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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Au bouleau ! La sève qui requinque…

On la puise directement au cœur de l’arbre. La sève de bouleau est l’élixir magique de ceux qui veulent aborder le printemps avec entrain et sérénité ou faire passer une bonne gueule de bois. Nathalie Joffre la récolte à Gincla, dans l’Aude et en fait profiter les habitants du Sud.

Bouleau dans sa montagne, terrain de jeu de Nathalie.
Bouleau dans sa montagne, terrain de jeu de Nathalie.

C’est la fin de l’hiver à Gincla. Dans ce petit village de trente âmes, la rivière Boulzanes traverse la vallée sans un bruit. Plus haut, la neige s’attarde sur le sommet des Escarabatets. Dans ce décor à la Petite maison dans la prairie, Jean s’occupe des poules, des chiens, du feu et de couper du bois. Nathalie elle se charge des poneys et des ânes, avant d’aller récolter la sève.  D’ailleurs, il est l’heure de se mettre au bouleau.

Les plus nuls en botanique savent souvent reconnaître le bouleau et son écorce blanche caractéristique qui semble toujours vouloir se desquamer. Sachez que l’arbre fait partie de la famille des bétulacées comme son cousin l’aulne. Symbole de la vie qui repart, le bouleau est à l’origine du nom du mois de mars dans pas mal de langues de l’Est. Si certaines marques comme Weleda utilisent le jus de ses feuilles pour retrouver équilibre et vitalité, c’est surtout dans la sève que l’on trouve  un maximum d’oligo-éléments et de minéraux.

Deux fois par jour, Nathalie fait le tour de ses arbres.
Deux fois par jour, Nathalie fait le tour de ses arbres.

La sève se récolte de mi-février à mi-avril et nécessite des conditions climatiques et géographiques particulières : nuits glaciales, jours ensoleillés, moyenne altitude. À cette période, d’énormes quantités de sève montent dans les arbres pour permettre le développement des bourgeons et des feuilles. La récolte consiste alors à percer un trou de 6 mm dans l’arbre pour y insérer un petit tuyau. L’eau de bouleau s’écoule ainsi au goutte à goutte. Le débit varie tout au long de la journée et peut atteindre 1 à 5 litres par arbre adulte et par jour.

Le nectar se récolte patiemment, goutte à goutte.
Le nectar se récolte patiemment, goutte à goutte.

Depuis 8 ans déjà, Nathalie perfore ainsi les arbres de la montagne. Matin et soir, elle prélève le suc d’une dizaine de bouleaux blancs de type bétula pendula, en plaçant sous l’écoulement une bouteille d’un litre ou un seau de 5 litres, en fonction de la taille de l’arbre. Régulièrement, elle change d’arbres pour ne pas puiser tout leur nectar vital. À la fin de la saison, elle aura récolté entre 200 et 300 litres. Sa production est entièrement dédiée aux Ruches des environs car Nathalie a choisi de produire peu, mais d’écouler son nectar dans un périmètre régional. Par ailleurs, la productrice pourrait avoir le label bio mais n’y tient pas pour ne pas alourdir le prix de la boisson.

Sitôt récoltée, la sève fraiche est conditionnée au plus vite, conservée au froid et commercialisée. Après quelques jours la sève se trouble par apparition de maléate de calcium et de phosphate calcique et devient moins facile à conserver. Elle fermente grâce au sucre qu’elle contient et devient légèrement acidulée. Si on laisse poursuivre cette fermentation on obtient un vin de bouleau. La saison de la récolte de la sève de bouleau est courte. Mi-avril, Nathalie rebouchera les trous avec des chevilles de bois et des pansements d’argile pour ne pas laisser de trace et reviendra l’année suivante.

Un petit trou dans l'arbre et le nectar s'écoule tout doucement.
Un petit trou dans l’arbre et le nectar s’écoule tout doucement.

On dit de la sève qu’elle a de multiples propriétés. Les connaisseurs en font une cure de 3 semaines par an, au moment de sa récolte. Entre autres bienfaits, elle faciliterait l’élimination de l’acide urique et du cholestérol. Diurétique, elle favoriserait l’amincissement et posséderait  des qualités apaisantes sur les brûlures peu profondes et pour les infections rhumatismales, en raison de son action anti-inflammatoire et analgésique.

Mais pour Nathalie, la sève de bouleau, c’est bien plus que ça… « C’est le froid piquant de l’air de l’hiver qui s’attarde, la marche pour rejoindre les arbres les plus loin, la beauté de la forêt encore endormie, avec au bout des branches quelque chose qui se modifie, des nuances imperceptibles, les couleurs marron et beiges des feuilles au sol. A quelques endroits, le vert plus intense de l’herbe et la surprise de voir apparaitre quelques fleurs : violettes, pulmonaires, hépatique trilobée, véronique et même quelques pissenlits. Je sens comment mon souffle s’accélère dans l’effort, j’entends le ruisseau qui coule, et je vois enfin l’écorce blanche des bouleaux. C’est quelque chose de magique, une sérénité quand je me pose au pied de l’arbre, que je prélève la sève, que je la goûte, et que je sens qu’elle m’apporte quelque chose de bon. Cela me suffit, nul besoin de discours scientifiques pour savoir qu’elle me fait du bien. Et c’est cela que j’ai envie de partager. »

 

 

 

 

 

 

 

Written by Odile Mailhé

Odile Mailhé

Longtemps, Odile a connu la vie métro-boulot-dodo en banlieue parisienne. Jusqu'au jour où elle a mis les voiles pour sa Garonne natale. De nouveau dans son terroir, elle a choisi de le manger et d'en faire partager ses voisins en créant la première Ruche de France. Prête à tout, elle expérimente pour de vrai tout ce qui touche à l'agriculture locale. Seule condition : qu'il y ait toujours le haut débit pour tweeter ses aventures et ses exploits.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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