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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Des éleveuses font le pari du fromage « qui ne tue pas les chèvres »

Pour faire du fromage, il faut du lait, des chèvres en forme et beaucoup de chevreaux. Pour qu’une partie de ces retraités anticipés ne finisse pas à l’abattoir, deux éleveuses tentent d’autres manières de faire, même si l’équation ne semble pas payante…

Comme tous les mammifères, les chèvres ne produisent du lait qu’après avoir donné vie à des petits. Dans la plupart des élevages, on demande donc aux femelles de mettre bas chaque année, pour pouvoir produire le plus possible. Au bout de 5 ou 6 ans, les femelles trop fatiguées pour produire autant de lait que les plus jeunes seront réformées, c’est-à-dire finiront à l’abattoir. Les chevreaux sont eux retirés rapidement après leur naissance. Parmi ces derniers, quelques femelles pourront rejoindre le troupeau, les autres cabris seront engraissés puis finiront également à l’abattoir à l’âge de 6 ou 8 semaines. En 2019, 547 000 chevreaux et 135 000 chèvres de réforme ont ainsi été abattus en France.

Pour assurer une vie plus longue et plus reposante aux chèvres, en France, un éleveur et trois éleveuses explorent une autre façon de faire. Parmi eux, Alexandra Dupont qui a démarré il y a dix ans, après une reconversion professionnelle, un élevage de chèvres à la Ferme des Croq’Épines, en Indre-et-Loire.

Elle raconte : Avant mon installation, j’ai fait des stages chez des éleveurs caprins. J’ai découvert un métier génial et des animaux passionnants. Mais j’ai vu aussi que les chèvres pleurent énormément quand on leur retire les petits. Et quand on a envoyé à l’abattoir des chevreaux dont j’avais pris soin, que j’avais aidés à téter à la machine, ça a été une grosse claque, j’ai compris que ce n’était pas possible pour moi.

Une fois installée, elle décide donc de renoncer aux abattages des cabris et des chèvres réformées. À côté de sa ferme, elle créé une association, le Refuge des Croq’épines, qui récupère les animaux non productifs de sa ferme. Ils sont accueillis et soignés grâce à des dons, des parrainages et des bénévoles.

Sociabilisation chevrière

En Côte-d’Or, l’éleveuse Aline de Bast a eu un parcours similaire. Dès le démarrage de son exploitation — la Ferme du Cul de Sac créée en 2014 après une reconversion — elle s’est sentie incapable d’emmener ses animaux à l’abattoir. Elle détaille la démarche qu’elle a préféré adopter : Chez moi, quand ils naissent, les petits restent pendant huit jours tout le temps avec leur mère, qui leur donne du colostrum. Ça évite de les séparer et d’entendre le petit et la mère pleurer. Et puis les chèvres s’occupent tellement bien de leurs petits, elles méritent de les élever. Ensuite, je laisse les petits téter pendant deux mois. Petit à petit, la nuit, je retire les petits, donc je peux traire la chèvre le matin et donner du lait en poudre aux petits. Comme ça on peut reprendre la production et les petits sont sociabilisés à la fois avec leur mère et avec l’humain.

Ces méthodes sont sources de bien-être et de sens. Pour les animaux, bien sûr : les chèvres ont un bien meilleur moral, et les petits nourris par leur mère sont plus résistants, assure Alexandra Dupont. Pour l’éleveur, aussi : on sait qu’il est difficile pour beaucoup d’entre eux d’envoyer à l’abattoir les chèvres en bonne santé, surtout après avoir collaboré avec elles pendant plusieurs années. Cette méthode séduit aussi le consommateur : les éleveuses racontent que certains de leurs clients avaient cessé, pour des raisons éthiques, de manger du fromage de chèvre mais qu’ils se plaisent désormais à consommer ces fromages « sans abattage ».

Productivité en berne

Le hic de cette méthode, c’est la productivité. D’abord parce qu’accueillir des animaux non productifs et laisser les petits téter le lait réduit mécaniquement la quantité moyenne produite par animal dans la ferme. Mais aussi parce que ces façons de travailler impliquent des élevages relativement réduits (une trentaine de chèvres productives chez Aline de Bast, une centaine chez Alexandra Dupont). Après dix ans d’activité, Alexandra Dupont constate : Je suis encore au RSA. Mais bon je ne m’en sors pas plus mal que beaucoup d’éleveurs. De toute façon, l’élevage est au bord du gouffre en France.

Pour trouver un modèle économique, les éleveuses misent sur la bonne valorisation de leurs produits. Aline de Bast explique par exemple : Chez moi, les chèvres pâturent dans un verger avec beaucoup de végétation, donc elles ont de bonnes valeurs de production. Dans ce verger, on récolte beaucoup de noix. On en a profité pour faire un fromage aux noix et au miel, avec un cœur coulant, qui demande beaucoup de manutention mais qu’on commercialise à un prix intéressant. Après, c’est sûr que c’est une autre vie, on consomme très peu, on se contente de peu.

À votre écoute

Les éleveuses cherchent aussi d’autres solutions, notamment en ne tarissant pas les chèvres en hiver : on parle de lactation longue. C’est-à-dire que les chèvres continuent d’alimenter leurs petits pendant un à quatre ans, sans nouvelles naissances. Les chèvres peuvent donner du lait pendant plusieurs années avant que leur production s’arrête naturellement. On peut donc leur éviter d’aller au bouc pendant autant d’années, ce qui les fatigue moins, explique Alexandra Dupont, qui pratique cette méthode depuis plusieurs années. “Aller au bouc”, c’est organiser chaque année une reproduction qui mène à une gestation de 5 mois et à des petits. Résultat, la production de lait est à son maximal chaque année, pendant 6 à 8 mois. C’est intensif et plus fatiguant pour la chèvre, abattue plus vite car plus vite improductive. La lactation longue pourrait permettre de prolonger ainsi leur durée de vie.

Mais financièrement, comment s’y retrouver ? Si la chèvre produit moins au jour le jour, elle ne connaît pas de pause de production liée à la gestation. La baisse de production ne serait que de 8,2 % selon une étude publiée dans le Journal of Dairy Science, il y a seize ans, en 2005. Aline de Bast, qui expérimente en ce moment cette technique, s’enthousiasme : Ce que j’aime, c’est qu’on apprend tout ça avec le vivant, en le vivant justement. On est très à l’écoute des chèvres, on se comprend et on cherche avec elles des solutions pour qu’elles subissent le moins possible. On est un peu à leur service, et je trouve ça bien.

Written by Thibaut Schepman

Thibaut Schepman

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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