Vous cherchez autre chose ? 

Nous sommes joignables par email.

Sur le terrain

min

Publié Février 2026

VDM (Vie de maraîcher), la logistique c’est pas automatique

Jouer le jeu des circuits courts quand on est producteur ce n’est pas que nourrir ses vaches ou faire pousser ses poireaux, c’est aussi savoir compter, peser, mettre en sachets, ranger, transporter. Tout un art de l’optimisation et de la vérification. Petites mains d’un jour pour la famille Rochefort, j’ai testé pour vous les préparatifs d’une distribution. Bienvenue dans les coulisses logistiques.

Yves, agriculteur mais aussi grand organisateur. La logistique, il l'améliore chaque semaine.
Yves, agriculteur mais aussi grand organisateur. La logistique, il l’améliore chaque semaine.

Rendez-vous est donné à 8h du matin dans les entrepôts de Chevilly, quelque part sur la ligne Paris-Orléans. Je découvre mon bureau pour la journée : un hangar pas vraiment cosy relevant plus du parking à bateaux que de la grange cistercienne. Qu’importe, ce qu’on lui demande c’est de stocker et conserver les légumes, d’accueillir chaque fin de semaine une petite équipe de joyeux conditionneurs. Enfin, d’offrir un terrain de jeu au Fenwick, ce fameux porte-palettes qui lève et charge les caisses comme un robot.

Mission conservation. Dans le hangar, de grandes étagères accueillent plein de produits de la maison. On y trouve les pâtes fabriquées avec le petit épeautre de la famille Rochefort, de grands sacs de farine moulue à la meule de pierre dans un coin. Plus loin, les paddocks jouent les piscines à balles version curcubitacées. « Ici se trouve toute notre récolte de potimarrons, explique Yves de Rochefort. L’objectif est de les conserver le plus longtemps possible. » Il faut donc que les courges cueillies juste au moment où leur queue commençait à sécher, ne perdent rien de leur panache. Pas fastoche. Yves vient de récupérer un énorme ventilo qu’il compte activer pour aérer les bêtes et éviter qu’un jour la moisissure ne les gagne. « On verra en février si mon invention est à breveter ». Ailleurs, les patates (qui verdissent à la lumière) attendent leur heure à l’abri sous une grande bâche noire. Plutôt proche pour certaines d’entre elles qui monteront le soir-même dans le camion.

 

Dans le hangar, les pommes arrivent le jeudi matin alors que carottes et poireaux sont déposés le jeudi soir. Quant aux salades, elles ne sont cueillies que le vendredi matin, pour garantir de l'ultra frais.
Dans le hangar, les pommes arrivent le jeudi matin alors que carottes et poireaux sont déposés le jeudi soir. Quant aux salades, elles ne sont cueillies que le vendredi matin, pour garantir de l’ultra frais.

Leçons mathématiques. Ségo et ses copines ont déjà commencé la pesée la veille. Sur fond de RFM qui tournera en boucle toute la journée, les trois filles attaquent à 9h20 les pommes Akane. « Comme elles sont petites, on ajoute 20% de plus. » Ce ne sera donc pas 1 kg mais 1,2 kg à mettre dans les sachets. Et comme le sac papier avec la bobine d’Yves pèse déjà 11g, ce sera minimum 1,211g. On ne compte pas l’encre qu’a utilisée Marjo pour écrire à la main « Pommes petit calibre, on vous offre 200 g ». Et le max ? Proche de 1,250 kg. Oui parce qu’il faut donner toujours un peu plus mais pas trop. Imaginez, si on ajoute 50 g à tous les paquets, vu qu’il y a 550 kilos de légumes à préparer, ça fait déjà 27,5 kilos de rab par rapport à ce qui a été commandé. Ici, Yves adore sortir la calculette pour peaufiner encore un peu plus la logistique qu’il expérimente depuis 24 mois. « On essaie de tout comptabiliser et de rationaliser pour limiter les erreurs, les pertes de temps et le gâchis. » Les données comptables en main, je prends ma place dans la chaîne à 9h40. D’un côté mes pommes, de l’autre ma balance. Adèle s’égosille dans le poste « I’ll find someone like you.» Franchement ça m’étonnerait, j’ai beau m’être levée à 5h du matin, je suis au taquet.

