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Société

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Publié Mars 2026

La pollinisation expliquée à ma fille

71% des cultures les plus fréquentes dans le monde sont pollinisées par les abeilles, selon la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Du coup, si elles venaient à disparaître, il n’y aurait plus grand chose dans l’assiette. Fleur, insecte, pollinisation, gueuleton…quels sont les liens entre tout ce petit monde ? Petite leçon de sciences naturelles express.

Les abeilles et les fleurs : une histoire d'amour qui ne pourra jamais s'arrêter.
Les abeilles et les fleurs : une histoire d’amour qui ne pourra jamais s’arrêter.

Ca fait mille fois qu’on vous le dit : les insectes pollinisateurs foutent le camp et c’est pas bon pour votre karma nutritionnel. Sans abeilles et bourdons, adieu les 5 à 10 fruits différents par jour. Vous avez bien enregistré le message mais en même temps, vous n’avez jamais vraiment compris pourquoi.

Un étal de supermarché aujourd'hui. (PRNewsFoto/Whole Foods Market)
Un étal de supermarché aujourd’hui. (PRNewsFoto/Whole Foods Market)

Commençons donc par deux clichés publiés par le supermarché Whole Foods market store, temple de la consommation bio et locale aux Etats-Unis. Ci-dessus, les étals d’aujourd’hui ; ci-dessous, ceux de demain si les abeilles venaient à disparaître. « Les abeilles pollinisent plus de 100 cultures aux Etats-Unis, des amandes de votre granola aux myrtilles de votre yaourt », expliquent les dirigeants de Whole Foods. « Le déclin des abeilles menace un grand nombre des ingrédients frais que les consommateurs plébiscitent. » Y’a pas photo, comme dirait l’autre.

Le même étal sans les fruits et légumes pollinnisés par les insectes. (PRNewsFoto/Whole Foods Market)
Le même étal sans les fruits et légumes pollinnisés par les insectes. (PRNewsFoto/Whole Foods Market)

Ca c’est pour la démonstration, passons à l’explication. S’il n’y avait pas de fleur il n’y aurait pas d’insecte et s’il n’y avait pas d’insecte il n’y aurait pas de fleur. Oui parce que ces deux tourtereaux pratiquent l’économie du partage depuis toujours. Entre eux deux, c’est donnant-donnant. Tu m’donnes, ch’ti donne. Alors qui file quoi ? Les fleurs offrent le couvert. Pour les marguerites, le repas, délicieux nectar sucré, se trouve dans leurs cœurs jaunes, bien visibles. Les bourdons s’y posent en toute tranquillité et sirotent paisiblement. Pour capter le nectar du trèfle, c’est différent, il faut être équipé d’une grande trompe et boire à la paille. L’exercice est donc réservé aux papillons. En fait chaque type de fleurs attire une espèce d’insectes différente, la nature est bien faite.

Pistil, étamine, stigmate... quand la fleur se déshabille.
Pistil, étamine, stigmate… quand la fleur se déshabille.

Une fois repus, les insectes doivent rendre leur service. Leur métier ? Transporteur de semences. Attention, là il faut suivre un peu et se référer au schéma ci-dessus. Lorsqu’une abeille butine, elle se frotte aux étamines (l’organe mâle de la fleur qui produit le pollen) et généralement se fout du pollen partout. Alors quand elle arrive toute barbouillée sur d’autres fleurs de la même espèce, elle s’en déleste sans même sans rendre compte. Le grain de pollen arrive sur le pistil (l’organe femelle de la fleur), happé par un stigmate tout collant (un genre de renflement en haut du pistil).

Le pollen, super héros végétal, déploie son mât de pompier pour glisser au cœur de l’ovaire qui contient l’ovule. Et là bingo : il y a fécondation. Pollen + ovule = petite graine, le pépin de nos poires ou de nos raisins. Vous suivez ? Et comment tout ça devient un fruit ? Eh bien quand l’ovule est fécondée, la paroi de l’ovaire se modifie pour devenir fruit. En fait, une pomme n’est rien d’autre qu’un ovaire qui mute, on avait rarement vu les choses comme ça.

Ceux qui suivent se demanderont pourquoi la plupart des fleurs équipées d’organes mâles et d’organes femelles ne se débrouillent pas toutes seules. Peut-être parce que ça manquerait de magie. Quoi qu’il en soit, la plupart des espèces ont besoin d’une fécondation croisée, d’arbre en arbre. Et pour cela ne peuvent compter que sur le vent ou sur les insectes pollinisateurs.

Alors on fera comment le jour où il n’y aura plus de pollinisateurs pour transformer nos fleurs en fruits ? Devra-t-on féconder toutes les espèces à la main comme cela se pratique déjà pour la vanille à la Réunion ? Il serait sans doute plus sage de protéger nos pollinisateurs ailés. De la main d’oeuvre qualifiée pour pas un kopek, franchement ça ne se refuse pas.

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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