long sur notre état de santé. Si la brebis a connu des moments difficiles entre deux tontes (soit une année), son brin de laine est trop fragile pour être filé.

Chaque manteau laineux déposé par Pascal est soigneusement trié. Domi ne garde que les zones où la fibre est la plus fine et la plus propre. La laine est alors portée à la filature artisanale Laurent en Haute-Loire. Elle reviendra filée et cardée dans la cuisine de Dominique transformée pour l’occasion en atelier de peinture/teinture.

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Laine feutrée, laine cardée, ici le futur atelier de Domi. Et bientôt ses créations en ligne : http://www.latelierlainedesbergers.com

 

Chapitre 6 : l’avenir

Dans un coin du salon, de gros rouleaux de laine cardée, attendent qu’on vienne s’y lover. Magnifiques barbes à papa de moutons, ils serviront à rembourrer les couettes et les coussins et à écarter définitivement les allergènes de la maison « Mon prochain matelas sera fait avec cette laine », assure Dominique. Dans un autre, des pelotes de laine noire, chocolat ou écru, témoignent de la teinte du mouton qui les ont portées. Certaines arborent aussi la couleur de l’oignon, de la garance, du pastel, de la carotte sauvage ou du coquelicot, teintures naturelles que Dominique expérimente dans ses grands chaudrons.

Sur la table, la commode, les chaises, un peu partout, des créations de feutre que Domi réalise au savon ou à l’aiguille : coussins pour chat, objets de déco, bracelets… Il y a quelques mois, la bergère s’est achetée un machine pour feutrer de grandes plaques qui finiront un jour en paillage pour les potagers, en tapis de yoga, en isolants. « La laine est une matière incroyable, elle respire, elle contrôle l’humidité, elle dépollue l’atmosphère. Savez-vous que la laine de mouton est utilisée pour les vêtements de protection des pompiers en raison de sa résistance au feu ? »  Sur la table, le matou a décroché. Il ronronne dans son panier de laine feutrée…

Epilogue

« Avec Pascal, si un jour on se dit oui, je m’offrirais une superbe robe de Dominique Lejean avec la laine de mes brebis. Car la laine feutrée peut être aussi légère qu’un voile de mariée. »

 

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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