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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Ode au cul noir (du Limousin)

Mâle, belle couche de graisse, cul noir, cuisse musclée, débrouillard, cherche femelle limousine, dix tétines maxi, pour perpétuer sa lignée. Me contacter en MP…

Dans la famille des bestioles typiques de nos régions , je voudrais le cul noir, qui a aussi une belle face couleur charbon soit dit en passant. De qui parle-t-on ? Allez, on n’est pas vache, on vous donne quelques indices :

1/ Taille moyenne de 80 cm. 2/ Corps trapu, arrondi, bien campé sur des membres fins. 3/ Poitrine profonde, croupe bien fournie, cuisse musclée. 4/ Reins larges, arqués dans la jeunesse, devenant droits au cours de l’engraissement. 5/ Tête conique dite tête de taupe, oreilles minces très écartées, groin étroit et allongé…

Vous avez trouvé ? Il s’agit bien sûr d’un cochon, d’une race porcine typique du Limousin qui occupe depuis plusieurs siècles l’ouest du Massif central. On l’appelle également porc de Saint-Yrieix (du nom du bled où il est né) mais c’est moins marrant. Et il raconte quoi ce cul noir ?

Le Cul noir limousin fait partie des 6 races de porcs anciennes préservées avec le Pie noir du Pays basque, le Porc blanc de l'Ouest, le Porc de Bayeux, le Porc gascon et le Porc de Corse.
Le cul noir limousin fait partie des six races de porcs anciennes préservées avec le pie noir du Pays basque, le porc blanc de l’Ouest, le porc de Bayeux, le porc gascon et le nustrale.

Il était une fois…

… au début du XXe siècle, un très important cheptel de porcs cul noir vivant dans la région Limousine. Comme les six races locales de porcs particulièrement bien adaptées à leur terroir, les culs noirs vivaient nombreux et heureux entre Montluçon et Guéret. Seulement voilà, ces beaux cochons ont un bon nombre de qualité mais le vilain défaut de prendre leur temps pour pousser. Il leur faut deux années pour pouvoir finir à la casserole. Or, après la Seconde Guerre mondiale, les temps sont durs. La famine menace les campagnes, il faut produire plus et vite. Alors on introduit  des races modernes, standardisées, du genre large white. L’élevage devient industriel et les cochons roses dûment sélectionnés éclipsent peu à peu notre cul noir local. Dans les années 1960, nouveau coup de massue : on juge le cul noir trop gras et source de cholestérol. Ce sera le début de la fin. La population est littéralement décimée : de 13 000 reproducteurs en 1953, on n’en trouve plus qu’une soixantaine en 1980.

Il a bien failli y passer comme le dodo. Heureusement les éleveurs ont su se mobiliser.
Il a bien failli y passer comme le dodo. Heureusement les éleveurs ont su se mobiliser.

Le cochon qui a eu chaud au cul noir

Heureusement, le cul noir a de fervents admirateurs. En 1993, le Syndicat des éleveurs de porc cul noir limousin se constitue pour redynamiser la production. Et le 5 novembre 1997, la race Cul Noir Limousin est officiellement reconnue par le ministère de l’Agriculture qui la rattache à la bible des races locales, le Livre généalogique collectif des races locales de porcs (LIGERAL). Grouik grouik, la bête est sauvegardée sur le papier. Sur le terrain, les éleveurs reprennent les pratiques de leurs aïeux. L’animal est élevé en plein air et grandit tranquillement (il ne pourra être mangé qu’à 18 mois quand il pèsera environ 200 kilos). Il se nourrit  de glands et de châtaignes qu’il sait très bien trouver tout seul dans les sous-bois. Notons aussi que la bête est bonne marcheuse en plus d’être particulièrement sociable. La truie, elle, est prolifique. À chaque portée annuelle, elle délivre une dizaine de porcelets, un pour chaque tétine. La nature est bien faite.

Et sinon, outre sa queue noire, ses deux grands écussons sur la tête et sur sa croupe, et ses deux épis à la Tintin, qu’a-t-il de si particulier ce joli cochon ? Il est en fait réputé pour son aptitude à faire du gras : un animal de 200 kg présente 100 kg de gras avec une épaisseur de lard sur le dos pouvant atteindre 15 cm ! Son lard est ferme et fondant, d’une douceur sensuelle et légèrement parfumée à la noisette, affirment les spécialistes. Et sa viande rouge, fine et persillée.

Et voilà un cochon heureux à caresser quelque part en Limousin.
Et voilà un cochon heureux à caresser, quelque part en Limousin.

L’histoire du cul noir se termine bien (même si elle se finit souvent au four) : notre cochon est aujourd’hui sauvé et ce, grâce à des éleveurs particulièrement passionnés. On compte aujourd’hui 150 truies et 50 verrats, élevés en liberté en Limousin à 90 % et répartis sur 38 élevages. Si vous passez par  Saint-Yrieix-La Perche, n’hésitez pas à venir leur caresser la couenne.

Written by Gaelle Petit

Gaelle Petit

Cette amoureuse de la nature tendance fleur bleue est une véritable reine des abeilles (les vraies qui font du miel ! ) depuis 10 ans. Biologiste, nouvellement professeur des écoles, elle délivre sa science aux enfants de sa Charente natale. Chez elle, c'est bricolage, trucs et astuces anti-gaspillage à tous les étages. Logique, pour une adepte de la sobriété heureuse.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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