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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Marion des sources (et son potager aquatique)

La ferme les Sourciers est sur Facebook, Instagram, Youtube… Normal, Marion ne se contente pas de se balader au milieu de sa serre et d’écouter pousser son basilic, elle veut démocratiser une autre façon de le cultiver. Sans terre mais en préservant le goût comme la planète.

 

Chou kale, oyster leaves, pourpier de mer : ici on cultive de la verdure exotique.
Chou kale, oyster leaves, pourpier de mer : ici on cultive de la verdure exotique.

 

Cette autre façon c’est l’hydroponie. Oh, le gros mot ! Mais attention, la jolie brune insiste « il s’agit d’une serre expérimentale, un modèle à reproduire où il n’y a pas de terre, en milieu urbain, où il y a peu d’eau courante. On ne veut pas remplacer la terre. » Voilà qui est dit.

Depuis 2013, Marion et son mari Nicolas testent cette nouvelle culture au coeur du Gers, là où l’on parle plus de terroir que de solutions NPK (les 3 éléments nutritifs nécessaires aux plantes, ndlr). L’idée leur est venue il y a quelques années au cours de leur existence argentine. Coincés dans un deux pièces sans jardin à Buenos Aires, ils rencontrent un couple de retraités qui fait pousser ses légumes sans terre. Ni une ni deux, ils se mettent eux aussi à cultiver des laitues sur leur balcon de la même manière. Rapidement, ils se passionnent pour le sujet de l’hydroponie et découvrent que le pionnier dans ce domaine n’est autre que GHE (General Hydroponics Europe), une entreprise du Gers. En 2013, ils rentrent d’Argentine les poches pleines de graines surprenantes, s’installent à Lagraulet-du-Gers. Les Sourciers sont nés.

 

Leur serre s'étend sur 650 m2 et permet de dégager deux salaires (au SMIC).
Leur serre s’étend sur 650 m2 et permet de dégager deux salaires en été (au SMIC). L’hiver, c’est plus compliqué.

 

L’hydroponie, concrètement de quoi parle t-on ? Il s’agit de faire pousser des plantes en remplaçant la terre par de l’eau à laquelle on ajoute des sels minéraux et de l’oxygène. Les racines trempent donc dans cette solution chargée d’ions. Cette technique n’est pas récente puisque les Aztèques et les Incas l’utilisaient. Souvenez-vous aussi des Jardins suspendus de Babylone, l’une des sept merveilles du monde.

 

Avec leurs économies et le soutien de GHE, Marion et Nicolas montent leur serre hydroponique à but pédagogique, organisent l’arrivée d’eau en circuit fermé. Ainsi, les solutions ne retournent jamais dans la nature mais dans leurs cultures. Au final, très peu d’eau est d’ailleurs nécessaire, 95% de moins que pour une culture classique.

 

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Pour le chauffage, ils s’en remettent aux rayons du soleil et ne sortent un chauffage d’appoint que lorsque les températures menacent de passer sous la barre du zéro pour ne pas geler tout le dispositif aquatique. « C’est une serre froide, témoigne Marion. On ne produit que des légumes de saison, on n’utilise ni chauffage, ni lampe, notre production ne demande presque pas d’énergie. » Enfin, le couple choisit minutieusement ses solutions nutritives. « Si l’on met les bons nutriments au bon moment, si l’on n’ajoute aucun pesticide, on obtient des produits excellents. »

 

Les Sourciers
Blettes multicolores, aussi ravissantes que délicieuses.

 

Ainsi, la première année, Marion et Nicolas démarchent les restaurateurs. Leurs produits s’avèrent plutôt exceptionnels et impossibles à dénicher ailleurs. Voyez plutôt : du Bok Shoy, du Hon Tsaï Taï, du Shiso Japonais, de la ciboule de Chine, de la Ficoïde Glaciale, de l’oseille sanguine… Ils distribuent également leurs herbes en circuit court et aujourd’hui le bouche à oreille suffit pour que leurs plantes aromatiques se retrouvent dans les plats des Chefs, même étoilés.

Benjamin Toursel est l’un d’entre eux. Second de cuisine chez Michel Tramat, il décide d’ouvrir avec sa femme L’Auberge Le Prieuré à Moirax (Lot-et-Garonne) en 2004 et reçoit son étoile en 2008. Ce qui lui plait chez les Sourciers ? « Ils sont dynamiques, joyeux, ils ont une démarche intéressante, ils font du bon boulot. » Pourtant au départ, ce n’était pas gagné, notre Chef est méfiant « des légumes qui ne touchent jamais la terre… » Et puis il faut se rendre à l’évidence, quand on y a goûté, on reste scotché. Oui ces plantes et ces légumes ont du goût et même beaucoup de goût. Un goût similaire à celui de l’huître pour l’oyster leaf, plutôt mentholé pour le shiso japonais ou encore piquant pour la moutarde red giant.

 

 

Si vous passez dans le coin, n’hésitez pas à aller à leur rencontre, vous serez très bien accueillis. Des visites ont souvent lieu l’après-midi et vous aussi vous pourrez goûter, ce n’est pas réservé aux Chefs et à leurs clients !

Comme Thibault Lagoutte, propriétaire et Chef à L’Auberge La Baquère à Préneron (Gers), vous pourrez tenter de marier l’oseille à l’amarante ou encore le sucre des Aztèques et l’oxalis. Il partage une certaine philosophie avec les Sourciers et les autres producteurs avec lesquels il travaille et qu’il fait d’ailleurs apparaitre sur sa carte. « J’aimerais être quelqu’un de bien. J’essaie de faire une cuisine unique et vraie. Tous ensemble, on partage la même sincérité. »

 

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Les Sourciers proposent également des week-ends de formation. Chacun peut s’inscrire et ainsi tout apprendre de l’hydroponie afin de la pratiquer à la maison ou à plus grande échelle. Des architectes urbanistes de Bordeaux, Marseille, Paris… sont venus voir cet ovni, ils ont contemplé, mesuré, pesé car les systèmes en place sont plus légers que la terre.

A l’heure où nous parlons, Marion et Nicolas sont déjà en train d’expérimenter d’autres solutions comme l’aquaponie, une forme d’aquaculture qui associe une culture de végétaux en symbiose avec l’élevage de poissons. Ce sont leurs déjections qui servent d’engrais au végétal cultivé. Ils réfléchissent également à la création d’une association Hydroponie France et d’un label « non traité » puisqu’ils ne peuvent bénéficier du AB réservé à la terre. Chez le couple, les légumes comme les idées foisonnent…

 

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Written by Stéphanie Duqueyroix

Stéphanie Duqueyroix

Comme un bon vin de Bordeaux, sa ville natale, Stéphanie bonifie ses vers sans en avoir l'air, et en anglais s'il vous plaît. Artiste dans l'âme, elle manie les mots, rêve de Toscane mais reste fidèle à son bassin d'Arcachon. Une perle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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