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Publié Mars 2026

Des jardins boliviens au Cantal, la Walipini serre l’autonomie

Les serres enterrées permettent de produire des légumes toute l’année sans utiliser d’énergie fossile. L’une d’elle, la Walipini, s’installe progressivement en France, chez quelques pionniers.

Pour beaucoup d’entre nous, l’épidémie actuelle est une invitation de plus à réfléchir à notre résilience alimentaire. Alors, bien sûr, tout le monde ne peut pas devenir autosuffisant en légumes et en céréales. Mais toute personne ayant accès à un jardin ou à un balcon peut s’essayer à produire une (petite) partie de son alimentation.

Pour y parvenir pendant les saisons froides et/ou malgré un climat difficile, on peut être tenté d’investir dans la construction d’une serre. Mais elles sont souvent très coûteuses et conçues avec des matériaux peu durables. Heureusement, il existe des solution naturelles, voire même bioclimatiques et à très bas prix : les serres semi-enterrées. L’exemple le plus fascinant en la matière nous vient de Bolivie.

Des plateaux andins aux réseaux perma

C’est là-bas que, dans les années 1990, un ingénieur suisse appelé Peter Iselli a inventé – en s’inspirant de savoir-faire de la civilisation Aymara, un concept de serre visant à assurer la sécurité alimentaire des populations rurales du plateau aride bolivien. Partant du principe que dans ce climat rude toute serre exposée au vent risquait d’être détruite ou de s’envoler, il a cherché à construire des serres partiellement enterrée. Une astuce qui permet en prime de profiter de l’effet isolant du sol. Son idée a été améliorée et propagée par des locaux, notamment un ingénieur agronome appelé Héctor Vélez, si bien que l’on trouve aujourd’hui quelques dizaines de Walipinis dans la région. Le modèle le plus abouti est probablement celui de la Granja ecológica Ventilla à La Paz. L’histoire aurait pu en rester là si des férus de méthodes low-tech innovantes et résilientes n’étaient pas tombés sur la Walipini et n’avaient pas essayé de l’adapter à leur climat dans plusieurs régions du monde.

Implantation française

En France, plusieurs jardiniers ont ainsi partagé ces derniers mois leurs expériences de création de serre Walipini : le Youtubeur Ludovic de la chaîne Le potager du bienheureux dans le Cantal, la youtubeuse La permachine de la Perchine, ou le permaculteur Romain dans la Loire.

Pour résumer, voici comment ils ont procédé :

– Construire un trou rectangulaire assez profond (2 mètres si possible) pour profiter de l’inertie thermique du sol. Cela va refroidir la serre en cas de coup de chaud estival et éviter le gel en hiver.

– Empêcher l’eau d’entrer dans la serre, en s’assurant que l’on creuse au moins à 2 mètres au-dessus de la nappe phréatique, et si besoin en isolant les murs et/ou en installant un drain.

– Selon la taille du trou, la pose de piquets de bois servant de charpente peut être nécessaire.

– Poser un toit constitué d’un revêtement transparent. Ainsi, les rayons du soleil vont produire un effet de serre dans la Walipini. Ce revêtement peut être fait en plastique ou à partir de vieilles portes-fenêtres. Il vaut mieux veiller à ce que l’orientation et l’inclinaison du toit permettent aux rayons du soleil de bien pénétrer dans la serre sans être réfléchis, grâce à l’aide d’un outil calculateur de position solaire. Cette partie peut être assez technique : ce tutoriel réalisé par le Benson Institute permet d’aller plus loin.

Voilà pour le principe. Mais en pratique, il faut savoir faire preuve de souplesse et s’adapter aux conditions de son terrain. Ludovic, qui a quitté Lille il y a trois ans pour cultiver un potager dans le Cantal, confirme : Le plus simple, c’est de louer une machine pour creuser. Moi, j’ai préféré le faire à la pelle, même si ça m’a pris plus de deux semaines. J’ai eu la mauvaise surprise de trouver assez vite de l’eau, si bien que ma serre ne peut faire qu’un mètre de profondeur. J’ai donc décidé d’ajouter une structure extérieure entièrement en matériaux de récupération.

Même s’il s’est écarté un peu du modèle de base, Ludovic se dit très satisfait de son installation : Le premier hiver a été très rude, on avait jusqu’à -11 degrés dehors. Mais il n’a jamais gelé dans la serre et surtout la différence de température entre le jour et la nuit est restée assez faible, contrairement à une serre extérieure normale. C’est très bon pour les cultures. Par exemple, j’ai un plan de poivron qui est resté en feuilles tout l’hiver. Je peux vraiment avoir des cultures toute l’année, par exemple des fèves, des petits pois, des choux, des salades ou des radis en hiver, ce qui n’est pas du tout possible dans le Cantal. En résumé, avis aux personnes les plus bricoleuses et exposées à des climats rudes !

 

Mais la famille des serres low-tech est très grande : certains en construisent simplement avec de très isolantes bottes de pailles et des vieilles portes-fenêtres, d’autres apposent des panneaux de verre devant des murs constitués de matériaux capables d’emmagasiner et de restituer la chaleur, d’autres encore parviennent à accoler une serre à leur maison avec du bois et du polycarbonate de récupération. Vous connaissez d’autres idées et exemples de serres low-tech et/ou naturelles ? Partagez-les nous dans les commentaires !

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Merci <3 <3 à Lygie Harmand pour ses illustrations.

Written by Thibaut Schepman

Thibaut Schepman

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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