"Les filles, c'est quand même vachement mieux organisées," confie Yves. Ici, Ségo, Marjo et XX.
« Les filles, c’est quand même vachement mieux organisées, » confie Yves. Ici, Ségo, Clotilde et Albane.

10h10, les 60 kilos de pommes Akane terminés, on attaque les poires et là ça se corse. Autant avec des mini-fruits la variable d’ajustement est facile, il suffit d’en ajouter un pour arriver à la fourchette fatidique, autant avec les Comices biodynamiques, c’est un tout autre casse-tête. Vu que les mémères pèsent à l’unité entre 200 et 400 grammes, il faut choisir l’assortiment qui va bien. L’exercice nous fait perdre le rythme, on prend une poire qui fait basculer le sachet au-delà des 1,3 kg. On teste avec une plus petite. On ressort tout le monde du sachet et on recommence. La cadence chute, on passe de 40 secondes par sac pour les Akane à largement plus d’une minute pour les poires. En plus je commence à avoir franchement froid aux doigts. Allez, on se rattrapera avec les patates.

La veille, Ségo imprime les étiquettes, le bon nombre pour chaque variété, ça évite de se tromper.
La veille, Ségo imprime les étiquettes, le bon nombre pour chaque variété, ça évite de se tromper.

Mission zéro faute. Pour éviter les boulettes de conditionnement, Ségo a une technique infaillible : la veille, elle imprime le bon nombre d’étiquettes pour chaque sorte de fruits et légumes. Elle les colle ensuite sur les sacs pré-préparés pour chaque variété. Comme ça le jour-même, il n’y a plus qu’à remplir les sachets avec ce qui est écrit dessus. On les range ensuite dans les cagettes en inscrivant à la fin le nombre de paquets qu’elle contient. De 8 à 15, selon la capacité de chacun à ordonner. Pour Ségo encore jeune et fringante, l’exercice est facile. Quand on cumule tocs et Alzheimer précoce, il nous arrive de devoir recompter 3 fois le nombre de sachets que l’on a rangés dans la cagette, surtout si à ce moment-là, Patrick Bruel casse la voix dans le poste.

Top chrono. Qui veut se coller au conditionnement des tagliatelles au quinoa maison ? tente Ségo vers 11h15 pour nous divertir. Pas grand monde. « Faut pas en faire trop, ça prend la tête », confie Albane qui s’est déjà tapé une séance la veille. L’exercice demande une véritable minutie. Il faut ranger les pâtes par 5 dans un sachet transparent sans les abîmer, peser pour vérifier qu’on atteint bien les 250 grammes et thermosceller. « J’ai fait combien ?» demande Ségo à la fin de son carton. 16 minutes pour 12 paquets. « C’est trop, faut qu’on s’améliore. »

La mise en sachets des tagliatelles : l'exercice le plus minutieux et le plus chronophage. Heureusement Ségo veut plus tard être couturière. Les travaux de patience, elle connaît.
La mise en sachets des tagliatelles : l’exercice le plus minutieux et le plus chronophage. Heureusement Ségo veut plus tard être couturière. Les travaux de patience, elle connaît.

Tetris potager. Après les pâtes, les pommes, les poires, les carottes, les poireaux qui ne veulent pas tenir sur la balance, les potimarrons à la pièce, les pommes de terre tantôt bleues, tantôt Bintje, Charlotte, Chérie ou Monalisa, il faut rassembler tous les autres produits de la maison. « On propose près de 80 références différentes, explique Yves. Et demain on livre 5 ruches, il ne faut pas se planter.»

15h, Lionel, le chauffeur-livreur préféré du samedi vient d’arriver avec son camion. Pour la dernière étape, le rangement par ruche des commandes, on procède à l’appel. 80 kilos de carottes pour Paris 10, 8 paquets de farine complète pour Paris 13, 12 quinoas pour Paris 20. Les filles sans jamais de déconcentrer fabriquent leurs tas. Un pour chaque ruche, ce qui permet pas mal de commentaires. « Ils n’ont pris que 15 poireaux dans le 10e ? ». Chaque pyramide de courses étant constituée, il reste à charger tout ce beau monde dans le camion. Au fond, les ruches de l’aprèm, devant celles du matin par ordre de livraison chronologique. A la radio, Stromae nous accompagne « Formidable, fooor-mi-daaaable,… » Tu m’étonnes, à nous tous, on vient de clore 64 heures de préparation. 18h30, Lionel claque les portes de son engin. Demain à l’aube, c’est lui qui assure la tournée.

