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Publié Mars 2026

Lisaqua, la crevette autrement !

Elle est fraîche ma crevette, elle est fraîche !

À St-Herblain en banlieue nantaise, les locaux de Lisaqua ressemblent à un hangar industriel lambda. Pourtant la légère odeur de vase qui effleure les narines met la puce à l’oreille. Ce n’est pas un simple entrepôt de déménageur comme l’indique la pancarte de l’entreprise voisine. Et pour cause, il se produit ici chaque année 10 tonnes de gambas. Bienvenue dans le monde de la crevette fraîche, locale et propre.

Avec une pointe de mayonnaise en entrée, dans la paëlla ou encore cuite en curry, la grosse crevette rose, ou encore gambas, s’est définitivement installée dans notre alimentation. Dans tous les supermarchés, elle s’étale avec abondance dans les rayons, comme si elle était fraîche pêchée de la semaine. Fraîche ? Vraiment ? C’est un peu vite oublié que ce crustacé est majoritairement issu d’élevages installés sur les mangroves des zones tropicales. En France, nous importons actuellement 80 000 tonnes de crevettes tropicales. Elles peuvent être congelées de 2 mois à 2 ans entre la date de pêche et l’arrivée en rayon, souligne Gabriel Boneu. 

Lui, c’est un spécialiste des bonnes idées, un start-uppeur comme on dit aujourd’hui. Alors avec deux amies, Charlotte, chercheuse en biologie marine, et Caroline, spécialiste des techniques et process industriels, ils se sont posés la question : Et s’il était possible de produire de la gambas fraîche et locale ? En 2017, nous avons commencé dans un salon avec un aquarium, sourit Gabriel. Et là réponse est oui. Incontestablement, il est possible de produire cette bonne vieille crevette rose en France. En témoigne l’entreprise qu’ils ont créée, Lisaqua, pour Low-Impact & Sustainable Aquaculture. Installée dans des hangars de la banlieue nantaise, leur installation pilote produit déjà 10 tonnes de crevettes par an. 

Crevette fraîche

La promesse de Lisaqua, c’est une crevette fraîche, alors l’entreprise s’en donne les moyens. Chaque semaine, 200 kg de crevettes sont abattues en baissant le niveau du bassin et en les plongeant immédiatement dans l’eau glacée. Ensuite, il faut 20 à 30 min aux équipes pour mettre les crustacés en chaîne du froid. C’est vraiment cette étape qui permet de garantir la fraîcheur. Elles sont ensuite triées par calibre, mises en boite et livrées directement aux poissonniers ou restaurateurs. Une partie est également congelée, mais pour une durée maximum de 15 jours, détaille Gabriel. Le process permet également de se passer de saumure pour conserver les gambas.

Les retours des clients sont unanimes, les crevettes de Lisaqua sont identiques aux crevettes tropicales en rayon, mais en plus croquantes et avec un goût plus naturel et plus subtil. Preuve de qualité, plusieurs chefs étoilés sont déjà des fidèles du produit. Nous livrons entre autres l’Atlantide à Nantes ou le Grand Monarque à Chartres, évoque-t-il. Pour les curieux qui voudraient simplement goûter cette crevette locale sans aller au restaurant, à Nantes, les poissonniers Jordy Moreaux sur le marché de Talensac et Laurent Muller à Zola, commercialisent la gambas locale. Elle est également disponible en vente directe le vendredi après-midi directement dans les locaux de Lisaqua. Côté prix, Gabriel le reconnaît, le produit est encore très haut de gamme. Mais notre objectif est d’atteindre le prix des crevettes bio pour que nos gambas soient accessibles à un maximum de consommateurs, assure-t-il.

C’est le mélange de bactéries et de micro-algues qui donnent cette couleur bien particulière à l’eau d’élevage des crevettes. © T.Louapre

Une production plus verte

En plus d’être locale et fraîche, la crevette rose de Lisaqua est… plus verte. Les productions de crevettes, comme la pisciculture marine en générale, se révèlent très souvent destructrices du littoral. C’est particulièrement le cas en zone tropicale où les crevettes sont élevées sur les zones fragiles que constituent les mangroves. La forte densité de crustacés génère des rejets importants de matière organique qui impactent la vie marine aux alentours des bassins. Pour éviter les maladies, cette activité nécessite également l’utilisation massive d’antibiotiques qui polluent eux aussi les zones de production. 

En développant un système fermé sur terre, Gabriel, Charlotte et Caroline ont trouvé une solution pérenne à ces différentes problématiques. Comme nous sommes en milieu confiné, nous n’avons pas besoin d’antibiotiques, constate Gabriel. Pour l’alimentation des crevettes, Lisaqua se tourne vers les déchets de l’industrie du filetage du poisson, essentiellement des farines et des huiles.

Des bassins en cycle fermé

Reste la gestion des effluents d’élevage. Si, en lieu et place de polluer de l’eau de mer, l’entreprise déversait chaque jour des centaines de litres dans les eaux usées, l’opération aurait peu d’intérêt. C’est là qu’intervient Charlotte. Grâce à son doctorat en biologie marine et à ses différentes expériences professionnelles, elle a développé un système de cohabitation des crevettes avec des micro-organismes et des invertébrés marins dans les bassins. Les micro-organismes, ce sont des bactéries et des micro-algues qui dégradent les déjections des crevettes. Ils sont ensuite consommés par les invertébrés, eux-même mangés par les crevettes. Cela nous permet de garder l’eau des bassins et d’économiser 20 % de l’alimentation, explique Gabriel. 

Ce système permet d’utiliser 500 fois moins d’eau qu’une installation d’aquaculture classique, qui nécessite une qualité d’eau équivalent à 300 % du volume des bassins par jour. Nous remplaçons simplement 1 % de l’eau quotidiennement du fait de l’évapotranspiration, indique le jeune aquaculteur. Car oui, l’eau doit être maintenue à la température élevée de 28 °C pour une croissance optimum des crevettes. Mais là aussi l’entreprise y travaille. La prochaine étape, après ce premier projet pilote, est d’installer une unité de production en Seine-et-Marne, à proximité d’un incinérateur pour récupérer la chaleur produite par cette installation, indique Gabriel. L’objectif est de produire 500 t/an sur cette nouvelle unité de production à horizon 2025. À plus long terme, l’entreprise vise une production de 10 000 t/an en Europe, dont 3000 t/an en France. 

Written by Tanguy Dhelin

Tanguy Dhelin

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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