
Publié Février 2026
Histoires de coquilles, d’oeufs, de poules, d’anatomie et de recyclage
Gaëlle élève deux poules, Thelma et Louise. Si la seconde offre de très jolis oeufs, la première semble préférer l’option oeufs mollets, quasi sans coquille. Pour comprendre le phénomène, Gaëlle ressort les manuels de sciences naturelles. Et en profite pour nous donner ses astuces pour recycler les coquilles d’oeuf.
Thelma a un souci : les œufs qu’elle pond sont tout mous et très fragiles. Seule une très fine membrane retient le blanc et le jaune de faire une omelette. On arrive même à voir au travers ! En revanche, aucun problème du côté de sa copine Louise, qui picore exactement la même chose et nous offre presque chaque jour un bel œuf bien poli et régulier. Mais d’où ce problème peut-il venir ?
Jaune au centre
Une leçon de sciences naturelles s’impose et on a dû reprendre nos bouquins. Parce que c’est magique la formation de cette coquille. Vous en connaissez le mécanisme vous ? Les scientifiques nous racontent que chaque jour un ovule est libéré dans l’oviducte de la poule, sorte de tuyau de 65 cm de long. Il grossit pour se transformer en 10 jours en un jaune d’œuf. Ensuite, c’est en quelques heures que le blanc d’oeuf se forme autour du jaune. Les muscles internes de l’oviducte agissent alors pour faire tourner l’œuf sur lui-même, pour maintenir le jaune au centre.
Jusque là, on suit… même si c’est drôlement marrant de s’imaginer cet œuf tourner sur lui-même tel un ballon rouler sur les pieds d’un jongleur. Ensuite, deux membranes coquillières fines viennent alors emballer cette boule qui tourne, avant le dépôt de cristaux de carbonate de calcium qui formeront la coquille. Et voilà chez Thelma, c’est ici que tout s’arrête. Pourquoi ?

Calcium et Badoit
Reprenons. Les muscles de l’utérus font donc tourner l’œuf sur lui-même et c’est le dépôt lent de carbonate de calcium (carbone + oxygène + calcium présents dans le liquide amniotique autour de l’œuf en formation) qui va constituer la coquille en environ 16h. Un vrai travail d’orfèvre.
Le truc, c’est que cette coquille contient quand même 40 % de calcium et notre petite poule doit aller en piocher, par voie intestinale, dans son sang et dans ses os « spécial course », qui accumulent de grandes réserves de calcium. Il faut donc, non seulement, lui apporter un régime riche en calcium – ça, on fait vraiment notre maximum, on a même essayé de lui donner des coquilles d’huîtres broyées – mais la gallinette doit aussi pouvoir fixer suffisamment bien le calcium… Et c’est donc là le problème.
Alors on nous a conseillé de lui faire boire de l’eau gazeuse lorsque les journées sont chaudes… Prendrait-on Thelma pour une poule de luxe ? C’est plus subtil que ça. Les poules ne transpirent pas, mais halètent pour se rafraîchir. Elles éliminent, du coup, beaucoup plus de CO2, pourtant indispensable à la production du carbonate de calcium de la coquille. Le dioxyde de carbone dissous dans l’eau gazeuse pourrait alors combler cette perte.
Donc si on se résume, il n’y a pas grand-chose à faire pour aider notre petite Thelma, à part lui donner de la Badoit : le problème est propre à son métabolisme. On ne se résoudra pas à la passer au pot pour autant mais c’est vraiment dommage car on peut faire pleins de trucs avec des coquilles d’œufs.

Coquilles à tout faire
Par exemple, en cuisine, on rend le café moins acide si on a préalablement placé une coquille d’œuf dans le filtre. Au jardin, les coquilles d’œufs broyées enrichissent le compost et dissuadent limaces, escargots et vers de s’installer. On peut aussi s’en servir comme godet de semis. Après la germination, il suffit d’écraser la coquille et de planter le tout : la coquille se décomposera et nourrira le sol et la plante.
Elles servent également pour le nettoyage : un mélange poudre de coquille – vinaigre blanc enlève toutes les tâches les plus persistantes de la vaisselle et bien à l’abri dans une chaussette nouée dans le tambour de la machine, les coquilles redonnent blancheur au linge (à remplacer tous les 3 lavages).
Côté trousse à pharmacie « naturelle », dissolvez une coquille d’œuf pendant 2 jours dans un petit bocal de vinaigre de cidre : la mixture calmera vos petites irritations de la peau.
Enfin, des chercheurs de l’Ohio State University ont récemment découvert que les coquilles d’œufs pourraient être une source de carburant d’hydrogène abordable. Nos gallinacées deviendraient alors toutes des poules aux oeufs d’or !

Bon, entendu, on vous la pose la question car on sent bien que vous nous attendez au tournant : alors, qui est venu le premier, l’œuf ou la poule ? On vous fait le coup à chaque fois, n’est ce pas ? Oui, sauf que nous on a la réponse : c’est l’œuf ! Dans l’histoire de l’évolution, on a pu démontrer que les oiseaux descendent des reptiles (lien de parenté évident quand on voit les écailles des pattes de nos poules). Et quasi tous les reptiles sont ovipares donc c’est bien l’œuf qui précède la poule. Et toc !
Written by Gaelle Petit
Cette amoureuse de la nature tendance fleur bleue est une véritable reine des abeilles (les vraies qui font du miel ! ) depuis 10 ans. Biologiste, nouvellement professeur des écoles, elle délivre sa science aux enfants de sa Charente natale. Chez elle, c'est bricolage, trucs et astuces anti-gaspillage à tous les étages. Logique, pour une adepte de la sobriété heureuse.




