
Publié Mars 2026
Mr Mondialisation tombe le masque
Il relaie des milliers d’informations éclectiques aux accents humanistes et décroissants. Enregistre plus de 300 000 amis sur Facebook. Interpelle entre 2 et 4 millions de personnes par semaine sur des questions écologiques, sociales ou éthiques. En 2014, Mr Mondialisation compte parmi les personnages publics de la toile sans que l’on n’ait jamais vu son visage. Qui se cache derrière ce Pierrot du web ? Interview-suspens…
« Qui est vraiment Mr Mondialisation ? Si vous posez la question, c’est que vous ne savez pas tout de nous… » écrivez-vous sur votre page facebook. Effectivement, c’est intrigant, on se demande bien qui vous êtes. Pouvez-vous nous glisser quelques indices ?
Vous l’avez compris, je souhaite rester anonyme, c’est ce qui fait en partie le succès de Mr Mondialisation. Mais je peux quand même vous donner quelques informations sur moi. J’ai étudié la sociologie à Bruxelles, étais plutôt spécialisé sur les questions du travail. Très rapidement, je me suis intéressé aux questions de décroissance et d’objection de conscience. Aujourd’hui, j’occupe un emploi d’indépendant dans la communication. Non non, je ne suis pas journaliste, je reste sociologue.

Sur votre page Facebook vous écrivez : Mr Mondialisation est un symbole sans identité, sans religion, sans politique. Il n’est donc personne. Tout au mieux, un masque que chacun peut décider d’emprunter quelques instants. Pourquoi avancer masqué ?
Parce qu’il faut sortir du culte de la personnalité qui fleurit particulièrement sur Internet. Notre objectif est de faire accoucher les esprits en toute liberté. Connaître les traits de mon visage, mon nom et mon adresse changerait-il quelque chose aux idées que nous échangeons ?
Vous publiez chaque jour 7 contenus différents, avez une chaîne Youtube, vous êtes tout seul ?
Je travaille à plein temps pour Mr Mondialisation, bénévolement. Mon activité rémunératrice parallèle me permet cette disponibilité (même si cela m’oblige à avoir un rythme de vie effréné, ce qui est en opposition avec mes convictions). Depuis deux ans cependant, on vient régulièrement me donner un coup de main. Il commence à y avoir une petite équipe autour de moi, composée uniquement de volontaires.
Volontariat international, intelligence des poissons, auto-construction, marketing alimentaire pour ne citer que certains sujets récents, vous abordez beaucoup de thématiques différentes sur votre page, comment les choisissez-vous ?
Je n’ai pas de ligne éditoriale, je relaie ce qui me touche dans le but d’éveiller les consciences. Mr Mondialisation est apolitique et adogmatique, il ne révèle aucune vérité, ne donne aucune solution miraculeuse. Il informe tout simplement. En général, je relaie tout ce qui a une visée écologiste ou humaniste. Lorsque j’ai démarré il y a 5 ans, je choisissais surtout des sujets sombres, qui donnaient une vision apocalyptique du monde car l’actualité m’y obligait. Aujourd’hui, j’aime montrer que l’avenir n’est pas aussi terne qu’on peut le penser, qu’il y a des solutions à la portée de chacun même si le processus global reste un lent changement.

Qu’est-ce qui vous met le plus en colère ?
Avec les années, j’ai cessé d’être en colère. Je préfère m’inspirer de Pierre Rabhi et, tel le colibris, faire ma part, relâcher un peu la pression. De toutes façons je n’ai pas le choix, avec tout ce que je lis si je ne prends pas un peu de distance je pourrais devenir dépressif. Cependant tout ce qui touche à l’être humain continue de me bouleverser. Récemment un post sur des new-yorkais contraints de dormir dans les égouts m’a donné la nausée.
L’objectif de Mr Mondialisation est aussi de faire tourner le monde plus rond. Est-ce que vos publications poussent à l’action ?
Elles poussent avant tout à la discussion. Je ne suis ni un gourou ni un leader, j’essaie juste d’informer. Notre page est une sorte de forum où les internautes échangent leurs avis, leurs idées et leurs solutions. Parfois certains posts déclenchent de la violence, parfois des débats et du partage. Par ailleurs, je reçois un grand nombre de messages en privé, de personnes qui ont changé un peu de leur vie. Ca me procure un bonheur intense. C’est mon salaire en quelque sorte.
Qui sont ces si nombreux internautes qui vous suivent ?
Difficile à dire. On sait qu’il y a beaucoup de Parisiens, pas mal de Belges aussi. La page est suivie par 80 pays ce qui me réjouit car si nous critiquons la mondialisation nous ne sommes pas nationalistes pour autant. Cette page est la preuve que partout dans le monde nous partageons les mêmes inquiétudes et que les solutions sont à destination de tous les peuples.
Vous avez plus de 300 000 amis sur Facebook, un millier de nouveaux chaque semaine, vient-on régulièrement vous proposer des partenariats ? Essaie-t-on de vous acheter ?
Ca arrive. On me propose parfois des offres de rémunération alléchantes. On me demande de faire de la publicité déguisée. J’ai toujours refusé. Mr Mondialisation est un être neutre, indépendant. Libre !

Mr Mondialisation, ça vous apporte quoi personnellement ?
Du positif à la pelle. J’ai rencontré beaucoup d’amis via la page Facebook. Et j’ai observé plein de changements de vie. Une anecdote ? Il y a deux ans j’ai été contacté par un homme d’affaires belge qui a été chamboulé par l’une de mes vidéos. Hier, il roulait en Jaguar, aujourd’hui il a opté pour un véhicule électrique et à drastiquement baissé sa consommation. Ce genre de témoignage développe la tolérance et fait tomber les a priori. Chaque jour, je me rends compte que, chacun, à son échelle est capable de faire avancer le « Schmilblick » et que Mr Mondialisation dresse, à sa manière des ponts entre les solutions et les citoyens.
Allez-vous un jour tomber le masque ?
Je pense que oui. Si je n’ai pas de frustration quant à mon identité cachée, Mr Mondialisation prend néanmoins une place importante dans ma vie privée sans retour ni personnel ni financier. Aujourd’hui c’est un vrai travail avec de réelles responsabilités et difficultés. On n’est plus dans le hobby et il me faudra peut-être bientôt passer à une autre étape. Dans quelques mois, on devrait ouvrir un site internet, les règles changeront peut-être à ce moment-là. Mais rassurez-vous, quoi qu’il arrive, tant que je suis là, je m’assure de la bonne conduite du personnage.
Written by Hélène Binet
Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.


