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Publié Mars 2026

Caviar du Périgord : l’esturgeon aux œufs d’or

Entre les rivières Isle et Vern, entre chênes et chèvres, la ferme de Neuvic fait revivre la culture de l’esturgeon. Un élevage en eaux aussi douces que les techniques de production imaginées par la maison.

Les esturgeons sibériens peuvent vivre jusqu’à 60/70 ans. ©Thomas Louapre
Les esturgeons sibériens peuvent vivre jusqu’à 60/70 ans. ©Thomas Louapre

Il est là au fond de l’eau à peine perceptible malgré sa quinzaine de livres. Ombre noire, ondulation reptilienne, points de suspension immaculés, l’esturgeon s’enfonce dans le bassin pour happer la nourriture déposée sur le sol. Sa trajectoire est lourde, presque gauche. « Aucune espèce piscicole n’est plus ancienne que l’esturgeon, explique Laurent Deverlanges, propriétaire des lieux depuis 2011. On trouve la trace de ce poisson fossile il y a plus de 30 millions d’années. »

« Lorsque j’étais enfant, je dépensais tout mon argent de poche en bouchons de pêche. » LD

Biopsie express pour savoir si les oeufs sont murs à point. ©Thomas Louapre
Biopsie express pour savoir si les oeufs sont murs à point. ©Thomas Louapre

A quelques centimètres des nageoires sombres, deux jeunes employés de la ferme ont enfilé leurs waders, des bottes de 7 lieux imperméables qui remontent jusqu’aux aisselles. D’un geste ferme, Marc empoigne l’animal qui n’a ni arrête, ni écailles, ni marche arrière. Une main dans la bouche, l’autre fermement arrimée sur la queue et voilà le poisson préhistorique hors de l’eau prêt à subir une biopsie express.

Son collègue, assis sur la travée verse une larme de bétadine sur l’abdomen de l’animal qu’il perfore dans la seconde suivante d’une petite gouge creuse. Devant la taille des oeufs récoltés, le verdict tombe. «S’ils sont trop petits, l’esturgeon est invité à les faire grossir encore quelques mois dans le bassin, explique-t-il sans s’arrêter de travailler. S’ils sont du bon diamètre, l’esturgeon partira demain à l’aube pour le labo. »

 

Laurent Deverlanges, passionné de poissons. ©Thomas Louapre
Laurent Deverlanges, passionné de poissons. ©Thomas Louapre

Dans les 3 autres bassins alimentés directement par l’eau puisée dans la petite rivière Isle, les centaines de milliers de poissons ont également droit à toutes les attentions. « Les esturgeons sont élevés ici depuis leur naissance et jusqu’à 7 ans ou plus, lorsque les oeufs sont à maturité, précise Laurent. Le cycle est long et toutes les étapes de la vie du poisson font l’objet de soins précis et constants. »

C’est rien de le dire. Dès leur plus jeune âge, les poissons sont nourris plusieurs fois par jour avec un mélange de farines de poissons issus de la pêche durable et de céréales sans OGM, soit au final pas moins de 2 tonnes de nourriture quotidiennes. Chaque année, on les change de bassin, regroupant les animaux par année de naissance. On les observe, on les pèse régulièrement pour s’assurer qu’ils ne manquent de rien. Un système informatique contrôle en permanence la qualité de l’eau, le taux d’oxygène… « Toutes les manipulations sont effectuées en touchant au minimum le poisson pour ne pas le perturber. »

 

Bébé esturgeon deviendra grand. Celui-ci a un an. ©Thomas Louapre
Bébé esturgeon deviendra grand. Celui-ci a un an. ©Thomas Louapre

Au bout de trois ans, date à laquelle on découvre seulement si la bestiole est un mâle ou une femelle, les messieurs sortent du jeu et vont se faire manger ailleurs. « Surtout en Allemagne où leur chair est bien valorisée, » précise le quadragénaire. A partir de la 5e année, la petite cahute qui jouxte l’un des bassins se transforme en maternité. Les demoiselles passent sur la table d’échographie pour estimer la taille de leurs oeufs. Enfin, les derniers mois de leur existence, les esturgeons se voient offrir une eau bien claire pour que leurs progénitures ne prennent pas une once de fragrances vaseuses.

