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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Olivier Darné, artgriculteur en terres sensibles

À Saint-Denis, sur les dernières terres maraîchères de la ville, Olivier Darné, inventeur du Parti poétique et de la banque du miel a posé ses ruches et fait pousser ses idées. Rencontre dans sa ferme urbaine – Zone sensible – vaste champ d’expérimentations autour du triptyque nature/culture/nourriture. 

La façon qu’ont eu les abeilles de me parler du monde, et de faire en sorte d’y prendre place, a été la révélation de ma vie. Plasticien de formation, et pionnier autodidacte de l’apiculture urbaine, Olivier Darné excelle dans l’art de la métaphore appliquée.

Les abeilles sont à la croisée de deux crises, écologique et économique, poursuit le Dionysien de 46 ans. Malades de l’homme, elles sont une lumière dans l’obscurité dans laquelle on s’enfonce. Elles éclairent les pages sombres de notre économie. Comme le non-partage du butin. Butin qui n’a d’autre vocation que de s’appuyer sur la peur du lendemain : les abeilles produisent du miel parce qu’elles craignent de ne pas arriver à passer d’une belle saison à une autre. Elles produisent de la chaleur quand, en hiver, il n’y a plus de fleurs à butiner. Le miel n’est rien d’autre que le stockage de l’énergie du soleil... L’insecte est à ses yeux un outil de lecture vieux de 80 millions d’années du monde des hommes. 

Miel béton, miel zéro pollution

Ces enseignements, Olivier Darné les tire d’expériences successives initiées en 1996 puis 2000, lorsqu’après avoir disposé des ruches sur le toit de la mairie de Saint-Denis, il obtient  une belle quantité de nectar jaune, qu’il baptise aussitôt Miel Béton. Comble de l’absurde, ce miel de ville, constitué de plus de 250 pollens différents récoltés dans les jardinières des balcons et les jardins publics, et analysé sans toxines, a été plusieurs fois récompensé pour sa qualité… dans des concours agricoles. Preuve que les abeilles sont bel et bien des révélatrices des richesses du territoire mais aussi de ses crises.

 

Pourquoi, on réussit à faire du miel en ville, un endroit a priori imbutinable, alors qu’il est devenu de plus en plus difficile d’en faire à la campagne ?

Alors très vite, pendant que le miel urbain fait des émules, l’intérêt d’Olivier Darné est ailleurs. Ce Miel Béton fut une expérience suffisamment intrigante pour que l’on continue à développer cette recherche entre art et environnement. C’est ainsi que naît, en 2004, le Parti poétique. Ce collectif d’artistes a pour objectif de poser des abeilles et des questions, dans l’espace public : pourquoi, paradoxalement, on réussit à faire du miel en ville, un endroit a priori imbutinable, alors qu’il est devenu de plus en plus difficile d’en faire à la campagne ? Sur les places publiques émergent des dispositifs plastico-apicoles qui sont des œuvres d’hospitalité pour les abeilles et les humains. Olivier Darné frappe fort quand il installe, en 2006, devant le Centre Pompidou, un pollinisateur urbain, conteneur-ruche où s’enferment adultes, couples ou enfants au milieu des hyménoptères.

La première réponse à la question fut le lancement de la Banque du miel, en 2009, et son outil financier : le Compte épargne abeille. En confiant une petite somme d’argent réel, l’épargnant permet de financer des missions apicoles et d’épargner, au sens propre, les abeilles, et donc les hommes. Aujourd’hui, Zone sensible, QG du Parti poétique, abrite neuf millions d’abeilles, et forme le plus gros essaim urbain d’Europe. 

Le discours d’Olivier Darné évolue de manière fluide dans un univers dual décloisonné, que l’on pourrait qualifier d’artgriculture. Un concept qui serait imprégné à la fois du constat cruel et concret d’une humanité qui épuise ses ressources, de la nécessité urgente de passer à l’action, et d’inviter les producteurs d’art, de culture, de nourriture et de sens à participer au changement de modèle.

Zone sensible, Centre de production d’art et de nourriture

Le concept d’artgriculture prend tout son sens lorsque l’on s’intéresse à la folle aventure dans laquelle le Parti poétique a plongé il y a un an. En décembre 2016, l’équipe d’Olivier Darné gagne l’appel d’offres de la ville de Saint-Denis pour reprendre les 3,7 ha de terres agricoles de la dernière exploitation maraîchère du 19e siècle aux portes de Paris. Le champ du 112 avenue de Stalingrad est désormais partagé avec une association co-lauréate, la Ferme de Gally. En mars, les choses s’accélèrent : les clés de la ferme en main, les premières cultures simples sont plantées : oignons, pommes de terre, choux de Toscane… En tout, près de 140 variétés de fleurs et agrumes, parfois exotiques, ont poussé en 2017. Un panel qui fait écho aux 135 communautés qui coexistent en ville. Dès l’été, quelques artistes éclaireurs viennent camper pour prendre l’air et le son ambiant.

Les projets sont légion et prometteurs. Les attentes, elles, se manifestent déjà. Tous les jours, les gens du quartier passent le portail pour nous demander “alors, alors, c’est pour quand ?”, se réjouit le passionné Franck Ponthier, maraîcher en chef. Un faucon crécerelle aperçu chassé par deux corneilles, et un couple de mésanges qui a fait son nid illustrent, s’enthousiasme-t-il, le retour de la biodiversité. Il balaie d’un regard fier le terrain du propriétaire, déjà bien aménagé. Les légumes, qui s’épanouissent dans les sillons encore azotés du vieux René Kersanté (le précédent maraîcher) – que l’on aperçoit en retraite active sur son tracteur – se retrouvent en vente directe, en Amap, ou dans les mets du Meurice et du Plaza Athénée. Le grand projet de l’Académie de cuisine, dont Alain Ducasse est la caution toquée, parachèvera Zone sensible comme un Centre de production d’art et de nourriture unique, où chefs étoilés et artistes en résidence se réuniraient autour de la table, à l’ombre de la future galerie d’art contemporain.

Le temps des diagnostics est passé. On est déjà dans le mur. Il faut toujours arriver au bout du modèle pour qu’on se rende compte que le modèle n’était pas bon, déplore Olivier Darné. Une angoisse sourde couve chez l’artiste comme chez l’écologiste, et elle le meut. Canalysée, elle est transformée en énergie positive. Celle-là même qu’il dit retrouver dans la jeunesse d’ une zone où l’on a rangé les problèmes et qui s’appelle la banlieue, qui souffre autant qu’elle recèle un potentiel constructif : Y’a des gamins qui ont une une énergie incroyable, dans la tchatche, dans l’imaginaire, dans la poésie. Une énergie qui, mise en commun, fera de Zone sensible un lieu de passage à l’acte.

Written by Géraud Bosman-Delzons

Géraud Bosman-Delzons

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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