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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

La sobriété heureuse, plat du jour de Yasola

Dans sa petite cabane à la frontière de l’Espagne, sans eau courante ni électricité, Mertxe Perrugoria sert la cuisine la plus chaleureuse du Pays basque. Bienvenue à la venta Yasola où, depuis trois générations, les tranches de vie sont servies sans supplément.

La venta Yasola

Je viens à Yasola depuis quarante-huit ans, annonce fièrement Michel en arrivant à la cabane qui laisse échapper un délicieux fumet de poulet rôti et de frites maison. Je monte tous les quinze jours à la Rhune, en redescendant je m’arrête ici pour déjeuner. Avant de passer à table, l’octogénaire s’offre une brassée de paysages. D’un côté la baie de Saint-Jean de Luz, de l’autre la Rhune qui domine le Pays basque du haut de ses 905 mètres d’altitude. C’est toujours aussi beau même si, imperceptiblement, de plus en plus de constructions viennent miter le paysage, confie le randonneur.

Habitué de Yasola

Sagrada familia

Comme s’il avait toujours été de la famille, Michel s’installe à l’une des tables à l’intérieur, bientôt rejoint par des inconnus de passage. Aujourd’hui, il fait froid, le vent souffle fort dans les feuilles des platanes qui entourent la bicoque solidement arrimée à la montagne. Rares sont les audacieux à s’installer sur l’une des grandes tables de la terrasse où est affiché le menu du jour : omelette au piment, poulet fermier, agneau et frites. Des produits 100 % espagnols que Mertxe pré-cuisine dans sa ferme de Mendiondo à 20 minutes de piste de là avant de les monter en 4×4. Je commence à travailler à 6 heures du matin, confie-t-elle dans un large sourire qui ne la quitte jamais.

Mise en route d'un groupe électrogène à Yasola

La suite se passe dans sa cuisine de Yasola. L’eau provient d’une source de la montagne, la lumière des plafonniers du groupe électrogène qui a bien failli coûter la vie de Mertxe. Il y a treize ans, le 3 septembre exactement, le groupe a pris feu. J’étais à l’intérieur, cernée par les flammes, explique la maîtresse de maison dont les marques de brûlure sur les bras viennent étayer ses dires. Le 18 décembre, on a réouvert. Il ne me serait jamais venu à l’idée de décrocher.

Sur les murs de la cabane en bois, une peinture d’anges gardiens éloigne depuis le mauvais sort. Quelques jours après la réouverture, les habitués m’ont fait une énorme surprise. Ils sont tous montés à Yasola et m’ont offert ce tableau.

Mertxe dans sa cuisine de Yasola

Nourrir de bonheur

Après l’incendie, la venta construite dans les années 1940 par un déserteur de Saint-Pée-sur-Nivelle a été rebâtie à l’identique. Soit une succession de pièces en enfilade : réserve, cuisine, bar, salle de restauration, terrasse. Dans un coin du bâtiment se trouve une salle de repos où l’équipe mange avant et après le service. Mertxe nous soigne, explique Jocelyne, hier assistante sociale. Chaque été, je prends 3 kilos. La Bayonnaise en reconversion adore monter donner un coup de main, même quand il y a plus de 100 couverts à servir et autant d’assiettes à laver à la main en fin de journée, même les jours de pluie.

J’ai travaillé trois semaines dans un restaurant à Bayonne. Chaque matin, j’avais la boule au ventre. Ici, il y a une grande proximité entre nous, chacun fait attention à l’autre. Sentiment partagé par Xandik, fidèle collègue depuis neuf ans, qui porte toujours des chaussettes dépareillées et arbore le sourire communicatif de l’équipe Yasola. Les gens qui travaillent ici restent et reviennent, explique Mertxe. Yasola, c’est une famille.

Clientes de la venta Yasola

Michel fait indéniablement partie de cette tribu et, à l’instar du grand oncle, raconte encore et encore l’histoire du lieu. La première fois que je suis venu à Yasola en 1970, quand je suis entré dans la cabane, tout le monde s’est arrêté de parler. Je venais de Normandie, on m’avait pris pour un douanier. La venta était autrefois un lieu de contrebande où l’on échangeait des produits interdits, explique Mertxe qui tient l’information de sa belle-mère Carmen qui elle-même l’a récoltée auprès de sa mère Paquit, à l’origine de l’ouverture de la venta en 1967. Les espagnols venaient ici la nuit échanger des roulements à billes de camion contre des cigarettes et de l’alcool, poursuit Michel.

De la débauche à bas prix pour les Français, des produits introuvables pour les Espagnols, pendant longtemps, Yasola forme avec des dizaines de ventas un large réseau d’échanges illicites masqués par un bon repas.  En réalité, les gens mangeaient surtout des sardines et du thon en boîte, rapporte Mertxe.

L'un des repas de la venta Yasola

Aujourd’hui, Franco n’est plus, les ventas sont sorties de la clandestinité. La plupart sont devenues de vastes zones commerciales sans charme où l’on vient faire un plein d’essence, de cigarettes et de spécialités plus ou moins made in España. Dans ce tourbillon d’hyperconsommation, Yasola résiste. On y monte à pied pour faire le plein de paysages, d’authenticité, de gentillesse et pour constater qu’il n’y a décidément pas meilleur que la simplicité cuisinée avec le cœur.

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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