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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Sainte algue, poussez pour nous

Ils ne sont que très peu en France à cultiver l’algue bleue. En Charente, Thomas fait pousser la protéine aquatique pour le plus grand bonheur des ruches occidentales. Découverte d’une petite algue aux grands pouvoirs.

Thomas Gabrion, agriculteur spirulinier.
Thomas Gabrion, agriculteur spirulinier.

– Mon premier est une voile de grande surface et très creuse, assurant un maximum de vitesse.
– Mon second est une voie de circulation autour de laquelle sont construites des maisons.
– Mon troisième est un prénom féminin.
Mon tout est une cyanobactérie aux multiples vertus toniques et préventives, bourrée de protéines, oligo-éléments, fer, bêta-carotène et vitamines… bref, de quoi vous donner une sacrée pêche durant l’hiver.

Alors… la réponse ? La spi-ru-line.
Bon, en même temps, on comprend que vous ayez séché : la France ne compte qu’une centaine de producteurs de spiruline, basés surtout dans le Sud car sa culture nécessite de la chaleur et de la lumière. Il faut recréer le milieu tropical d’où elle vient pour qu’Arthrospira platensis, principale espèce utilisée se sente comme à la maison.

Pouvoir re-créer un micro-climat sur des terres abordables a conduit Thomas Gabrion, jeune agriculteur originaire de Touraine, à s’installer en Charente, dans les champs des Vallandreaux, à Roullet-Saint-Estèphe. Il a ainsi développé son projet et créé son entreprise Icares Spiruline soutenu financièrement par la NEF (société solidaire française) et par le club local d’investisseurs solidaires les Cigales de l’Angoumois.

Dans un bassin, on récolte 1 kilo de spiruline.
La spiruline, petite mais costaude.

Thomas a découvert cet organisme photosynthétique pareil à une spirale dans une ferme du Mali alors qu’il travaillait pour le compte d’ONG. «Au Sahel, elle est utilisée dans la lutte contre la malnutrition. C’est un aliment à part entière, pas un complément alimentaire.»… D’ailleurs, c’est un ingrédient hyper ancien, les scientifiques estiment que la spiruline est apparue sur terre il y a 3.5 milliards d’années. L’algue consommant du CO² aurait contribué à la création de notre atmosphère et au développement de la vie. Ca en bouche un coin non ?

Dans la série des infos scotchantes, sachez également qu’en plus de nous avoir donné la vie, la spiruline pourrait nous nourrir aujourd’hui. Elle est largement plus riche en protéines que la viande, le blé ou le soja puisqu’elle contient un taux de protéines record, entre 60 et 70%. Et puis Popeye peut revoir ses classiques. Avec une teneur de 15 mg de fer pour 10 g d’algue, c’est une source de fer incroyable (cette teneur n’est que de 0,35 mg pour 10 g d’épinards).

Une piscine couverte ? Non un bassin de culture de la spiruline.
Une piscine couverte ? Non un bassin de culture de la spiruline.

Bon, et concrètement, comment se passe cette culture ? Les pieds dans l’eau ?
La croissance de cette micro-algue est organisée dans des bassins abrités sous des tunnels et elle est ultrarapide.  A maturité de la production, la spiruline se multiplie par quatre en une journée ! Comment on la récolte ? A l’épuisette ?  C’est une pompe qui permet d’amener l’eau bleu-vert jusqu’à deux filtres : le premier retient les impuretés et le second capture la spiruline. Elle sera ensuite pressée et séchée. Dans un bassin, on peut espérer récolter 1 kg de mini-spaghetti secs tout verts, qui se mangent comme ça nature ou servent à accompagner des soupes et des sauces. Mais attention, il ne faut surtout pas la faire cuire car elle en perdrait toutes ses qualités.

En France, la culture de spiruline est tellement récente qu’il n’y a pas encore de cahier des charges établi concernant sa culture biologique. En revanche, notre pays est le seul à ce jour, à avoir organisé sa production artisanale au travers de la fédération des spiruliniers , dont la volonté est d’œuvrer pour une « qualité française » et ainsi se démarquer des concurrences industrielles. Cocorico !

Et  part ça, c’est bon la spiruline ou c’est juste un moyen de faire le plein de protéines sans passer par la case steak ? Difficile de décrire le goût de l’algue bleue. « Les témoignages issus de la conquête du Mexique par les Espagnols au XVIe siècle font par exemple souvent état d’un goût de fromage frais tandis pour les Aztèques, le goût de la spiruline se rapportait plutôt à une origine minérale », rapporte le site spirulinea.com. En gros, on peut dire que la spiruline évoque indéniablement la mer et la verdure. On ne la croque pas à pleines dents mais on la saupoudre ici et là, un peu comme une plante aromatique. Elle se marie bien avec tout ce qui est vert : épinards, blettes, petits pois, artichauts, chou… Mais pas seulement. Elle peut être excellente dans une tapenade d’olives noires. Salade à la grecque, guacamole, retrouvez quelques idées recettes ici ou . Et surtout, n’en mettez pas à toutes les sauces non plus, la dose recommandée se situe entre une et deux cuillérées à café par jour !

La spiruline de Thomas : disponible dans les Ruches de Charente, de Charente-Maritime, de Gironde, de Dordogne et de Touraine.
La spiruline de Thomas : disponible dans les Ruches de Charente, de Charente-Maritime, de Gironde, de Dordogne et de Touraine.

 

Written by Gaelle Petit

Gaelle Petit

Cette amoureuse de la nature tendance fleur bleue est une véritable reine des abeilles (les vraies qui font du miel ! ) depuis 10 ans. Biologiste, nouvellement professeur des écoles, elle délivre sa science aux enfants de sa Charente natale. Chez elle, c'est bricolage, trucs et astuces anti-gaspillage à tous les étages. Logique, pour une adepte de la sobriété heureuse.

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Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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