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Publié Février 2026

Pur Projet : l’agriculture qui donne de l’air à la planète

93% des causes de la déforestation sont d’origine agricole, déplore la FAO. Depuis 2008, le mouvement Pur Projet tente d’inverser la tendance. Cinq millions d’arbres plantés à travers le monde permettent aux paysans de retrouver leur autonomie alimentaire tout en préservant la planète.

© Christian Lamontagne / Pur Projet
Réunion de concertation à la bougie dans un village Karen. © Christian Lamontagne / Pur Projet

Il est 20h dans le minuscule village de Huoy Pha, au Nord de la Thaïlande. Une vingtaine de fermiers s’assoient en tailleur sur le sol natté de la maison du chef du village. Dans le clair obscur de leurs lampes torches posées sur le sol, pieds nus, bonnet et veste polaire, ils viennent discuter de l’avenir de leurs champs.

C’est une femme qui lance le débat. Kun Dao du mouvement Pur Projet, un collectif qui soutient les petits agriculteurs dans la mise en oeuvre d’alternatives à la déforestation. Pendant près de deux heures, les discussions portent sur les performances de leurs nouvelles techniques agroforestières, sur les achats nécessaires à la communauté villageoise et sur les modes de financement possibles. On lève la main, on s’esclaffe, on négocie. A 22h, l’ordre du jour comme les participants est épuisé. Chacun repart dans sa maison de bois. La nuit est sombre et sonore.

 

60% de la déforestation trouve son origine directement dans notre consommation d’aliments carnés. On dé-foreste pour planter les cultures qui nourrissent le bétail. © Christian Lamontagne / Pur Projet
60% de la déforestation trouve son origine directement dans notre consommation d’aliments carnés. On dé-foreste pour planter les cultures qui nourrissent le bétail.
© Christian Lamontagne / Pur Projet

Nous sommes au coeur de la forêt, à une heure de mobylette de la première épicerie et pourtant, se rejoue ici le mauvais film de la déforestation. « Il y a quelques années, nous avons entendu parler de villages voisins qui plantaient du maïs, explique Sani, le chef du village. On a voulu tester nous aussi pour obtenir des revenus supplémentaires. »

Pendant un temps, les paysans se laissent amadouer par le boniment des semenciers. Ils coupent des arbres, plantent du maïs qu’ils vendent à l’industrie agro-alimentaire pour nourrir les poulets. Mais à l’heure des comptes, il n’y a plus grand monde pour tenir la calculette.  Problèmes de santé liés aux pesticides chez les uns, endettement chez les autres, érosion du sol partout. Il ne leur faut que quelques années pour se rendre compte que leurs paysages désormais scarifiés ne produisent pas autant que ce qu’on leur avait annoncé. Il faut les rapiécer.

 

Chacun des cinq programmes agricoles défend le même modèle : donner aux paysans les outils pour qu’ils puissent développer leur propre activité. Une logique d’entrepreunariat, pas de mécénat. © Christian Lamontagne / Pur Projet
Chacun des cinq programmes agricoles défend le même modèle : donner aux paysans les outils pour qu’ils puissent développer leur propre activité. Une logique d’entrepreunariat, pas de mécénat. © Christian Lamontagne / Pur Projet

Selon les régions, les points de suture varient. Dans cette enclave karen, (une minorité ethnique tibéto-birmane), les paysans choisissent de planter des arbres fruitiers au coeur de leurs parcelles de maïs : ananas, macadamia mais aussi du thé et du café. « Dans quelques années, on aura une forêt comestible, » s’enthousiasme l’un des fermiers. Pour cela, ils s’appuient sur la méthodologie définie par Pur Projet et bénéficient de financements spécifiques pour le faire.

En Thaïlande, le Roi prône depuis 1975 l’auto-suffisance. Objectif ? Produire localement de manière diversifiée et ainsi augmenter l’immunité sociale.

