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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Le Germoir, couveuse maraîchère pour jeunes pousses

En 2014, on ne naît plus paysan, on choisit de le devenir. Pour être sûr de se plaire en bottes, les espaces test agricoles offrent des terres d’expérimentation aux agriculteurs-aspirants le temps de plusieurs récoltes. Découverte au Germoir d’Ambricourt, la première couveuse du réseau.

Amélie, agricultrice en herbe, se lance dans la culture des fraises.
Amélie, agricultrice en herbe, se lance dans la culture des fraises.

Amélie est arrivée à Ambricourt l’an dernier, là où Thomas pendant trois ans avait fait pousser ses salades, ses carottes et ses radis. Depuis, le jeune maraîcher est allé semer ailleurs, comme un grand, dans une commune voisine du Pas-de-Calais. Amélie a récupéré ses planches de culture pour y faire pousser des fraises cigaline, cijosée, mara des bois ou cléry. « C’est une culture plus féminine, plus accessible aussi », confie la trentenaire qui a plaqué son job d’éducatrice spécialisée pour se tourner vers la terre. Le lien entre les deux métiers ? Peut-être la même envie de faire pousser, le bonheur de voir grandir. Et surtout une bonne dose de patience et d’humilité. « Seule, ça aurait été trop dur. Au Germoir, on peut échanger, se concerter et trouver des solutions. On partage nos joies et nos angoisses. »

Au Germoir, l'erreur fait partie du projet. Ici, on peut se tester et finalement renoncer.
Au Germoir, l’erreur fait partie du projet. Ici, on peut se tester et finalement renoncer.

Tous les mardis, Pierre-Henri Roussel, le coordinateur de l’espace test du Germoir à l’accent francomtois inimitable, convoque les quatre agriculteurs à l’essai pour une demi-heure d’échanges. « Je commence toujours par leur demander comment ils vont, c’est important le moral dans ce genre d’expérience. Ensuite, on parle de ce qui tourne ou ne tourne pas dans les champs et on conclut par les besoins spécifiques en matériel. »

Le reste de la semaine, Phil, maraîcher bio expérimenté accompagne les apprentis-maraîchers sur le terrain et les conseille au quotidien. « La première année, on laisse vraiment les agriculteurs se tester à leur rythme, explique Pierre-Henri. La suivante, on leur demande de passer à la vitesse supérieure pour que leur activité devienne rentable. » « Mon objectif n’est pas de devenir millionnaire mais de pouvoir vivre de cette reconversion décemment, confie Amélie maman de deux petites filles. Ce n’est pas une activité folklorique. Je suis consciente des enjeux économiques. »

Le troc, une des trucs du Germoir. On se prête du matériel, on échange de la main d'oeuvre.
Le troc, un des trucs du Germoir. On se prête du matériel, on échange de la main d’oeuvre.

Faciliter l’accès au foncier. Le Germoir fait partie des fermes dégotées par l’association Terre de liens. «  En région Nord-Pas de Calais, 80% des agriculteurs sont locataires de leurs terres, explique l’association. Dans ce contexte, il est très difficile d’avoir accès aux opportunités foncières locatives. Lorsque les terres sont en vente, l’association peut intervenir grâce à la Foncière Terre de liens. »

C’est ainsi qu’elle a acquis le Germoir à la fin des années 2000 composé d’un ancien corps de ferme de 600 m2, adossé à 4 hectares de terres bio. Aujourd’hui, chacun des maraîchers dispose environ d’un demi-hectare et d’un tunnel de 250 m2 pour 120 euros par mois, de quoi se tester sans prendre de risques. La prestation Germoir comprend aussi une cuisine collective, l’accès au café, à Internet et à des formations sur tout ce que requiert le métier de maraîcher bio. Enfin, les porteurs de projet bénéficient d’un contrat Cape (contrat d’appui au projet d’entreprise), comme leurs homologues qui fréquentent les couveuses d’activités classiques.

Chacun dispose d'un demi-hectare de terres pour se lancer.
Chacun dispose d’un demi-hectare de terres pour se lancer. Globalement le coût de fonctionnement des espaces test revient à 8000 euros par porteur de projet.

Jeunes pousses. Ailleurs en France, les espaces test agricoles connaissent également un beau développement. Au 1er mai 2014, 22 espaces sont en fonctionnement, 34 en projet. Le Champ des possibles en Ile-de-France, initié par le réseau des Amap, les Compagnons de la terre dans la Drôme, les Semeurs du possible en Bourgogne, les Prés d’Amont à Blois… : certains sont portés par des collectivités, d’autres structurés sous forme coopérative. « L’objectif numéro 1 des espaces test agricoles est de favoriser l’installation de ceux qui se lancent hors cadre familial, explique Jean-Baptiste Cavalier, animateur-coordinateur du réseau national  Reneta. Mais selon les projets il peut aussi s’agir de redynamiser un territoire, de garder une ceinture agricole, de fournir la restauration collective localement…»

Et ça marche ?  « Le test est une réussite si la décision, quelle qu’elle soit (installation ou non), est prise en connaissance de cause. Ce que l’on veut éviter, ce sont les installations ratées.» Globalement, les tests sont plutôt concluants :  2/3 des maraîchers à l’essai finissent par se lancer. « Je suis plutôt confiant sur l’avenir, les retours sont très positifs. Nous recevons de nombreuses demandes d’informations, de France comme de l’étrangerIl faut juste faire attention à ne pas dévoyer le concept.»

 

Terres et tunnels sont partagés. Une seule contrainte : produire sans produit chimique. Le Germoir ne promeut que l'agriculture biologique.
Terres et tunnels sont partagés. Une seule contrainte : produire sans produit chimique. Le Germoir ne promeut que l’agriculture biologique.

A Ambricourt depuis 2006, une douzaine de personnes sont passées par les terres partagées, 7 ou 8 se sont installées comme Thomas qui parade en cultirateau, un n’a malheureusement pas pu trouver de terres. D’autres ont préféré ne pas se lancer. C’est le cas de Christophe allergique aux graminées ou d’un professeur des écoles qui finalement s’est rendu compte qu’il préférait parler aux marmots qu’aux poireaux.

« Le droit à l’erreur fait partie du projet », concède Pierre-Henri. Amélie, elle, démarre son deuxième printemps et est à la fois inquiète et confiante. « Je n’ai aucune idée du rendement de mes fraises, je me pose encore des questions sur les meilleures façons de les acheminer aux consommateurs mais j’espère bien réussir. » En plus d’être aussi pétillante qu’une fraise des bois, la jeune femme possède un atout de taille, c’est une petite fille du pays. Une chance de se voir, à terme, transmettre des terres par les anciens du coin ?

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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