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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Dans les montagnes du Béarn, c’est l’âne qui dépanne

La carotte et le bâton

Pour monter leurs vivres et descendre leurs fromages, les bergers des vallées d’Aspe et d’Ossau ont trouvé un service de livraison au poil : des bourricots infatigables et doux comme des agneaux.

La camionnette s’immobilise dans un souffle délicat, la route s’arrête ici. Plus haut, il n’y a que la montagne. À quelques mètres du refuge de l’Aberouat, deux traits rouge et blanc sur un piquet indiquent le passage du GR10. Plus bas, les façades de pierre de Lescun, le plus haut village des Pyrénées-Atlantiques, s’accrochent aux pentes enherbées sur lesquelles affleure la roche dense et grise du pays. Amaïa Larronde saute de son siège et fait glisser la porte latérale de la camionnette d’où émergent deux grandes paires d’oreilles, pressées de battre l’air frais du Haut-Béarn. D’un bond gracieux, les deux ânes regagnent la terre ferme et leur mission du jour : ravitailler le berger perché là-haut, entre le grand Billare et les orgues de Camplong.

Pales et pattes

Bien serrer les sangles, c’est vraiment l’étape la plus importante, commente Amaïa en installant des banastes, grands paniers métalliques, de chaque côté des bêtes. Rapidement, le pain, les melons, les œufs, la cartouche de cigarettes sont chargés. Il faut bien équilibrer, poursuit la jeune femme. On ne met pas plus de 50 kilos par âne. Habituellement ça fait 10 fromages, quand on redescend.

Car les bergers, occupés tout l’été à la traite et à la fabrication des tommes, ont également besoin de descendre leur production au saloir collectif. Entre les vallées d’Aspe et d’Ossau, 150 estives sont habitées entre fin juin et mi-septembre, dont la moitié que l’on ne peut rallier qu’à pied, parfois après plus de deux heures de marche. Plutôt que de sillonner la montagne de nouvelles pistes carrossables, les collectivités locales ont choisi d’épauler les bergers en finançant deux moyens de transport complémentaires : l’hélicoptère, qui charrie un grand nombre d’affaires en début et fin de saison, et les ânes, patients ouvriers du quotidien pastoral.

L’institution patrimoniale du Haut-Béarn a ainsi financé il y a une dizaine d’années la mise en place du service de muletage, assuré par une petite entreprise locale. L’Europe, la Région et le Département, soucieux de préserver l’entretien de la montagne par les brebis et le maintien des activités artisanales, ont mis au pot. Seuls 10 % du prix reste à la charge des bergers, soit la valeur d’une demi-tomme par tournée.

La marche, ce n’est qu’un tiers de la journée, explique Amaïa, une des deux employés de Mont’âne, l’entreprise créée par Romain Duci, élagueur le reste de l’année, pour prendre en charge l’énorme logistique du ravitaillement d’estives autrefois gérée par les amis et familles des bergers. La jeune femme est allée faire elle-même les courses du jour avant de passer chercher les deux ânes, et devra repasser ce soir dans la famille du berger pour y apporter ses affaires. C’est vraiment l’estive la moins pratique, commente-t-elle. Le berger habite en vallée d’Ossau et il travaille en vallée d’Aspe !

Au théâtre des deux ânes

Le convoi se met en marche sur le GR aux alentours de 9 heures, dans un ordre qui ne bougera pas du trajet : Marcello ouvre la marche, suivi de Blanco, puis du grand bâton d’Amaïa — pour limiter le nombre de pauses-repas. Un randonneur double la troupe d’un pas doux, sous l’œil approbateur de la muletière. Les gens qui courent peuvent surprendre les ânes qui partent en courant s’ils ne les voient pas arriver, explique la jeune femme.

Après un passage à l’ombre des hêtres, les yeux se lèvent vers les sommets environnants. Franchement, en termes de paysage, c’est un de mes tours préférés ! Ça, c’est le Grand Billare, et ça, c’est peut-être la Table des Trois Rois. On va demander à Jean-Yves là-haut, il va tous nous les dire.