 

A Neuvic, on produit 3 tonnes de caviar par an, soit 1% du marché mondial.

L'heure d'extraire le caviar a sonné. ©Thomas Louapre
L’heure d’extraire le caviar a sonné. ©Thomas Louapre

Tant d’attentions finissent pourtant par la même destinée. Car on ne sait toujours pas comment récupérer le butin sans mettre à mal l’animal. « Il est ridicule d’abattre un arbre pour récolter ses fruits », répète Laurent qui depuis son installation il y a 4 ans cherche tous les moyens pour maintenir en vie les femelles après le prélèvement des oeufs. Césarienne ? Aspiration ? Ponte naturelle ? Jade, thésarde employée par la maison, planche sans relâche sur ce No kill project épaulée par le CNRS et l’Université de Bordeaux.

« On n’a pas encore trouvé le procédé miracle qui ne tue pas les femelles et garantit au caviar ce goût unique, confesse Laurent qui a convoqué un jury sensoriel à Périgueux pour définir le produit idéal. Mais on teste encore et encore. »

 

Une extrême minutie est employée lorsqu’il s’agit d’extraire la couvée précieuse. ©Thomas Louapre
Une extrême minutie est employée lorsqu’il s’agit d’extraire la couvée précieuse. ©Thomas Louapre

« Un jour, j’aimerais que mon élevage ne produise aucun déchet. Je réfléchis à la valorisation des peaux d’esturgeons. Aussi, j’aimerais trouver un système avec des insectes qui pourraient se nourrir de nos déchets et devenir à leur tour sources de protéines pour les poissons. » LD

Associer recherche publique et éleveurs privés autour d’un produit de luxe, une gabegie ? Plutôt un enjeu de biodiversité qui ne date pas de la dernière pluie. Le rapprochement des deux mondes s’est fait avec le déclin de l’espèce sauvage dans les années 60, au moment où l’esturgeon commence à battre du barbillon. Excès de pêche, pratiques irresponsables « c’était un véritable carnage, on entaillait n’importe quel esturgeon, on rejetait les mâles sanglants… », artificialisation des cours d’eau fragilisent la bête qui vit ses dernières heures.

La fin du caviar est annoncée ? La communauté scientifique, de Moscou à l’estuaire de la Gironde, s’émeut, dessine les premiers programmes de recherche et confie aux pisciculteurs le soin d’élever les acipenseridae.

 

Les oeufs sont triés à la pince à épiler en fonction de leur qualité. Le top ? Les oeufs classés 5. ©Thomas Louapre
Les oeufs sont triés à la pince à épiler en fonction de leur qualité. Le top ? Les oeufs classés 5. ©Thomas Louapre

Dans les années 20, on pêchait l’esturgeon d’Atlantique dans la rivière d’à côté.

« Dans nos bassins, l’osciètre et acipenser baeri (l’esturgeon sibérien) remplacent aujourd’hui leur frère sauvage acipenser sturio qui ne supporte pas l’eau douce, » précise Laurent. Pendant ce temps, les organismes de recherche tentent de repeupler les rivières avec l’espèce sauvage protégée par plusieurs conventions internationales, interdite de pêche sur le territoire depuis 1982 (en Europe depuis 1998).

 

Quand le caviar français permet de sauver l'esturgeon de la disparition. ©Thomas Louapre
Quand le caviar français permet de sauver l’esturgeon de la disparition. ©Thomas Louapre

 

« 85% des espèces d’esturgeons sont menacées d’extinction,» prévient l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Leur avenir se trouve désormais entre les mains des éleveurs. Jamais, de simples oeufs n’ont été aussi précieux…

 

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De l’esturgeon au caviar : Découvrez le reportage photos de Thomas Louapre.

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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