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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Laines Paysannes, nostalgiques du wool

Alors que la filière laine en France semble doucement sombrer dans l’oubli face à la concurrence mondiale, un petit village ariégeois résiste encore et toujours à la torpeur. Chez Laines Paysannes, Olivia, Paul et leur équipe valorisent la toison des brebis locales. De la pelote à la couette : chaîne de valeurs et chaîne humaine vont de pair dans cette douce épopée rétro-moderne.

Nous, la laine de nos moutons, on ne la valorise pas du tout. Le prix auquel on nous l’achète permet à peine de payer le tondeur. Après, ils la compactent en gnocchi et l’envoient en Chine pour faire des pulls qu’on achète ensuite en France.

Ce témoignage, glané auprès d’un éleveur de brebis, sentait le fatalisme et le découragement. La filière laine française a effectivement beaucoup souffert ces dernières décennies : manque de compétitivité au niveau mondial, apparition de fibres artificielles et synthétiques et sélection génétique des brebis basée sur la qualité du lait et de la viande ont miné cette industrie apparue à la fin du XIXe siècle. Et voici la précieuse fibre reléguée au rang de sous-produit de l’élevage ovin.

Reprendre du poil de la bête

Pourtant, la laine a d’indéniables qualités qui la destine à des usages variés : isolante, hydro-régulatrice, ignifuge et facile à nettoyer, on l’adore en bonnets, chaussettes et matelas. Et ça, Olivia et Paul, fondateurs de Laines Paysannes, l’ont bien compris. Ils se rencontrent en 2015, lors d’une transhumance. Paul se prépare depuis quelques années déjà à prendre la succession de son père, éleveur de brebis Tarasconnaises. Il met en place la distribution en circuit court de sa viande d’agneau, notamment via la Ruche qui dit Oui ! (la première ruche historique de France est ariégeoise !) et souhaite valoriser sa laine. Olivia, tisserande de formation, cherche justement à redonner vie à ces savoir-faire oubliés et précieux qui nous habillent.

Leur rencontre est une évidence : Olivia est conquise par la méthode de travail de Paul. Les tarasconnaises, de race locale, sont élevées exclusivement en plein air et changent de parc tous les jours. Ne piétinant jamais dans la bergerie, elles donnent une laine exceptionnellement propre qui se passe du carbonisage (un traitement à l’acide sulfurique permettant de débarrasser la matière de ses impuretés, mais néfaste pour l’environnement). Ainsi, le blason de ces brebis rustiques, caractérisé par une fibre semi-fine très gonflante, se trouve soudainement redoré sous forme de pulls et de couettes. 

Au-delà du troupeau de Paul, c’est bien à toutes les toisons de France et de Navarre que le duo compte rendre leurs lettres de noblesse. Former les éleveurs au tri de leur tonte, pour qu’ils la vendent et la transforment mieux, est devenu une dimension fondamentale du projet. Plusieurs troupeaux fournissent désormais leur récolte directement à Laines Paysannes : Merinos, Basco-Béarnaise, Manech, Rouge du Roussillon, Scotch Mule et Romane sont ainsi venues apporter quantité et diversité, permettant des usages différents et une offre de produits allant de la couette à la paire de chaussettes en passant par la robe.

Renouer avec un modèle économique viable

La filière s’organise pour l’instant entre l’Ariège, la Haute-Loire et le Tarn : Olivia effectue un gros travail de sélection de la matière en amont et met au point les modèles adaptés aux différentes qualités depuis les bureaux de Laines Paysannes à Tourol. Le lavage de la laine s’effectue à Niaux ou Saugues. Retour à Dreuilhe en Ariège pour la filature et enfin, direction le Tarn pour le tricotage. Ces différents partenaires, flexibles et à l’écoute, sont des soutiens indispensables au projet. À terme, Olivia souhaiterait remettre la main au métier à tisser : des premiers essais seront réalisés sur des tapis.

Laines Paysannes ne manque également pas de ressource sur l’épineux sujet de la distribution : grâce à un financement participatif, la marque a pu financer une caravane-boutique unique en son genre. Mobile et esthétique, elle permet à l’équipe de sillonner marchés et salons bio en s’assurant de véhiculer l’ambiance bien spécifique de ce doux projet. La vente en ligne et quelques revendeurs physiques viennent compléter le tout.  

Le duo a su s’entourer : désormais cinq au sein de l’équipe, ils savent aussi faire appel à la solidarité et à l’entraide au moment des tontes où une trentaine de personnes viennent leur prêter main forte avant de se rassembler autour d’un grand repas. Cet élan devrait leur permettre de doubler leur activité sur 2018 : tout pour prouver qu’avec la chaleur de la laine et du collectif, on peut déplacer les montagnes ariégeoises.

Written by Madeleine Desportes

Madeleine Desportes

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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