Pour sa première saison, la native du Pays basque a déjà pris ses marques : Tu vois des bergers contents de te voir, c’est tous les jours différent ! Tu as ton moment à toi toute seule avec tes ânes, et un moment de sociabilité avec les bergers. Et tu as la liberté de te gérer, tu pars quand tu veux. L’heure d’arrivée, elle, dépend du bon vouloir des bourricots qui s’engagent maintenant sur une passerelle au dessus d’un ruisseau.

Le binôme du jour a été soigneusement choisi parmi une douzaine de bêtes stationnées en fond de vallée : un meneur expérimenté et un suiveur plus jeune. Pour aller plus vite, tu peux mettre deux très bons qui veulent être devant, explique Amaïa. Il y a par exemple Fast et Furious, qui bossent bien ensemble. Mais la dernière fois que j’ai fait ça, j’ai quatre bières qui ont explosé dans les banastes parce qu’ils ont trop couru !

Le convoi a abandonné le GR10 pour suivre un panneau de bois usé indiquant Lagne. La pente se fait plus forte mais le pas ne faiblit pas. Le paysage s’ouvre, dévoilant une première cabane de berger, réhabilitée en refuge de guide. Le pic du Midi d’Ossau détourne l’attention de la muletière et de ses bêtes, concentrés un instant plus tard sur un passage compliqué, à flanc de ravin. La cabane de Lagne apparaît enfin, à 1 775 mètres.

Jean-Yves Pauzader, qui vient de lancer ses 600 brebis à l’assaut des pentes escarpées du pic de Contende, accueille Amaïa dans un sourire. Tu es allée chez mes parents ? Comment va mon père ? demande-t-il en ouvrant un des melons qu’il partage en plusieurs tranches avec son couteau sculpté. Une petite tomme, sur laquelle est inscrite le jour d’estive qui l’a vue naître, est soigneusement partagée en petits bouts ; le pastis est allongé à l’eau de la source ; l’apéro semble inévitable. Jean-Yves est seul ici depuis dix jours, sa compagne et sa stagiaire étant redescendues à la fin de la saison de traite. Lui aussi, dans deux semaines, laissera la montagne à l’hiver naissant.

Estive festive

Assis au soleil devant sa cabane, le berger conte son quotidien. Les trois heures et demi de traite matin et soir, au plus fort de la saison. Les histoires de tempêtes de neige du 15 juillet. Sa mémoire phénoménale des dates passe en revue trente-deux ans d’estive, sous les yeux d’un milan royal venu frôler le vallon qui abrite aussi une coquette fromagerie et une petite cave d’affinage. Amaïa se livre à son tour, avouant être sortie major de promo de la prestigieuse École Boulle, à Paris. Et puis j’ai réalisé que je ne voulais pas passer ma vie dans un bureau, commente-t-elle dans une joie désinvolte. Tout ça pour finir à pousser des ânes ! La montagne résonne un instant des rires légers et solennels qu’on ne lâche que dans l’intimité des sommets.

Bon, on est pas d’ici ! lance Amaïa en se redressant, après deux heures hors du temps. Déjà, il faut remettre les banastes sur les ânes et charger les bouteilles de gaz vides grâce auxquelles le lait de basco-béarnaises se change en ossau-iraty, par le patient travail du berger. Pas de fromage cette semaine, les dernières tommes descendront avec l’hélicoptère la semaine prochaine. Par contre, mes pots à lait je te les confie, parce que j’y tiens, explique Jean-Yves. Avec l’hélico, ils prennent des coups. Un point pour les ânes, que le compliment caresse et qui s’élancent sans rechigner sur le chemin du retour.

Amaïa reprend son bâton et son courage devant les heures de travail qu’il lui faudra pour descendre et décharger les bêtes, confier les affaires de Jean-Yves à sa famille et se préparer à la course du lendemain, inédite, pour ravitailler des bergers au milieu de leur transhumance. Son pas est pourtant léger. Comme Marcello et Blanco, elle profite encore un instant de l’ivresse des sommets. Jusqu’à demain.

Written by Aurélien Culat

Aurélien Culat

Journaliste de la transition, passionné par les super-héros du quotidien qui inventent aujourd’hui le monde de demain. Egalement humain en transition, gardien de semences, militant de l’alimentation bonne, propre et juste.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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