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Société

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Publié Mars 2026

Envie de ralentir ? Traversez la France à pied !

Tout va trop vite. Alors pourquoi ne pas ralentir pendant quelques semaines dès que l’occasion s’en présente ? C’est ce que Pierre Hérant a fait en traversant la France, tente sur le dos et godillots aux pieds, par un itinéraire qu’il vous recommande. Après, c’est certain, rien ne sera plus comme avant.

Mieux vaut tourner sept fois sa langue dans sa bouche

Deux types de cadeaux sont offerts à l’heureux (ou au malheureux) collègue qui part à la retraite : soit un rocking-chair, une tondeuse à gazon, un barbecue ou équivalent, ce qui en dit long sur sa forme physique, soit une planche de surf, un parapente, un GPS de trail ou équivalent, ce qui est plus flatteur. Ouf ! on m’a offert un super sac à dos.

Dans l’euphorie du moment, j’ai prononcé une phrase malheureuse : Avec lui je vais réaliser un vieux projet : partir de mon domicile à Nice, passer dans mon village natal en Touraine et poursuivre jusqu’au Mont-Saint-Michel.

Une fois dégrisé, j’ai pris conscience de l’énormité de la tâche : 1500 kilomètres au bas mot et près de trois mois de marche jour après jour. En contrepartie, partir sans revenir pointer le lundi matin, c’est la possibilité de goûter enfin à la lenteur, de prendre le temps de siroter un café ou une bonne bière, et de faire quelques détours sans regarder sa montre ou son agenda.

Trouver sa voie

En quittant mon domicile, les premiers kilomètres sont difficiles à parcourir, le sac pèse comme pas possible sur mes épaules et La Manche est encore loin. Cap au nord-ouest d’abord, en suivant les sentiers de grande randonnée GR 5, GR 510, GR 4, et GR 46 jusqu’à l’Indre.

Seul problème, ce sont les mêmes traits de peintures rouge et blanche qui balisent les 60 000 kilomètres de sentiers de grande randonnée partout en France. Attention donc aux bifurcations. Lorsqu’apparaitront des flamands roses, des cigognes ou des vaches landaises, il sera plus que temps de faire le point !

Peu à peu je progresse, remontant la vallée du Var par les crêtes, traversant les gorges du Verdon, surmontant le mont Ventoux, me dépêtrant des autoroutes et des voies TGV de la vallée du Rhône, franchissant les gorges de l’Ardèche, escaladant les montagnes d’Auvergne et réchappant de la Creuse et de l’Indre.

Après Châteauroux, il n’y a plus sur mes cartes qu’un embrouillamini de petites routes et de sentiers de pays. Mais quelques chemins de pèlerinage ont été tracés vers le Mont-Saint-Michel il y a des siècles. Reste à trouver le bon.

Point d’étape

Après avoir fait un bon bout de traversée, croisé des vaches par milliers, quelques rares fermiers et quasiment pas de randonneurs, après m’être goinfré de plats du terroir qui valent vraiment le détour, comme les gnocchis à la daube de Villars-sur-Var, la fougasse aux anchois de Castellane, la truffade du Cantal, le fondu creusois et bien d’autres encore, j’ai la confirmation que je tiens plutôt bien le choc

De plus, j’ai maintenant découvert ma mission pour l’avenir : revivifier tous les villages moribonds en détournant les marcheurs des chemins de Compostelle, trop irrigués en pèlerins et en euros, pour les amener ici, sur cette traversée en diagonale, la seule qui vaille.

Ainsi Antoinette, 82 ans, Lucien, 71 ans, Ernestine, 64 ans et bien d’autres septua et octogénaires que j’ai rencontrés, retrouveront leur joie de vivre en concoctant à nouveau leurs spécialités-maison, en vendant leurs miches odorantes sorties d’un authentique four à pain ou encore en taillant une belle part de jambon cru du cochon Ernest qui a eu une belle vie dans le pré derrière la ferme.

Après la traversée de l’Indre, ça ne fait que descendre ou presque. Je tire plein ouest en traversant les étangs de la Brenne, une planète inconnue peuplée d’oiseaux aquatiques, et ouvre bien les yeux car il n’est pas question de rater Le Grand-Pressigny, mon village natal du sud de l’Indre-et-Loire.

Passeport pour le paradis

A partir de Tours, exit les balises rouges et blanches. J’emprunte le Grand Chemin Montoix, une voie de pèlerinage presqu’oubliée, ce qui me permettra de passer une nuit sur le Mont, dans l’une des cinq cellules de moines de la Maison du pèlerin, avec vue imprenable sur la baie.

Pour cela, je brandis mon credencial dans chaque bistrot, restaurant ou boulangerie en demandant un bon coup de tampon en même temps qu’une petite mousse, une tartine de rillettes bien gratinée ou une boule de pain rustique.

Après 1500 kilomètres de sentiers au travers de 15 départements, au cours desquels j’ai admiré des paysages inoubliables et bivouaqué dans plein d’endroits magnifiques, j’aperçois enfin la silhouette du Mont-Saint-Michel.

Il n’est pas question pour moi d’y arriver par la route. Un vrai pèlerin se doit de traverser la baie. J’apprends ainsi que les sables mouvants ne sont pas une légende.

Quand, crotté, suant et ravi, je franchis les portes des remparts 73 jours après mon départ, j’ai gagné mes galons de Miquelot. Une chambre m’attend à la Maison du pèlerin, le ciel est d’un bleu immaculé sur le Mont-Saint-Michel et l’Archange, en haut de sa flèche, brille comme un soleil.

Mes conseils pratiques

J’ai fait cette traversée de la France en 70 jours de marche et 3 jours de repos, du 24 avril au 5 juillet 2017.

J’ai ensuite écrit un récit complet de cette longue marche où chacune des étapes est commentée :  L’autre pèlerinage – À pied par les sentiers, de Nice au Mont-Saint-Michel. Il fournit les coordonnées GPS de tous mes bivouacs et gîtes, de mes coups de cœur, de mes bons plans, des recettes de terroir collectées au passage ainsi que la liste intégrale et le poids au gramme près de mon équipement.

Je n’ai pas organisé les étapes avant mon départ, ne sachant pas précisément où j’allais passer et n’ai jamais réservé de gites plus de deux jours à l’avance.

La tente et le réchaud transportés dans mon sac à dos m’ont permis beaucoup d’improvisation et évité de rechercher chaque soir un nouvel hébergement.

Tout l’itinéraire est modulable.

Bien évidemment, il est très raisonnable de couper le trajet en tronçons et d’en faire un bout à chaque fois que possible, en respectant autant que faire se peut la continuité de la traversée.

Written by Pierre Herant

Pierre Herant

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