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Publié Mars 2026

Daniel Testard, boulanger de la liberté

Daniel pratique la boulangerie à sa manière : levain naturel, blés anciens, eau de pluie et caisse gérée par les clients. Pendant que lèvent ses pâtons, le Breton s’adonne à ses autres passions : jardin, musique, astrologie humaniste, écriture…

livret

Le boulanger nous montre son petit livret. Couverture orange, impression ancienne, un objet que l’on a envie de garder précieusement. Il l’a écrit il y a quelques années, après avoir réinventé son métier. Car Daniel est certes boulanger, un rêve qu’il a depuis qu’il est petit garçon, mais il pratique son métier à sa façon. Pas à celle des boulangeries industrielles qu’il a fréquentées et qu’il a préféré fuir, le « goulag de la boulange » comme il dit.

"Une vie d'expérience, une profession, elle devrait être transmise en permanence. Autant qu'elle avance dans son expérience, elle a quelque chose à apprendre aux autres". Pour cette raison, Daniel a également créé, avec d'autres boulangers de la région, une école où les apprentis artisans découvrent différentes manières de travailler.
Daniel a créé, avec d’autres boulangers de la région, une école où les apprentis artisans découvrent différentes manières de travailler.

« Une vie d’expérience, une profession, elle devrait être transmise en permanence. Autant qu’elle avance dans son expérience, elle a quelque chose à apprendre aux autres ».

Le pain, il ne le fabrique que deux jours dans la semaine dans son petit village breton d’une centaine d’âmes. Parce qu’il aime faire naître la vie dans la pâte, il aime son monastère panaire, ermite dans la nuit à converser avec les étoiles. Et comme il ne pouvait pas vendre son pain en même temps qu’il le faisait, Daniel a choisi de ne pas le commercialiser lui-même. Il a ouvert son fournil à ses clients, qui viennent chercher leur pain quand ils le souhaitent et payent directement dans la caisse. « L’avantage du système, c’est que personne n’est prisonnier de l’autre. Les gens peuvent venir quand ils veulent, même la nuit, même le lendemain, et moi, je peux être là ou pas là. » 
caisse

Et comme il faut autant de temps pour vendre son pain qu’il n’en faut pour le fabriquer, il gagne ainsi deux jours par semaine de liberté. Et cela dure depuis 30 ans… « J’ai toujours résisté à l’idée que soit on augmente son chiffre d’affaires, soit on disparaît. Moi je suis resté avec le même chiffre d’affaires depuis le début, c’est-à-dire 2 jours de pain… »

militant

Dans sa boutique, beaucoup de couleurs, de dessins, de panneaux, d’autocollants militants, qui ont chacun une histoire. Tibet Libre, Notre-Dame-des-Landes, anti-nucléaire, des noms qui évoquent les valeurs du lieu. L’association Kokopelli et la sauvegarde des graines y ont une large place.

Car les semences sont aujourd’hui emprisonnées par le catalogue européen qui interdit l’usage des plants qui n’y sont pas inscrits. Cela signifie qu’il est aujourd’hui illégal de vendre les fruits ou les légumes que nos ancêtres ont mangés pendant des millénaires, illégal de vendre les graines du pommier du jardin. Un quart de la biodiversité de nos jardins a disparu en l’espace d’un demi-siècle. Il n’existe plus qu’une seule variété de melon sur les étals des marchés alors qu’il y en avait 160 il y a un siècle. L’association Kokopelli collecte et vend des semences anciennes pour préserver la biodiversité.

C’est pour y participer que Daniel produit 1/3 de son pain avec des blés anciens. En partie seulement, car trouver un producteur qui accepte ce trafic illégal n’est pas aisé… Il plante également dans son jardin des variétés anciennes de nombreux céréales et légumes dont il offre les graines à ceux qui sauront en prendre soin. « Je suis hors-la-loi et fièrement hors-la-loi. Je le dis, même dans les journaux, parce que c’est absolument criminel d’avoir massacré ces blés et toute la biodiversité. « 

L’usage de blés anciens n’est pas le seul aspect illégal du travail de Daniel. Voyant la qualité des eaux de Bretagne qui se dégradait, il mit en place un système de récupération et de filtration des eaux de pluie qu’il utilise dans son pain. Il ne possède pas non plus de certification biologique.

Ne parlez pas de levures chimiques au boulanger, Daniel utilise un levain naturel, une recette retrouvée dans un livre du 17e siècle. Ce type de levain, qui doit être travaillé tous les jours, permet au pain de se garder bien plus longtemps que s’il est produit avec de la levure de bière, facilitant ainsi le fait de ne boulanger que deux jours par semaine. Ainsi, les autres jours Daniel s’adonne à d’autres passions…

Le pain et sa 2CV : sa liberté.
Le pain et sa 2CV : sa liberté.

Et quand vient l’été, le fournil est fermé pendant deux mois, Daniel part à la rencontre d’autres manières de voir la vie et de la vivre. Sa 2 CV l’accompagne à travers les routes de campagne pour l’amener vers d’autres horizons. « … Parce que toute ma vie ça a été des voyages à la rencontre de qui je suis. »

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L’intégralité du reportage est à regarder ici en version multimédia.

Written by Sideways

Sideways

Sideways "Enquête d'un autre monde" réalise des épisodes multimédias sur des personnes et des projets inspirants. Entre deux tournages, le camion itinérant s'arrête dans les villes et villages découvrir de nouveaux projets, proposer des projections/discussions et des ateliers d'échanges de savoirs. Basé sur les principes de la permaculture, le projet est libre : contenus sous licence Creative Commons, financement par le don et la contribution. Pour participer vous aussi, c'est ici :

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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