Lionel a terminé le chargement. Le samedi, c'est lui qui prend la route pour livrer les ruches parisiennes.
Lionel a terminé le chargement. Le samedi, c’est lui qui prend la route pour livrer les ruches parisiennes.

Si vous aimez nos articles, dites-le nous sur notre page Facebook et pour découvrir la Ruche qui dit Oui ! c’est par ICI

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

Share this content:

Keep digging ...

Sur le terrain

3 min

Il pleut, il pleut, en Espagne..?

Nous n’étions pas préparés à cela – ou si ? Il pleut littéralement depuis plusieurs semaines en Espagne. Cette semaine, cependant, l’état d’alerte a été déclaré dans plusieurs régions, notamment en Andalousie. Nos agriculteurs nous ont envoyé les photos ci-dessous – et au sein de notre équipe, nous sommes restés sans voix pendant plusieurs minutes. Nous avons déjà fait état de fortes pluies à plusieurs reprises, mais cette année, l’ampleur est particulièrement grande. La bonne nouvelle est : tous les agriculteurs vont bien ! Notre système météorologique a apporté des pluies intenses, des rafales de vent dignes d’un ouragan et des rivières en crue. Nos agriculteurs de la région de Malaga signalent des arbres tombés et des chemins d’accès boueux qui rendent l’accès presque impossible. Malheureusement, certains agriculteurs nous ont déjà informés qu’ils subiront probablement des pertes de récolte, car les fruits ont été endommagés. Le moindre mal est sûrement le retard des livraisons : il ne cesse de pleuvoir et cela signifie que les fruits sont trop humides pour être expédiés ; ils moisiraient dans les colis. N’avons-nous pas déjà trouvé la solution ? Je parle avec Maikel, de Finca Habitat, d’un petit village entre Jaén et Grenade – l’une des zones les plus touchées. Il m’envoie une vidéo, que vous trouverez ci-dessous – elle montre les champs d’oliviers inondés de ses voisins et la rivière déchaînée. Dans la vidéo suivante, il est dans ses propres champs et montre la quantité de pluie tombée. Il la verse sur ses arbres, qu’il protège du dessèchement et fertilise en même temps avec la laine de ses moutons pendant les mois chauds. « Pour moi, la pluie est une joie absolue. C’est merveilleux ! », dit l’agriculteur. Dans ses champs – pas une seule flaque. « C’est un signe que nous faisons tout correctement, Magdalena. », explique-t-il. Maikel a décidé il y a plus de dix ans de cultiver de manière régénérative. Dans l’une des régions les plus sèches d’Espagne, il parvient, grâce à ses pratiques, à ne pas avoir besoin d’irriguer ses oliviers. Comment est-ce possible ? Grâce à une couverture du sol qui agit comme une éponge et absorbe toute l’eau, la laissant s’infiltrer dans les couches plus profondes du sol. Pas une goutte d’eau n’est perdue, car le réseau racinaire a une capacité si élevée à absorber l’eau qu’elle ne s’écoule ni ne stagne. Et si nous parvenions à rendre les exploitations si résilientes qu’elles sortent encouragées des événements météorologiques extrêmes ? Aurions-nous trouvé la solution avec l’agriculture régénérative ? Je me pose ces questions en voyant les images et les vidéos qui offrent une perspective si différente de la situation. Les prévisions météorologiques annoncent encore de la pluie pour les prochains jours et nous réévaluons la situation chaque jour avec les agriculteurs – la sécurité prime et nous devrons probablement patienter encore un peu avant que le soleil ne réapparaisse.