«Nous avons imaginé cinq modèles pour sortir les paysans de la spirale de la déforestation, explique Tristan Lecomte, fondateur du mouvement Pur Projet. Il y a le SRI, le système de riziculture intensive inventé à Madagascar dans les années 80 qui permet de cultiver du riz avec peu d’eau et sans produits chimiques. Mais aussi le rice ducking ou l’art d’inviter des canards pour labourer et amender le sol des rizières et enfin l’accès à l’auto-suffisance, l’agriculture sauvage ou l’agroforesterie. »

 

Pur Projet vend de l’air, pas du vent. Chaque arbre est fiché et fait l’objet d’un suivi personnalisé. Toutes les données sont collectées et analysées. « Cela nous permet de mesurer scientifiquement le taux de CO2 absorbé et d’identifier les pratiques agricoles écologiques les plus performantes. » © Christian Lamontagne / Pur Projet
Pur Projet vend de l’air, pas du vent. Chaque arbre est fiché et fait l’objet d’un suivi personnalisé. Toutes les données sont collectées et analysées. « Cela nous permet de mesurer scientifiquement le taux de CO2 absorbé et d’identifier les pratiques agricoles écologiques les plus performantes. » © Christian Lamontagne / Pur Projet

Pour définir ces différents modèles à la fois plus productifs et écologiques, Tristan, aussi à l’aise dans le monde des grandes entreprises que dans celui des chamanes, a créé sa propre ferme de 4 hectares en 2011 dans la région de Chiang Mai. L’idée ? En faire un projet pilote et tester de nouveaux programmes agronomiques. « Au départ, le sol était mort, nourri pendant 30 à 50 ans uniquement de riz, de soja et de produits chimiques, se souvient le quadragénaire. La terre était complètement asséchée par le manque d’ombrage et de couverture du sol. »  « On s’est dit qu’il fallait regarder la forêt et l’imiter, » explique Khun Anan, sorte de Pierre Rabhi local, moine pendant 7 ans et aujourd’hui à la tête d’une ONG locale partenaire de Pur Projet.

 

A la Pur Farm, on pratique aussi le maraîchage. © Christian Lamontagne / Pur Projet
A la Pur Farm, on pratique aussi le maraîchage. © Christian Lamontagne / Pur Projet

En quelques années, les villageois redonnent vie à ces terres en plantant 27 000 arbres et en imaginant trois nouveaux espaces de production : le riz comme base de l’alimentation et culture de rente, le jardin agroforestier où le maraîchage se mêle aux arbres et l’élevage fait de poules, de canards, de grenouilles et de cochons. Une réserve d’eau est creusée pour l’irrigation et les poissons. Enfin, la ferme compte aussi une pépinière pour préparer les 100 000 plants qui chaque année iront étendre leurs racines dans les champs thaïlandais à restaurer.

 

Tristan est de ceux qui s’y collent. Ceux qui souhaitent faire changer les consciences que l’on soit paysan dans la forêt primaire ou directeur général d’un groupe hôtelier. Il créé des ponts entre ces mondes en citant Lao Tseu : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres. » © Christian Lamontagne / Pur Projet
Tristan est de ceux qui s’y collent. Ceux qui souhaitent faire changer les consciences que l’on soit paysan dans la forêt primaire ou directeur général d’un groupe hôtelier. Il créé des ponts entre ces mondes en citant Lao Tseu : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres. » © Christian Lamontagne / Pur Projet

« Nous sommes des plombiers du changement climatique, des pompiers face à la déforestation, rappelle Tristan qui mesure bien l’ampleur de la tâche. Si nous voulions compenser l’empreinte carbone annuelle mondiale avec des arbres, nous devrions en planter 90 milliards par an. Avec Pur Projet, nous en sommes à peine à 5 millions en 8 ans. » Aussi, pour changer d’échelle, le passionné cherche à faire financer ces nouvelles activités agricoles par les grands groupes. « La plupart des entreprises sont riches mais souffrent d’un déficit d’images. Pour les petits paysans, c’est exactement l’inverse. C’est un échange de bons procédés que je leur propose. »

« On ne va pas changer d’échelle uniquement en mobilisant les entreprises. Nous devons aussi viser le coeur politique et le pouvoir financier de nos financiers, qui ont la capacité de nous faire changer de modèle. » Tristan Lecomte

Pur Projet est né sous l’impulsion de Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco, entreprise pionnière du commerce équitable. Aujourd’hui, le réseau est composé de 50 organisations soit plus de 150 000 planteurs répartis dans 30 pays du Sud. © Christian Lamontagne / Pur Projet
Pur Projet est né sous l’impulsion de Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco, entreprise pionnière du commerce équitable. Aujourd’hui, le réseau est composé de 50 organisations soit plus de 150 000 planteurs répartis dans 30 pays du Sud. © Christian Lamontagne / Pur Projet

Ainsi, Accor, Nespresso, Chanel, Caudalie et de nombreuses autres entreprises passent à la caisse, achètent des arbres et permettent à Khun Anan, Khun Sunan, Pi Tong, Sani et les centaines d’autres fermiers d’expérimenter une agriculture plus productive, plus autonome, plus libre aussi.

