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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Egiategia, du vin fermenté sous l’océan

Sur les hauteurs de Socoa, autour de la baie de Saint-Jean-de-Luz, les visiteurs curieux peuvent goûter un vin qui a fermenté dans les profondeurs de la mer.

Vous sentez ce goût citronné ?, lance avec enthousiasme le vigneron Emmanuel Poirmeur, fondateur d’Egiategia, à propos du vin qu’il vient de servir. Il s’agit du blanc Artha, le 100 % immergé ou brut de cuve océane.

Il le produit à partir de raisins cultivés par d’autres vignerons. Ses locaux situés à Socoa surplombent la baie de Saint-Jean-de-Luz, offrant une vue splendide à l’entrepreneur et aux sept autres salariés de l’entreprise. Au fond de la baie, à une quinzaine de mètres sous l’océan, plusieurs cuves remplies de vin ayant subi une première fermentation sur terre, en cuve inox classique, subissent la seconde : une vinification sous-marine.

Ce procédé unique au monde, Emmanuel Poirmeur l’a fait breveter à deux reprises, en 2007 et en 2017. L’idée d’immerger le vin pour lui trouver de nouveaux arômes singuliers lui vient en 2001, lorsqu’il travaille en Argentine. Là-bas, les conditions pour rendre les vins pétillants sont recréées artificiellement. Il réalise que les mêmes caractéristiques se trouvent naturellement sous la mer : de l’obscurité, de la pression, une agitation soutenue et une température basse stable.

Ça fait 10 000 ans qu’on fait les mêmes gestes. Tout le monde pense tout connaître sur le vin, mais en réalité on ne connaît rien. De quoi donner envie à Emmanuel de tenter quelque chose de nouveau. Quelques années plus tard, en 2008, il passe à l’action en créant Egiategia, au Pays basque, dont sa famille est originaire. C’est ici qu’il rêvait, dès l’âge de 8 ans, de s’installer définitivement pour vivre de sa passion du vin.

Les premières tentatives d’immersion ont été faites dans des cuves en béton, mais aujourd’hui le breuvage en cours de fermentation repose dans des cuves en polymères que l’entreprise fait fabriquer, pour qu’il puisse être mieux exposé aux fluctuations des marées.

Lors de cette deuxième fermentation alcoolique sous-marine, les pressions et dépressions dues à la marée qui monte et qui descend modifient le métabolisme des levures qui transforment le sucre en alcool. Cela permet notamment de révéler des arômes particuliers. Ce remuage ne serait pas tolérable sur terre. Une telle pression et agitation artificielles 24h/24h seraient très énergivores et polluantes, explique l’ingénieur agronome de formation.

Ainsi plusieurs fois par an, une équipe de trois plongeurs vient placer des cuves de vin au fond de la baie en les attachant à 15 mètres au fond de l’eau, au niveau de la digue de l’Artha, qui protège les cuves des tempêtes hivernales. Elles y restent en moyenne, quatre ou cinq mois pour que la fermentation soit complète, précise Emmanuel.

Pour accrocher les cuves, un système d’ancre écologique a été mis au point : Plutôt que des blocs lourds et massifs reliés à une chaîne où les bateaux s’accrochent, mais qui perturbent les écosystèmes à chaque pose sur le fond ou déplacement, nous insérons à la main dans le sable des vis à anneau, peu encombrantes, qui limitent la distorsion de l’espace marin. Personne ne regarde ce qu’il se passe sous l’eau or c’est primordial d’avoir un impact écologique moindre.

Grâce à cette deuxième fermentation sous-marine, on retrouve les arômes de jeunesse du vin, très proches du fruit, explique Emmanuel. On arrive à emprisonner des arômes simples et purs que les viticulteurs connaissent, quand ils décuvent (quand ils vident la cuve après la toute première fermentation, en séparant le jus des peaux, NDLR), mais auxquels les consommateurs ne sont pas familiers.

Vient ensuite l’étape de sélection des cuvées, au sous-sol des locaux d’Egiategia. Emmanuel choisit les vins immergés suffisamment goûteux pour être embouteillés tels quels – il s’agit des Artha, les brut de cuve océane – et ceux qu’il va mélanger au même vin, à la différence près que celui-ci a vécu toutes ses fermentations sur terre. Cet assemblage terre-océan a été nommé Dena Dela, c’est-à-dire quoi qu’il en soit en basque, un clin d’œil à l’esprit de liberté de la côte basque.

Chaque fruit a la recette de cuisine qui lui convient le mieux et certains raisins n’ont pas encore trouvé celle qui les valorise.

Emmanuel possède en effet des vignes, à quelques kilomètres de là, à Urrugne, qui permettent de classiques cuvées terrestres. Le raisin ne convenait pas pour le procédé atypique de vinification sous-marine : Mes chardonnays sortaient de l’eau moins bons aromatiquement, on perdait le terroir. Chaque fruit a la recette de cuisine qui lui convient le mieux et certains raisins n’ont pas encore trouvé celle qui les valorise. Je pense aux cépages destinés au bas des rayons de supermarché ou à la distillation, comme l’ugni blanc ou le colombard. Ces raisins ne sont pas intrinsèquement mauvais. En les abordant différemment, sous l’eau par exemple, on parvient à les révéler.

Résultat, le vigneron travaille avec des raisins sur lesquels personne ne parie. Il se les procure auprès de viticulteurs des Pyrénées-Atlantiques, du Gers, des Landes et du nord de l’Espagne. Des raisins bio du cépage malbec de la région bordelaise, jugés déséquilibrés dans leur zone de production, ont ainsi fait merveille après un passage sous l’eau. D’autres cuvées capsule de ce type reflètent régulièrement l’éventail des essais de cet explorateur du goût.

Cette recherche pour revaloriser des raisins mal-nés, au mauvais endroit et avec le mauvais nom, a payé. Le vin d’Egiategia est présent sur une centaine de tables étoilées, notamment au Grand Hôtel de Biarritz et au Kaiku à Saint-Jean-de-Luz.

Written by Gaëlle Coudert

Gaëlle Coudert

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