Lire

Sur le terrain

min

Quinoa bio de Hesse

Le quinoa du voisinage : en visite chez Mudda Natur Vous pouvez regarder notre vidéo en direct complète ici. Une collègue de Johannes, qui souffre d’une intolérance au gluten, s’est longtemps plainte des émissions de CO2 liées à l’importation de quinoa d’Amérique du Sud. C’est à ce moment-là que Johannes a décidé de faire des recherches sur le quinoa et, surtout, de voir si cette pseudo-céréale pouvait être cultivée en Allemagne. Avec le co-fondateur Simon, il est vite apparu que c’était le cas après leur master. Nous sommes tombés sur le dernier jour de récolte de la saison. Le quinoa doit être retiré rapidement du champ, en particulier lors des journées chaudes et sèches. L’humidité est ici le pire ennemi, car elle pourrait immédiatement endommager la récolte délicate – un véritable défi, en cet été humide. La particularité de la méthode de Johannes est que le quinoa est séché directement après la récolte, sans être lavé. Cela permet non seulement d’économiser d’énormes quantités d’eau, mais nécessite également très peu d’énergie. Ce processus évite la formation de moisissures et prépare parfaitement les grains pour la suite du traitement, sans nuire inutilement à l’environnement. L’agriculteur nous explique que la demande de quinoa en Europe, et en particulier en Allemagne, a commencé il y a plus de 10 ans et que cela a entraîné de grandes difficultés économiques pour les agriculteurs des régions andines. De vastes zones de culture ont été créées pour répondre à la demande croissante de l’étranger, et les structures économiques locales ont été tellement bouleversées que le quinoa n’est presque plus abordable en tant qu’aliment de base. Johannes et Simon ont décidé d’élargir leur gamme de produits, qui comprend désormais des produits innovants tels que la bolognaise végétalienne ou le muesli croustillant au quinoa, autant de preuves de la polyvalence du grain local. Cliquez ici pour en savoir plus sur Mudda Natur.

Lire

Sur le terrain

min

Fromage de chèvre de l’Eifel volcanique

La qualité de nos propres mains Nous avons rencontré l’agricultrice Manuela Holtmann de la ferme Vulkanhof à Gillenfeld, dans la région volcanique de l’Eifel. Une fois par an, le premier dimanche de septembre, Manuela ouvre les portes de sa ferme à tous les CrowdFarmers qui ont adopté une chèvre chez elle. Les chèvres sont traites deux fois par jour pour que le lait cru soit transformé en fromage directement sur place. Le lait n’étant pas pasteurisé, la production est soumise à des contrôles très stricts, afin de préserver l’activité bactérienne naturelle du lait cru. Dans les années 1990, l’agricultrice a décidé de créer sa propre fromagerie sur l’exploitation afin de pouvoir contrôler chaque étape de la fabrication du fromage – c’est la seule façon de garantir une qualité particulièrement élevée. Comprendre la nature de la chèvre Manuela souligne qu’elle a choisi d’élever des chèvres, contrairement à l’élevage habituel qui, dans les années 90, s’orientait principalement vers l’élevage de vaches. « Les chèvres étaient les vaches des paysans pauvres », nous explique-t-elle. L’aspect particulièrement passionnant ici est que, contrairement aux moutons, les chèvres étaient à l’origine originaires de régions montagneuses et n’étaient pas faites pour pâturer de manière classique dans des prairies verdoyantes et verdoyantes. Leur système digestif fragile n’est pas conçu pour recevoir de grandes quantités de fourrage vert frais. Pour respecter leur biologie, Manuela a développé un concept spécial : Les animaux vivent dans une étable spacieuse et aérée, avec un vaste enclos directement adjacent. Les chèvres profitent ainsi de beaucoup d’exercice et d’air frais, tandis que leur alimentation reste parfaitement contrôlée et adaptée à leurs besoins. Notre visite a coïncidé avec la période d’accouplement à la fin de l’été. Ici, Manuela mise entièrement sur le saut naturel : le bouc fait la cour à la chèvre, la femelle décidant finalement elle-même de l’accouplement. C’est un bel exemple de respect des animaux de la ferme. La situation de la ferme dans une zone volcanique en sommeil constitue à cet égard un véritable avantage géographique. Les sols riches en minéraux de l’Eifel offrent une base idéale pour un fourrage particulièrement riche en nutriments. La nouvelle cave voûtée montre également que l’exploitation ne cesse de réfléchir : encore en construction, elle offrira bientôt le climat parfait dans lequel les meules de fromage pourront mûrir jusqu’à la perfection. Une expérience culinaire Aucune visite à la Vulkanhof ne serait complète sans une dégustation. Dans la boutique de la ferme, nous avons goûté à l’assortiment de Manuela – chaque bouchée témoignant du soin et du dévouement avec lesquels elle gère son exploitation agricole. Vous souhaitez découvrir la ferme par vous-même ? Manuela propose via notre plateforme WeFarmYou propose régulièrement des visites. C’est une merveilleuse occasion de découvrir l’agriculture de près et d’établir un lien direct avec les producteurs de nos aliments.

Lire