Lorsqu’on demande à Tristan s’il ne s’agit pas de greenwashing, il répond : « je ne vois pas d’autres solution que la non dualité pour rapprocher ces extrêmes, chercher sans relâche la complémentarité et la collaboration possible, construire des ponts même entre deux abîmes. » Et de conclure en éteignant son macbook et en soufflant sur la bougie de la ferme : « il faut savoir remettre en question les idées reçues, les préjugés. Analyser comme un médecin, se battre comme un soldat et prier comme un moine. »

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L’album-photos pour en savoir plus (cliquez sur la première image pour l’ouvrir).

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Il pleut, il pleut, en Espagne..?

Nous n’étions pas préparés à cela – ou si ? Il pleut littéralement depuis plusieurs semaines en Espagne. Cette semaine, cependant, l’état d’alerte a été déclaré dans plusieurs régions, notamment en Andalousie. Nos agriculteurs nous ont envoyé les photos ci-dessous – et au sein de notre équipe, nous sommes restés sans voix pendant plusieurs minutes. Nous avons déjà fait état de fortes pluies à plusieurs reprises, mais cette année, l’ampleur est particulièrement grande. La bonne nouvelle est : tous les agriculteurs vont bien ! Notre système météorologique a apporté des pluies intenses, des rafales de vent dignes d’un ouragan et des rivières en crue. Nos agriculteurs de la région de Malaga signalent des arbres tombés et des chemins d’accès boueux qui rendent l’accès presque impossible. Malheureusement, certains agriculteurs nous ont déjà informés qu’ils subiront probablement des pertes de récolte, car les fruits ont été endommagés. Le moindre mal est sûrement le retard des livraisons : il ne cesse de pleuvoir et cela signifie que les fruits sont trop humides pour être expédiés ; ils moisiraient dans les colis. N’avons-nous pas déjà trouvé la solution ? Je parle avec Maikel, de Finca Habitat, d’un petit village entre Jaén et Grenade – l’une des zones les plus touchées. Il m’envoie une vidéo, que vous trouverez ci-dessous – elle montre les champs d’oliviers inondés de ses voisins et la rivière déchaînée. Dans la vidéo suivante, il est dans ses propres champs et montre la quantité de pluie tombée. Il la verse sur ses arbres, qu’il protège du dessèchement et fertilise en même temps avec la laine de ses moutons pendant les mois chauds. « Pour moi, la pluie est une joie absolue. C’est merveilleux ! », dit l’agriculteur. Dans ses champs – pas une seule flaque. « C’est un signe que nous faisons tout correctement, Magdalena. », explique-t-il. Maikel a décidé il y a plus de dix ans de cultiver de manière régénérative. Dans l’une des régions les plus sèches d’Espagne, il parvient, grâce à ses pratiques, à ne pas avoir besoin d’irriguer ses oliviers. Comment est-ce possible ? Grâce à une couverture du sol qui agit comme une éponge et absorbe toute l’eau, la laissant s’infiltrer dans les couches plus profondes du sol. Pas une goutte d’eau n’est perdue, car le réseau racinaire a une capacité si élevée à absorber l’eau qu’elle ne s’écoule ni ne stagne. Et si nous parvenions à rendre les exploitations si résilientes qu’elles sortent encouragées des événements météorologiques extrêmes ? Aurions-nous trouvé la solution avec l’agriculture régénérative ? Je me pose ces questions en voyant les images et les vidéos qui offrent une perspective si différente de la situation. Les prévisions météorologiques annoncent encore de la pluie pour les prochains jours et nous réévaluons la situation chaque jour avec les agriculteurs – la sécurité prime et nous devrons probablement patienter encore un peu avant que le soleil ne réapparaisse.

