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Nouvelles de la campagne

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Publié Mars 2026

Le fabuleux destin du Beaufort, fromage alpin et résilient

La montagne, ça vous…

Dans les années 60, celui qu’on appelle le Prince des gruyères, a frôlé la disparition. Après une période de vaches maigres, ses producteurs ont su lui faire remonter la pente, sans rien renier des traditions et en affinant la qualité. C’est l’histoire collective d’un fromage, fruit d’un système coopératif. Une belle histoire savoyarde à méditer, en ces temps d’individualisme échevelé…

Décor : extérieur, jour

Le soleil brille, les crêtes montagnardes grises tranchent avec le bleu du ciel, et des fleurs colorées bordent la route dont les lacets sont si tortueux qu’ils donnent mal au cœur, même au conducteur : bienvenue à Beaufort, Savoie, en été. Aux abords de la petite cité fromagère isolée, de luxueux chalets neufs ou réhabilités. En son centre, une coopérative taillée pour une affluence que l’on devine intense à la saison de ski…

Un distributeur extérieur permet même d’acheter son morceau de fromage 24 heures sur 24, en cas de manque. Autant de signes extérieurs de richesses pour l’entreprise Beaufort, florissante.

Chapitre 1 : La gagne (Success story savoyarde)

C’est un fait : la production et la commercialisation de ce fromage participe à la dynamique économie savoyarde, tout comme les sports d’hiver : les troupeaux entretiennent d’ailleurs à merveille l’herbage des pistes de ski durant l’été, et de nombreux producteurs travaillent dans le fromage l’été, et dans le ski l’hiver. Un millier d’emplois sont directement liés la fabrication des quelques 5 340 tonnes (en 2016) de fromage Beaufort chaque année. Une production stable, qui reste une goutte de lait dans l’océan de la production fromagère hexagonale.

En comparaison, le comté du Jura, c’est près de 12 fois plus de meules produites et consommées chaque année. Qu’importe. Les producteurs de Beaufort ne visent pas la quantité, mais la qualité, et sont de toute façon contraints par une géographie tout simplement incompatible avec une exploitation industrielle à grande échelle. Mais si ce caractère montagnard fait leur force aujourd’hui, il a bien failli causer leur disparition par le passé.



En fondue, en dégustation gastronomique, en dés à l’apéro… Connus des amateurs et des connaisseurs des Alpes, où il est fabriqué, le Beaufort est un délice à pâte cuite servi sur un plateau.

Chapitre 2 : Des sixties en pleine descente (flash back)

Car la fabrication du Beaufort ne date pas d’hier. S’il prend son nom actuel au milieu XIXe siècle, l’élevage et la production fromagère sont pratiqués dans ces vallées savoyardes depuis le Moyen-Âge, en symbiose avec un milieu naturel riche, mais exigeant. Habitants et troupeaux ont d’ailleurs façonné le paysage alpin tel qu’on peut l’admirer aujourd’hui, en créant notamment les alpages, ces pâturages de haute altitude où s’installent les cheptels l’été, pris sur une partie des forêts qui recouvraient les flancs des montagnes.

Pourtant, dans les années 1960, la production tombe au plus bas – 600 tonnes annuelles, autant dire rien. Conséquence d’un exode rural massif qui frappe durement la région et de la mécanisation galopante de l’agriculture nationale, inapplicable en montagne, les producteurs se trouvent isolés, et subissent une crise sans précédent. Et avec la possible disparition de la production de Beaufort, c’est tout un équilibre économique et environnemental qui se trouve en danger.

Chapitre 3 : Un sauvetage collectif (Tous ensemble, tous ensemble…)

Quelques producteurs décidés à sauver ce patrimoine (et leur gagne pain) prennent alors la Tarine par les cornes. Ils conçoivent et portent une vision collective, a contrario du credo agricole de l’époque : produire plus et plus vite, tout en augmentant la taille des exploitations. Et défendent l’idée d’un produit de qualité en quantité limitée. Mettant en commun les ressources, les moyens de production, l’affinage et au bout de la chaîne, la commercialisation, ils collectivisent et mutualisent, avec comme pierre angulaire la première coopérative laitière du Beaufortain, qui ouvre en 1961. Malgré des débuts difficiles, ils parviennent à se relever et le nombre de producteurs adhérents au projet augmente.

Quelques années plus tard, une coopération avec des chercheurs agronomes les aident à améliorer les conditions de productions en altitude, sans rien renier de leurs traditions et en respectant les normes sanitaires en vigueur. Pour faire leur place dans un monde agricole rompu aux productions XXL, les quelques 600 petits producteurs laitiers forment l’Union des Producteurs, dont le fruit du travail est activement promu depuis 1975 par le… Syndicat de Défense du Beaufort. Un organe chargé (entre autres) de faire connaître les produits, très actif sur les lieux de production qui sont aussi ceux des grandes stations de ski. Le succès est là, vendu en direct dans huit coopératives laitières en Savoie.

Chapitre 4 : Un colporteur pour trois produits

Savez-vous reconnaître une Tarine d’une Abondance ? Les deux sont des vaches locales adaptées à la pente et aux conditions montagnardes, mais les Tarines ont les yeux comme maquillés de noir, et sont plus petites que leurs copines à la robe acajou et blanche… Au son déglingué des cloches portées par les troupeaux environnants, un petit groupe de randonneurs suit le Colporteur des Alpages.

