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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Eleveurs sur la paille, cochons sur le béton

Hier matin, j’ai vu des cochons. Des cochons en plein air, dans une ferme de Normandie. Ils couraient, ils dormaient à l’ombre d’un pommier, ils mangeaient… comme des cochons. Leurs éleveurs semblaient sereins. Ils étaient quatre. Quatre pour 15 cochons, 4 vaches et 35 chèvres. Quatre sur 18 hectares à transformer leur lait en fromage, leurs cochons en rillettes, leurs céréales en pain. Le porc ? Il le valorise à 10 euros le kilo. Le lait ? À dix fois plus que le prix imposé par les laiteries. Ils étaient quatre à vivre bio et bien.

Hier soir, j’ai vu des cochons. Des cochons à la télévision. Des porcs bien gros et bien roses entassés sur des caillebotis en béton. Des animaux qui ne savent même pas que c’est l’été puisqu’on les tient toujours enfermés. Des bêtes que l’on traite et retraite aux hormones et aux antibio. Des bêtes que l’on mutile pour limiter leur agressivité. Des bêtes que l’on coupe en dés de jambon aux exhausteurs de goût. Des bêtes que l’on réduit à un débat de quelques centimes d’euros le kilo.

D’une chaîne de télé à l’autre, des cours de fermes aux ministères, la crise de l’élevage est dans toutes les bouches. Si l’on parle de coût, il n’y est jamais question de goût. Bizarrement, personne ne s’insurge contre ces tranches de jambon qui baignent dans l’eau, contre ces saucissons de gras, contre ces lardons qui fondent à la cuisson. Contre ces kilos de mauvaise viande inutile que l’on ingurgite chaque année. Mangez français qu’on vous dit, qu’importe la qualité.

Comme tout le monde est à la plage, on enterre également la question des algues vertes boostées au lisier de porc. On préfère garder ces mauvaises nouvelles pour la rentrée. Puisque Paris a les yeux tournés vers le ciel et le climat, on oublie aussi la pollution des eaux souterraines et des rivières par les élevages intensifs. Si les cochons pétaient au moins, ils pourraient être invités à la COP 21. Mais ce sont les vaches qui sont responsables des gaz à effet de serre. Un seul problème à la fois.

L’agriculture est en crise. La profession tente de la colmater avec quelques centimes, en sortant les billets pour s’acheter la paix. Jusqu’à quand ? S’il existait un psy de l’agriculture, il conseillerait sans doute d’autres pistes pour la surmonter. Il proposerait d’interroger les entrailles du monde agricole, d’aller chercher à comprendre les mécanismes de cette grande machine qui semble s’être emballée, de remonter l’histoire pour dénouer les noeuds de la mondialisation ou de la politique agricole commune, de repartir à zéro pour repartir tout court. Il faudrait sans doute des années pour y arriver mais au moins ça serait fait. Malheureusement Freud des champs n’existe pas.

La France compte 20 000 éleveurs de porcs. Parmi eux, certains tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Les plus gros ? Les plus intensifs ? Plutôt ceux qui ont vu passer les précédentes crises et pris d’autres chemins pour ne plus jamais y être confrontées. Ceux qui élèvent leurs bêtes en plein air. Ceux qui produisent moins et mieux. Ceux qui préservent nos sols et nos cours d’eau, ceux qui transforment de leurs mains leurs bêtes en boudins ou andouillettes. Ceux qui commercialisent en circuits courts. En faisant le choix de la vente directe, ils ont actionné un formidable levier : celui de fixer eux-mêmes leurs prix. Le prix de leur liberté.

 

Written by La Ruche qui dit Oui !

La Ruche qui dit Oui !

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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