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Publié Mars 2026

Le jardin d’Yvonne : la transition à portée de bêche

« Cultiver le partage et partager les cultures », voici la devise de ce jardin collectif cultivé en permaculture. Véritable petit poumon dans la ville, il est le fruit d’un collectif d’habitants de Villeurbanne en banlieue lyonnaise.Visite guidée.

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De nombreux curieux retrouvent le sourire quand ils passent devant ce petit bout de terrain. Les 300 mètres carrés sont bien remplis : tout au fond, une cabane entièrement construite avec des matériaux de récupération. Juste à coté, un récupérateur d’eau de pluie et des toilettes sèches. Au milieu, un plancher et quelques tables pour se retrouver et refaire le monde. Il y a aussi l’incontournable composteur où épluchures et déchets verts macèrent en attendant de devenir engrais. Et partout, la nature. Des plantes grimpantes qui courent joyeusement sur le grillage, des légumes en tous genres, de drôles d’espèces que personne ne connaît, des herbes folles et des tournesols qui offrent leurs dernières fleurs avant l’hiver. Bienvenue au jardin d’Yvonne !

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Ce lieu a d’abord germé dans la tête d’un collectif d’habitants débordant d’idées et d’envies. Ce groupe, c’est Villeurbanne en transition. Au départ, les fondateurs organisent quelques réunions dans les appartements des uns ou les cafés des autres pour appréhender le monde et tenter de le changer. Puis rapidement vient l’envie de passer à l’action, d’avoir un outil concret pour assurer la résilience*. C’est de cette énergie qu’est née l’association Les jardins en transition et le premier jardin de la série, celui d’Yvonne.

Cette association s’inscrit dans un mouvement global, qui regroupe plus de 2000 initiatives dans le monde : celui des villes en transition. Né en Angleterre en 2006 dans la petite ville de Totnes sous la houlette de Rob Hopkins, il invite à réfléchir à de nouvelles manières d’organiser nos sociétés. Nos modes de vie actuels basés sur les énergies fossiles ne sont pas envisageables sur le long terme ? Le mouvement de la transition pousse à trouver des alternatives au tout pétrole. Parmi les valeurs, trônent également celles de remettre la solidarité et la coopération au centre des rapports humains et d’écarter ainsi le repli sur la sphère privé et la montée de l’individualisme.

Vaste programme, mais concrètement on fait comment ? On laisse fleurir les idées. Aujourd’hui, des centaines d’initiatives fleurissent partout dans le monde afin d’assurer la résilience à l’échelle locale. Elles prennent des formes multiples : relocalisation de l’économie, diminution de la consommation d’énergies fossiles, tissage de liens de solidarité, développement de l’autonomie des territoires. Concrètement, ce sont les monnaies locales, les circuits-courts, les repair café, les Incroyables comestibles ou comme ici les jardins collectifs.

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Le jardin d’Yvonne à la base, c’est donc ça : un moyen de s’inscrire dans ce mouvement, de glisser vers un nouveau modèle. C’est bête comme chou mais un petit bout de terrain qu’on mutualise, ça permet beaucoup :  se reconnecter avec la terre, rencontrer ses voisins ou encore assurer l’autonomie alimentaire même si, pour le moment, il est loin de nourrir tout le quartier.

Fidèle aux principes du mouvement des villes en transition, la parcelle est entièrement partagée et on y jardine selon les principes de la permaculture. Késako ? La permaculture, c’est le jardinage des flemmards : s’inspirer de la nature pour que le jardin soit le plus autonome possible selon trois principes. Prendre soin des hommes, soigner la terre et partager les cultures. Mais ne vous y trompez pas, c’est une méthode très pointue. L’organisation de l’espace comme le choix des cultures, leur association et leur emplacement sont méticuleusement réfléchis. Ici  pas de pesticide : on chasse les limaces avec du marc de café et on nourrit le sol avec du fumier et des matières végétales.

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Le jardin c’est aussi un espace ou l’on se rencontre. Demandez aux jardiniers pourquoi ils viennent. Ils vous répondront qu’ils sont là pour mettre les mains dans la terre, mais surtout pour la convivialité ! Ateliers cuisine, récolte de graines, fête de la musique, tous les moyens sont bons pour se retrouver. Et les plus jeunes sont aussi de la partie : régulièrement des enfants des structures du quartier viennent au jardin pour gratter le sol, découvrir les petites bêtes et goûter les herbes aromatiques.

tajine pommes de terre du jardin

Comment ça s’organise tout ça ? Le terrain est mis à disposition par la Métropole grâce à une convention avec la ville de Villeurbanne. L’association est en lien avec une multitude de partenaires qui l’accompagnent dans sa construction échangent leur savoir-faire, elle appartient notamment au réseau du passe-jardins qui fédère l’ensemble des associations de la région. Et qui est le jardinier en chef ? Yvonne ? Vous n’y êtes pas. Dans un monde ou les structures sont souvent pyramidales et contraignantes, on cherche ici à inventer de nouveaux modèles d’intelligence collective où chacun peut trouver sa place en fonction de ses envies ou de ses compétences.

Le jardin d’Yvonne c’est un mini laboratoire où l’on se rencontre, où l’on teste de nouveaux modes de cultures, où l’on organise des ateliers, des outils participatifs… Et surtout où l’on passe de bons moments. Et vous, vous l’assurez comment la transition ?

 

* La résilience est un concept clé dans le mouvement des villes en transition : à l’origine, le terme a été utilisé en physique des matériaux pour décrire la capacité de la matière à reprendre sa forme après un choc. Utilisé en écologie depuis les années 70, il désigne l’aptitude d’un écosystème à se régénérer après un traumatisme. Pour en savoir plus sur la notion de résilience, c’est ici.

Merci à Célia pour les photos.

Written by Justine Bénit

Justine Bénit

Adepte de l'apéro dinatoire version saucisson et verre de rouge partagés entre amis dans sa ville de Lyon, Justine aime aussi le radis noir, les gosses et les initiatives collectives pour peu qu'il y ait matière à partager et à s'enthousiasmer. Le développement local, Justine maîtrise, et mieux encore, le cultive, en particulier dans sa ruche de Lyon 3 ou au sein d'une association de jardins partagés issus du mouvement des villes en transition. Pour elle, "le changement passe par l'action", surtout lorsqu'il s'agit du manger mieux, du vivre mieux et de la sobriété heureuse.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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