
Publié Mars 2026
Comment choisir (enfin) un bon melon ?
Il est temps de rétablir la vérité. Les melons ne poussent pas dans les arbres et il ne sert à rien de leur tâter le cul pour savoir s’ils sont mûrs. Bernard Avy, dernier producteur à Cavaillon, nous donne une leçon de méli-melon pour ne plus jamais nous faire avoir sur les étals.


Le melon compte parmi les fruits préférés des Français
*Info/mais aussi intox*
Le melon tout le monde l’adore, c’est d’ailleurs le troisième légume le plus consommé en France. Légume ? Oui, oui, la boule ronde appartient à la famille des cucurbitacées et, à ce titre, n’est pas un fruit. À la Renaissance, les moines le cultivaient pour les papes dans leur résidence d’été de Cantaluppo en Italie, explique Bernard. Lorsqu’ils sont venus en Avignon, ils ont emporté dans leurs bagages le melon qui est devenu avec le passage de la frontière “Cantaloup”.
Les melons femelles sont les meilleures
*Intox*
Ça, c’est un peu la plus grosse blague du melon et la preuve que vous n’avez rien écouté en cours de SVT. Le melon est un légume qui est né d’une fleur qui, elle, peut être mâle ou femelle, mais pas l’inverse. Dans le cas du melon, c’est une fleur femelle qui lui donne naissance. En quelques semaines, une petite boule se forme au bout des pétales, puis elle grossit, grossit, grossit jusqu’à devenir le melon ballon que l’on connaît. Un melon a besoin de 75 à 80 jours pour pousser, rappelle Bernard. Chez nous, on en plante toutes les trois semaines et on commence le 5 mars, ça nous permet de passer entre les gouttes du froid.


Le melon n’est jamais très franc
*Info*
Un melon franc, c’est un légume qui n’a pas été greffé, explique Bernard, qui cultive dans son exploitation d’anciennes variétés comme l’anasta que l’on appelle aussi le melon brodé. Chez nous, le melon vient d’une graine qui est devenue plant sans que l’on ait eu à faire de greffes entre deux espèces, pratique extrêmement courante partout ailleurs. Dans les supermarchés, vous ne trouverez pratiquement que des melons greffés qui tiennent plus de trois semaines en rayon mais n’ont rien à voir en matière de goût.
Chez Bernard, c’est cueillette tous les matins, 7/7 jours et les rendements sont jusqu’à 3 fois inférieurs à ceux des melons greffés. Pendant trois mois, on met notre vie entre parenthèses mais le résultat est là. Les clients reviennent. Et si un jour on abandonnait nos variétés anciennes, c’est tout un pan de biodiversité qui disparaîtrait.
Le melon aime le basilic et réciproquement
*Info*
Chez Bernard, le basilic pousse au milieu des plants de melon. Coquetterie végétale ? Le basilic est un formidable répulsif pour les insectes. Avant quand il n’y en avait pas, on se faisait bouffer par les moustiques au moment de la cueillette. Aujourd’hui, il suffit aux ramasseurs de melon de secouer régulièrement les touffes de basilic avec leur bâton pour être débarrassés des petites bêtes.


Tous les melons de Cavaillon viennent de Cavaillon
*Intox*
Bizarrement, il n’existe pas d’appellation d’origine protégée pour le melon de Charente ni pour celui de Cavaillon. Le melon charentais vert est essentiellement produit au Maroc et en Espagne, précise l’Interprofession des fruits et légumes (Interfel). Il s’agit dans ce cas d’une appellation commerciale et en aucun cas d’une mention d’origine territoriale de production (contrairement aux melons de Guadeloupe, du Quercy ou du Haut-Poitou qui ont leur propre IGP– Indication géographique protégée).
À Cavaillon, il y a des expéditeurs qui font partir du melon du Maroc partout en Europe, se désole Bernard. Ces melons n’ont jamais poussé à Cavaillon, ils y ont juste transité. La preuve est mathématique. Bernard est le seul producteur de melon à Cavaillon-même et vend toute sa production à la ferme. Quant aux agriculteurs des environs, ils se comptent sur les doigts d’une main. Certainement pas de quoi fournir toute l’Union européenne.
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Merci à Lygie Harmand pour ces belles illustrations.
Written by Hélène Binet
Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.