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Quinoa bio de Hesse

Le quinoa du voisinage : en visite chez Mudda Natur Vous pouvez regarder notre vidéo en direct complète ici. Une collègue de Johannes, qui souffre d’une intolérance au gluten, s’est longtemps plainte des émissions de CO2 liées à l’importation de quinoa d’Amérique du Sud. C’est à ce moment-là que Johannes a décidé de faire des recherches sur le quinoa et, surtout, de voir si cette pseudo-céréale pouvait être cultivée en Allemagne. Avec le co-fondateur Simon, il est vite apparu que c’était le cas après leur master. Nous sommes tombés sur le dernier jour de récolte de la saison. Le quinoa doit être retiré rapidement du champ, en particulier lors des journées chaudes et sèches. L’humidité est ici le pire ennemi, car elle pourrait immédiatement endommager la récolte délicate – un véritable défi, en cet été humide. La particularité de la méthode de Johannes est que le quinoa est séché directement après la récolte, sans être lavé. Cela permet non seulement d’économiser d’énormes quantités d’eau, mais nécessite également très peu d’énergie. Ce processus évite la formation de moisissures et prépare parfaitement les grains pour la suite du traitement, sans nuire inutilement à l’environnement. L’agriculteur nous explique que la demande de quinoa en Europe, et en particulier en Allemagne, a commencé il y a plus de 10 ans et que cela a entraîné de grandes difficultés économiques pour les agriculteurs des régions andines. De vastes zones de culture ont été créées pour répondre à la demande croissante de l’étranger, et les structures économiques locales ont été tellement bouleversées que le quinoa n’est presque plus abordable en tant qu’aliment de base. Johannes et Simon ont décidé d’élargir leur gamme de produits, qui comprend désormais des produits innovants tels que la bolognaise végétalienne ou le muesli croustillant au quinoa, autant de preuves de la polyvalence du grain local. Cliquez ici pour en savoir plus sur Mudda Natur.

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Fromage de chèvre de l’Eifel volcanique

La qualité de nos propres mains Nous avons rencontré l’agricultrice Manuela Holtmann de la ferme Vulkanhof à Gillenfeld, dans la région volcanique de l’Eifel. Une fois par an, le premier dimanche de septembre, Manuela ouvre les portes de sa ferme à tous les CrowdFarmers qui ont adopté une chèvre chez elle. Les chèvres sont traites deux fois par jour pour que le lait cru soit transformé en fromage directement sur place. Le lait n’étant pas pasteurisé, la production est soumise à des contrôles très stricts, afin de préserver l’activité bactérienne naturelle du lait cru. Dans les années 1990, l’agricultrice a décidé de créer sa propre fromagerie sur l’exploitation afin de pouvoir contrôler chaque étape de la fabrication du fromage – c’est la seule façon de garantir une qualité particulièrement élevée. Comprendre la nature de la chèvre Manuela souligne qu’elle a choisi d’élever des chèvres, contrairement à l’élevage habituel qui, dans les années 90, s’orientait principalement vers l’élevage de vaches. « Les chèvres étaient les vaches des paysans pauvres », nous explique-t-elle. L’aspect particulièrement passionnant ici est que, contrairement aux moutons, les chèvres étaient à l’origine originaires de régions montagneuses et n’étaient pas faites pour pâturer de manière classique dans des prairies verdoyantes et verdoyantes. Leur système digestif fragile n’est pas conçu pour recevoir de grandes quantités de fourrage vert frais. Pour respecter leur biologie, Manuela a développé un concept spécial : Les animaux vivent dans une étable spacieuse et aérée, avec un vaste enclos directement adjacent. Les chèvres profitent ainsi de beaucoup d’exercice et d’air frais, tandis que leur alimentation reste parfaitement contrôlée et adaptée à leurs besoins. Notre visite a coïncidé avec la période d’accouplement à la fin de l’été. Ici, Manuela mise entièrement sur le saut naturel : le bouc fait la cour à la chèvre, la femelle décidant finalement elle-même de l’accouplement. C’est un bel exemple de respect des animaux de la ferme. La situation de la ferme dans une zone volcanique en sommeil constitue à cet égard un véritable avantage géographique. Les sols riches en minéraux de l’Eifel offrent une base idéale pour un fourrage particulièrement riche en nutriments. La nouvelle cave voûtée montre également que l’exploitation ne cesse de réfléchir : encore en construction, elle offrira bientôt le climat parfait dans lequel les meules de fromage pourront mûrir jusqu’à la perfection. Une expérience culinaire Aucune visite à la Vulkanhof ne serait complète sans une dégustation. Dans la boutique de la ferme, nous avons goûté à l’assortiment de Manuela – chaque bouchée témoignant du soin et du dévouement avec lesquels elle gère son exploitation agricole. Vous souhaitez découvrir la ferme par vous-même ? Manuela propose via notre plateforme WeFarmYou propose régulièrement des visites. C’est une merveilleuse occasion de découvrir l’agriculture de près et d’établir un lien direct avec les producteurs de nos aliments.

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