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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

VDM (Vie de maraîcher), la logistique c’est pas automatique

Jouer le jeu des circuits courts quand on est producteur ce n’est pas que nourrir ses vaches ou faire pousser ses poireaux, c’est aussi savoir compter, peser, mettre en sachets, ranger, transporter. Tout un art de l’optimisation et de la vérification. Petites mains d’un jour pour la famille Rochefort, j’ai testé pour vous les préparatifs d’une distribution. Bienvenue dans les coulisses logistiques.

Yves, agriculteur mais aussi grand organisateur. La logistique, il l'améliore chaque semaine.
Yves, agriculteur mais aussi grand organisateur. La logistique, il l’améliore chaque semaine.

Rendez-vous est donné à 8h du matin dans les entrepôts de Chevilly, quelque part sur la ligne Paris-Orléans. Je découvre mon bureau pour la journée : un hangar pas vraiment cosy relevant plus du parking à bateaux que de la grange cistercienne. Qu’importe, ce qu’on lui demande c’est de stocker et conserver les légumes, d’accueillir chaque fin de semaine une petite équipe de joyeux conditionneurs. Enfin, d’offrir un terrain de jeu au Fenwick, ce fameux porte-palettes qui lève et charge les caisses comme un robot.

Mission conservation. Dans le hangar, de grandes étagères accueillent plein de produits de la maison. On y trouve les pâtes fabriquées avec le petit épeautre de la famille Rochefort, de grands sacs de farine moulue à la meule de pierre dans un coin. Plus loin, les paddocks jouent les piscines à balles version curcubitacées. « Ici se trouve toute notre récolte de potimarrons, explique Yves de Rochefort. L’objectif est de les conserver le plus longtemps possible. » Il faut donc que les courges cueillies juste au moment où leur queue commençait à sécher, ne perdent rien de leur panache. Pas fastoche. Yves vient de récupérer un énorme ventilo qu’il compte activer pour aérer les bêtes et éviter qu’un jour la moisissure ne les gagne. « On verra en février si mon invention est à breveter ». Ailleurs, les patates (qui verdissent à la lumière) attendent leur heure à l’abri sous une grande bâche noire. Plutôt proche pour certaines d’entre elles qui monteront le soir-même dans le camion.

 

Dans le hangar, les pommes arrivent le jeudi matin alors que carottes et poireaux sont déposés le jeudi soir. Quant aux salades, elles ne sont cueillies que le vendredi matin, pour garantir de l'ultra frais.
Dans le hangar, les pommes arrivent le jeudi matin alors que carottes et poireaux sont déposés le jeudi soir. Quant aux salades, elles ne sont cueillies que le vendredi matin, pour garantir de l’ultra frais.

Leçons mathématiques. Ségo et ses copines ont déjà commencé la pesée la veille. Sur fond de RFM qui tournera en boucle toute la journée, les trois filles attaquent à 9h20 les pommes Akane. « Comme elles sont petites, on ajoute 20% de plus. » Ce ne sera donc pas 1 kg mais 1,2 kg à mettre dans les sachets. Et comme le sac papier avec la bobine d’Yves pèse déjà 11g, ce sera minimum 1,211g. On ne compte pas l’encre qu’a utilisée Marjo pour écrire à la main « Pommes petit calibre, on vous offre 200 g ». Et le max ? Proche de 1,250 kg. Oui parce qu’il faut donner toujours un peu plus mais pas trop. Imaginez, si on ajoute 50 g à tous les paquets, vu qu’il y a 550 kilos de légumes à préparer, ça fait déjà 27,5 kilos de rab par rapport à ce qui a été commandé. Ici, Yves adore sortir la calculette pour peaufiner encore un peu plus la logistique qu’il expérimente depuis 24 mois. « On essaie de tout comptabiliser et de rationaliser pour limiter les erreurs, les pertes de temps et le gâchis. » Les données comptables en main, je prends ma place dans la chaîne à 9h40. D’un côté mes pommes, de l’autre ma balance. Adèle s’égosille dans le poste « I’ll find someone like you.» Franchement ça m’étonnerait, j’ai beau m’être levée à 5h du matin, je suis au taquet.

"Les filles, c'est quand même vachement mieux organisées," confie Yves. Ici, Ségo, Marjo et XX.
« Les filles, c’est quand même vachement mieux organisées, » confie Yves. Ici, Ségo, Clotilde et Albane.

