
Publié Mars 2026
Ostréiculteur au bord de la crise de mer
Dernière ligne droite avant les fêtes ! La pression monte au port ostréicole d’Andernos-les-Bains, sur le bassin d’Arcachon… Stéphane Boucher, ostréiculteur (comme son nom ne l’indique pas), y produit avec amour une huître 100 % naturelle, née et élevée dans le Bassin : l’Huître du boucher, of course. Douze heures dans les waders d’un ostréiculteur, sortez les cirés !
7h30 : Briefing matinal avec mon seul et unique patron : l’Annuaire des marées. C’est lui qui décide de mes horaires de travail. Aujourd’hui, la mer est basse à 11 h 05. Donc départ du port 3 heures avant et retour 3 heures après.
8 h 00 : le bateau chargé, on décolle du port. C’est parti pour 45 minutes de navigation avant d’atteindre mes parcs à huîtres.
8 h 10 : le soleil se lève pour nous seuls sur le Bassin d’Arcachon (ça change de l’été où le nombre de bateaux est multiplié par 100 !). Instant suspendu. Oubliés le réveil difficile, les « J’ai pas envie d’y aller » et autres « Je serai mieux peinard dans un bureau au chaud». C’est beau et en plus c’est beau….
C’est beau, certes, mais froid. La buée sur la vitre de ma cabine ouverte m’oblige à rester dehors pour mieux voir le chenal, tout en pilotant d’une main… Arnaud est venu me donner un coup de main pour la journée car il y a du boulot.
Le bateau est plein d’huîtres que je ramène au parc pour qu’elles continuent à pousser car encore trop petites pour ce Noël. Nous devons aussi aller récupérer des huîtres « marchandes » pour mon marché de dimanche à Bordeaux et pour les Ruches que je dois livrer dans quelques jours !
Les outils à l’arrière de mon « tracteur flottant » rappellent que nous sommes avant tout des paysans de la mer…
8h45 : à notre arrivée au parc, nous dérangeons un groupe d’oies bernache qui s’envole bruyamment. Voilà quelques semaines qu’elles ont commencé leur migration vers le Bassin depuis leur lointaine Sibérie. Tout le monde ici sait ce que cela signifie : « Winter is coming »…
9h : L’eau n’est pas encore complètement descendue quand je commence à jeter les poches d’huîtres que nous attacherons après. Nous n’avons que 3 heures pour travailler avant que la marée ne remonte. Pas de temps à perdre.
Avant de descendre du bateau, j’enfile ma tenue de combat !
9h15 : l’eau est maintenant suffisamment basse, Arnaud et moi attachons les poches sur des « tables » en ferraille appelées « chantiers ». Au départ, quand les huîtres sont encore des bébés, on en met environ 1000 par poche. Puis, au fur et à mesure que les huîtres grandissent, on dédouble régulièrement les poches. Celles qu’on attache aujourd’hui contiennent à peu près chacune 150 huîtres âgées de 2 ans (ponte de 2012).
10h : Nous nous rendons à présent sur un deuxième parc où je cultive les huîtres comme autrefois, non pas en poches sur des tables, mais directement sur le sol. Là, je sème de jeunes huîtres. Quand je vous disais qu’on était des paysans de la mer !
11h : quand le parc est complètement découvert, nous ramassons les huîtres au sol qui sont de taille à être vendues (sur le Bassin d’Arcachon, une huître met en moyenne 3 ans pour atteindre une taille commercialisable). Genoux et mains dans la vase, j’ai parfois le sentiment de toucher le fond…des choses !
13h : Vite, l’eau remonte ! Il faut se dépêcher de ramener les paniers d’huîtres sur le bateau. Un excellent exercice pour le dos.
13h30 : Allez, on repart ! J’en profite pour vérifier la récolte du jour. Voilà trois huîtres du même âge mais de différentes tailles. Comme chez les humains, elles ne grandissent pas toutes à la même vitesse.
14h15 : Retour au port. C’est la fin de la marée, mais pas de la journée. On doit décharger les huîtres sur le quai (et encore une tonne à porter, c’est mon ostéo qui va être content) et les trier.
14h30 à 18h : dans la cabane, sur le « taouley » (table en patois), on sépare les huîtres par taille. Certaines sont prêtes à être vendues, alors que d’autres seront ramenées sur le parc, le temps de grandir encore un peu.
18h : on raccroche les gants. Fini pour aujourd’hui…
Written by Stéphane Boucher
Après une courte première expérience professionnelle derrière un guichet de banque qui lui confirme rapidement qu'il n'est pas fait pour ça, Stéphane Boucher met le cap pour les Antilles. Pendant plusieurs années, il découvre le milieu de la mer. De retour en métropole, il n'a qu'un objectif : rester près de l'eau. Voilà comment, il y a 10 ans, Stéphane se lance dans l'ostréiculture sur le bassin d'Arcachon à Andernos-les-Bains.



















