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Publié Mars 2026

Wailly : des ruches pour faire buzzer la biodiversité

 29 avril 2013: la Commission européenne suspend pour 2 ans l’utilisation de 3 pesticides impliqués dans la disparition des abeilles. A Wailly, dans la Somme, Xavier Gadoux sort une bouteille de Méline, une bière locale faite de son miel pour fêter ça. Depuis une dizaine d’années, l’apiculteur s’appuie sur les abeilles pour sensibiliser le public à la préservation de l’environnement.

Distribution et dégustation à la Ruche de la Délivrance d'Amiens. © Thomas Louapre - La Ruche qui dit Oui (2013)
Distribution et dégustation à la Ruche de la Délivrance d’Amiens. © Thomas Louapre – La Ruche qui dit Oui (2013)

Ce matin, pour rendre visite à ses ruches, Xavier prend les rames. Il dirige sa barque au milieu des jardins flottants enchâssés depuis le Moyen-Âge dans les bras de la Somme et de l’Avre. Là, au cœur des Hortillonages d’Amiens, 6 ruches fraîchement installées annoncent un nectar prometteur. « Ici, je produis du miel de marais. Les abeilles se nourrissent surtout de ce qu’elles trouvent dans les jardins sur l’eau et sur les nombreux rivages sauvages. C’est plutôt assez varié. Je possède aussi des ruches en forêts, en fait partout où l’on me prête un bout de terrain. Bientôt je l’espère sur des cultures biologiques. » Apiculteur sans champ fixe, Xavier butine ici et là, pose ses ruches là où on veut bien l’accueillir.  Récemment, le lycée agricole d’Amiens en a adopté trois, Samara, le célèbre parc archéologique de la Somme en accueillera 10 autres d’ici la fin mai. Au total, une cinquantaine de ruches ont trouvé refuge dans les environs de Wailly et au cœur d’Amiens.

Apiculture collaborative

Si son village compte un peu plus d’une centaine d’individus, ses ruches rassemblent plus de 2,5 millions d’abeilles qui servent d’ambassadrices à l’association au sein de laquelle il travaille. Car l’objectif premier des Ruches de Wailly est d’« agir pour la biodiversité par la sauvegarde de l’abeille ». Sur les marchés ou lors des distributions de la Ruche qui dit Oui ! Xavier en profite toujours pour sensibiliser les amateurs de douceurs à la cause de l’abeille et à son corollaire, la protection de l’environnement. « Je rappelle les techniques de jardinage écologique, le rôle des coccinelles pour se débarrasser des pucerons, je présente les principes de lutte intégrée… Il est important de rappeler sans cesse au public que les souffrances des abeilles préfigurent celles de l’homme si aucun vrai changement n’intervient rapidement ! » Sur la page Facebook de l’association, Xavier détaille tout son travail et distille des informations aussi précieuses que sa gelée royale. On suit quasiment en temps réel les pérégrinations des abeilles. « 15 janvier : la neige attendue est arrivée, les colonies sont silencieuses, serrées en grappe autour de la reine et parfois déjà d’un petit couvain. Elles ne sortiront qu’au prochain redoux. 30 janvier : avec ce redoux soudain mais salutaire pour les colonies en hivernage, les abeilles sortent les unes après les autres dans une farandole de bzzz désordonnés et sonores. Les plus affairées sortent les cadavres tandis que d’autres ramènent déjà du pollen de noisetier : la reine a repris sa ponte. 17 avril : le beau temps permet à l’association de faire les premières créations d’essaims de l’année. Avec du couvain très jeune pris dans une ruche populeuse, les abeilles vont élever une nouvelle reine. Si tout va bien dans un mois une nouvelle colonie sera née. » On découvre aussi au fil des pages, des noms peints sur les ruches : Stanislas, Liliane, Marie, mairie de Conty… « Chacun peut parrainer une ruche. C’est une sorte d’avance sur recettes. Les parrains sont rémunérés en pots de miel au fil de l’année en fonction de ce qu’ils ont donné.»

Le rucher des parrainages, visible à Wailly.
Le rucher des parrainages, visible à Wailly.

Ketchup au miel
Pour ses recettes, le passionné est tout aussi inventif et, avec le soutien des producteurs du coin, met du miel partout : dans le ketchup, la bière, les confitures de carottes ou de tomates vertes. Il y plonge également écorces d’oranges ou noisettes entières (gourmandises totalement addictives). En 2014, il prévoit même de fabriquer de l’hydromel. « L’association s’auto-finance grâce à la vente des produits de la ruche et ses dérivés (confitures, gâteaux, bière…), mais également en organisant des stages pour les apiculteurs, en parrainant des ruches, en récupérant les essaims chez les particuliers, en participant à des salons ou des marchés du terroir, » précise Xavier. Aujourd’hui, le bilan est encore un peu juste pour en vivre correctement mais 2013 a plutôt bien débuté. D’ici la fin de l’année, si la météo ne déraille pas, l’apiculteur devrait pouvoir mettre du miel dans ses épinards. En attendant, avec l’interdiction de l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame dans l’Union, Xavier savoure déjà une première grande victoire.

Et voilà le miel fleurs d'été.
Et voilà le miel fleurs d’été.

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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