Chaque année des dizaines de balades et des visites sur site (principalement dans les alpages et chez les producteurs) sont organisés par le Syndicat de défense du beaufort. Les visiteurs apprendront plus tard que la production de lait est limitée à 5000 litres par an et par vache, dont les troupeaux doivent paître dans une zone limitée aux vallées savoyardes du Beaufortain, de la Tarentaise, de la Maurienne et à une partie du Val d’Arly. Puis ils dégusteront en plein air les trois Beauforts : au lait d’été, d’hiver et – crème de la crème – l’Alpage – fruit d’un seul troupeau trait sur site à plus de 1500 mètres entre juin et octobre. Un délice descendu tout droit du haut des cîmes, qui représente moins de 10% de la production. La qualité, on vous dit.

www.cooperative-de-beaufort.com

Écrit par Juliette Labaronne

Juliette Labaronne

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3 min

L’ « Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps.

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Sauver la nèfle de l’extinction

Nous parlons d’une culture traditionnelle qui compte de moins en moins d’adeptes et de soutiens ; la zone est passée d’une production de 20 millions de kilos lors de ses meilleures années à peine 7 millions récemment, et la grande majorité des parcelles voisines sont directement abandonnées ou transformées pour la culture d’avocats.Il y a un peu plus d’un an, la famille de l’agriculteur Juan Ripoll, de la ferme Camp d’Altea, était sur le point d’abandonner. Par pur hasard, nos chemins se sont croisés et le fait de trouver un modèle qui redonnait enfin du sens et de la valeur à leur travail leur a rendu d’un coup l’envie de vivre à la campagne et grâce à elle. En nous promenant dans la ferme, nous avons pu discuter, observer l’effet du vent, la nouaison, le comportement des différentes variétés et l’évolution des nouvelles plantations. Ce qui était beau, c’était de constater que les fruits n’étaient pas les seuls à reprendre des forces ; ils nous ont eux-mêmes accueillis avec une énergie renouvelée.Greffes de cognassier et bassins de décantation : comment cultiver des nèfles sur des sols gypseux et salinsTout cela a un mérite énorme. À commencer par l’exigence du néflier, car il demande un dévouement absolu et beaucoup de main-d’œuvre : il exige une taille constante et minutieuse pour laisser entrer la lumière, implique des heures au pied de l’arbre pour effectuer un éclaircissage manuel méticuleux des fleurs et des fruits, et demande une récolte extrêmement délicate pour éviter les blessures ou les marques sur la peau.À cela s’ajoute le fait que les éléments agronomiques et climatiques jouent plutôt contre eux. Ils se trouvent dans une zone de sécheresse extrême (à Altea, il n’a même pas plu pendant les tempêtes qui ont récemment inondé le reste de l’Espagne) et sont installés sur un sol gypseux très complexe, marqué par la roche et le sel. Face à ce manque de pluie, ils sont contraints d’arroser avec de l’eau de station d’épuration, laquelle arrive avec une salinité très élevée, bien au-dessus de ce que l’arbre peut supporter naturellement. Voir comment ils s’adaptent ou résolvent ce problème sur le terrain grâce à l’observation et à l’expérimentation est réellement instructif. Par exemple : ils arrosent à partir de la couche supérieure d’un grand bassin de décantation pour éviter les sédiments et atténuer la salinité ; ils ont greffé certains néfliers sur des porte-greffes de cognassier (qui tolèrent beaucoup mieux ces sels en agissant comme un filtre naturel) ; et ils effectuent des apports constants de fumier et de résidus de taille broyés. Le résultat saute aux yeux : ils ont réussi à redonner vie au sol, en accueillant une flore et une faune auxiliaire belle et nécessaire, et en retenant beaucoup mieux l’humidité. L’agriculture régénératrice face à la précarité du systèmeDans toute cette gestion, les animaux sont leurs grands alliés. Ils ont un troupeau de brebis Guirra (une race locale officiellement en danger d’extinction, ce qui apporte une valeur écologique incroyable à la ferme) qui pâturent librement dans les parcelles. Elles font office de débroussailleuses naturelles et fertilisent la terre de façon constante, sauf quand le fruit apparaît : il faut alors les sortir des parcelles pour qu’elles ne se fassent pas payer leur travail en nature. Cependant, maintenir cet écosystème vivant suppose aujourd’hui un sacrifice et un coût logistique très élevé. Le tissu rural de leur région est en train de disparaître : il reste à peine une fromagerie, il n’y a plus d’agriculteurs avec des étables pour aider à gérer le fumier, et l’abattoir municipal a fermé il y a des années, les obligeant à parcourir plus de 100 kilomètres pour trouver le plus proche.Pour couronner le tout, la réalité extérieure a failli les emporter. D’un côté, leur matelas économique traditionnel, qui était l’amande, s’est envolé en un souffle quand la plaie de la Xylella les a forcés à arracher tous leurs arbres. Le coup de grâce est venu du système : ils livraient depuis des années leurs fruits à la coopérative locale, supportant des prix abusifs et des exigences esthétiques irréelles, jusqu’à ce qu’une gestion défaillante et corrompue fasse faire faillite à l’entité. Ils se sont retrouvés du jour au lendemain avec la récolte livrée, sans être payés et dans une situation financière critique. Après des années de prix abusifs et une gestion qui leur a tourné le dos, trouver chez CrowdFarming un modèle qui redonne du sens et une valeur réelle à leur travail leur a rendu l’envie de vivre à la campagne et grâce à elle.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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