10h10, les 60 kilos de pommes Akane terminés, on attaque les poires et là ça se corse. Autant avec des mini-fruits la variable d’ajustement est facile, il suffit d’en ajouter un pour arriver à la fourchette fatidique, autant avec les Comices biodynamiques, c’est un tout autre casse-tête. Vu que les mémères pèsent à l’unité entre 200 et 400 grammes, il faut choisir l’assortiment qui va bien. L’exercice nous fait perdre le rythme, on prend une poire qui fait basculer le sachet au-delà des 1,3 kg. On teste avec une plus petite. On ressort tout le monde du sachet et on recommence. La cadence chute, on passe de 40 secondes par sac pour les Akane à largement plus d’une minute pour les poires. En plus je commence à avoir franchement froid aux doigts. Allez, on se rattrapera avec les patates.

La veille, Ségo imprime les étiquettes, le bon nombre pour chaque variété, ça évite de se tromper.
La veille, Ségo imprime les étiquettes, le bon nombre pour chaque variété, ça évite de se tromper.

Mission zéro faute. Pour éviter les boulettes de conditionnement, Ségo a une technique infaillible : la veille, elle imprime le bon nombre d’étiquettes pour chaque sorte de fruits et légumes. Elle les colle ensuite sur les sacs pré-préparés pour chaque variété. Comme ça le jour-même, il n’y a plus qu’à remplir les sachets avec ce qui est écrit dessus. On les range ensuite dans les cagettes en inscrivant à la fin le nombre de paquets qu’elle contient. De 8 à 15, selon la capacité de chacun à ordonner. Pour Ségo encore jeune et fringante, l’exercice est facile. Quand on cumule tocs et Alzheimer précoce, il nous arrive de devoir recompter 3 fois le nombre de sachets que l’on a rangés dans la cagette, surtout si à ce moment-là, Patrick Bruel casse la voix dans le poste.

Top chrono. Qui veut se coller au conditionnement des tagliatelles au quinoa maison ? tente Ségo vers 11h15 pour nous divertir. Pas grand monde. « Faut pas en faire trop, ça prend la tête », confie Albane qui s’est déjà tapé une séance la veille. L’exercice demande une véritable minutie. Il faut ranger les pâtes par 5 dans un sachet transparent sans les abîmer, peser pour vérifier qu’on atteint bien les 250 grammes et thermosceller. « J’ai fait combien ?» demande Ségo à la fin de son carton. 16 minutes pour 12 paquets. « C’est trop, faut qu’on s’améliore. »

La mise en sachets des tagliatelles : l'exercice le plus minutieux et le plus chronophage. Heureusement Ségo veut plus tard être couturière. Les travaux de patience, elle connaît.
La mise en sachets des tagliatelles : l’exercice le plus minutieux et le plus chronophage. Heureusement Ségo veut plus tard être couturière. Les travaux de patience, elle connaît.

Tetris potager. Après les pâtes, les pommes, les poires, les carottes, les poireaux qui ne veulent pas tenir sur la balance, les potimarrons à la pièce, les pommes de terre tantôt bleues, tantôt Bintje, Charlotte, Chérie ou Monalisa, il faut rassembler tous les autres produits de la maison. « On propose près de 80 références différentes, explique Yves. Et demain on livre 5 ruches, il ne faut pas se planter.»

15h, Lionel, le chauffeur-livreur préféré du samedi vient d’arriver avec son camion. Pour la dernière étape, le rangement par ruche des commandes, on procède à l’appel. 80 kilos de carottes pour Paris 10, 8 paquets de farine complète pour Paris 13, 12 quinoas pour Paris 20. Les filles sans jamais de déconcentrer fabriquent leurs tas. Un pour chaque ruche, ce qui permet pas mal de commentaires. « Ils n’ont pris que 15 poireaux dans le 10e ? ». Chaque pyramide de courses étant constituée, il reste à charger tout ce beau monde dans le camion. Au fond, les ruches de l’aprèm, devant celles du matin par ordre de livraison chronologique. A la radio, Stromae nous accompagne « Formidable, fooor-mi-daaaable,… » Tu m’étonnes, à nous tous, on vient de clore 64 heures de préparation. 18h30, Lionel claque les portes de son engin. Demain à l’aube, c’est lui qui assure la tournée.

Lionel a terminé le chargement. Le samedi, c'est lui qui prend la route pour livrer les ruches parisiennes.
Lionel a terminé le chargement. Le samedi, c’est lui qui prend la route pour livrer les ruches parisiennes.

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Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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