Vous cherchez autre chose ? 

Nous sommes joignables par email.

Sur le terrain

min

Publié Mars 2026

J’ai pris un cours avec le champion du monde de pizza

La pizza. Mon plat préféré. De la pizza de mon enfance, aux pizzas des restaurants hipster de la capitale, en passant par les pizzas romaines dégustées sur le pouce, et les faites maison un poil ratées, je crois pouvoir dire que je suis une experte. Alors, quand j’ai su que le champion du monde de pizza officiait dans le Sud de la France, j’ai aussitôt sauté dans le premier train, direction Carcassonne ! 

Mercredi, 10 h, zone industrielle de Carcassonne. Un homme descend de chez lui, et nous accueille avec un large sourire. Cet homme, c’est Rabah Zaoui, LE champion du monde de pizza 2010. 

Bienvenue chez moi !, nous dit-il en ouvrant la porte de son atelier. Nous entrons alors sur son lieu de travail. Ici, du lundi au mercredi, Rabah donne des formations à tous ceux qui veulent devenir pizzaiolo, le reste du temps il est dans son restaurant à quelques minutes de là. Rabah est fier de ce qu’il est devenu. Il aime dire à ses élèves qu’avec lui ils vont apprendre un vrai métier. Je veux transmettre ce que j’ai appris, passer le flambeau de main en main. Un de ses élèves est même devenu champion du monde de la pizza dessert. Être passé par l’école Rabah Zaoui, c’est un gage d’excellence et de qualité dans la région. 

Je veux transmettre ce que j’ai appris, passer le flambeau de main en main. 

De plongeur à maître restaurateur

Avant d’être pizzaiolo, Rabah a eu plusieurs vies. Plongeur, puis bouilleur de cru pendant onze ans, il gravit les échelons et devient progressivement maître artisan, puis maître restaurateur. S’il apprend le métier à Lyon, la passion de la pizza vient d’abord de sa mère, avec qui il a appris à faire le pain. 

En 2010, c’est la consécration. Rabah devient champion du monde de pizza, et s’impose devant les Italiens : Les Français sont largement meilleurs. Ils ont plus de créativité, de savoir-faire, de finesse aussi… bref, c’est nous les plus forts quoi. Alors, pour fêter sa victoire et faire honneur à Carcassonne, il invente la pizza cassoulet. Au début, quand je l’ai sortie, tout le monde se moquait de moi ! Et puis après l’avoir goûtée, personne n’a plus rien dit.

Ah la pizza cassoulet… j’aimerais bien pouvoir l’ajouter à mon tableau de chasse celle là. Mais ce sera pour plus tard car aujourd’hui le cours sera consacré à la grande classique, la star des pizzas, la crème de la crème, j’ai nommé la margherita.

Au début, quand j’ai sorti la pizza cassoulet, tout le monde se moquait de moi ! Et puis après l’avoir goûtée, personne n’a plus rien dit.

Une margherita, s’il-vous-plaît !

Rabah nous raconte que la pizza margherita serait née à Naples, à la fin du XIXᵉ siècle. Le pizzaiolo Raphaele Esposito l’inventa en l’honneur de la visite de la reine Marguerite de Savoie à Naples. Il donnera à sa création le nom de la reine, et la pizza deviendra l’un des emblèmes de l’Italie, avec ses trois ingrédients aux couleurs de son drapeau : le basilic, la mozzarella et la tomate (vert, blanc et rouge).

Allez, cette fois on s’y met vraiment. On enfile notre tablier, une belle charlotte sur la tête, et c’est parti. Pour réaliser la meilleure pizza du monde, c’est très simple, suivez la recette et les conseils de Rabah : 

Avant de mélanger les différents ingrédients, il veille à ce que je mesure précisément la température de la farine et de l’eau. Attention ! Ça ne doit pas dépasser les 20 degrés. Je dois ensuite peser méthodiquement chacun des ingrédients, et au gramme près s’il-vous-plaît, car Rabah ne laisse rien passer. 

Une fois les ingrédients pesés, on commence à les mélanger. Selon le maître, il ne faut jamais mettre en contact la levure et le sel. Je dois donc d’abord ajouter le sel à la farine, puis la levure dans l’eau, et enfin mélanger le tout avec l’huile d’olive. 

Ça y est, ça commence à prendre forme ! Je commence à pétrir la pâte pendant quinze minutes environ, puis il faut la laisser reposer pendant quinze minutes à nouveau. Répétez l’opération trois fois, puis divisez en pâtons. Je n’ai pas encore tout à fait le geste, mais qu’à cela ne tienne, ça a tout de même l’air de fonctionner.

Voilà, mon pâton est prêt ! Il faut maintenant le laisser se reposer au frigo, de 12h à 24h. Si vous êtes (vraiment) pressé, vous pouvez le laisser se reposer une heure, ça marche aussi. 

Un dodo plus tard, -ou presque, on a un peu triché- Rabah me conseille d’abaisser la pâte avec de la semoule fine, pour qu’elle n’entre pas en panification. Il commence, je prendrai le relais ensuite. Pour l’abaisser, Rabah fait des mouvements circulaires avec ses mains, en commençant par le centre, il fait tourner la pâte jusqu’à ce qu’elle s’élargisse au fur et à mesure. Bon, clairement Rabah sait mieux faire que moi, je le laisse terminer. 

Une fois la pâte bien étalée, il faut ensuite y disposer les ingrédients : d’abord la sauce tomate, un peu de fromage, de la mozzarella, du basilic et cinq ou six tomates cerises (à varier selon les saisons). J’enfourne ensuite la pizza au four, presque comme une pro ! Puissance maximale, de dix à douze minutes à chaleur tournante. Et c’est prêt !   

Mmmmh, c’est tellement bon. La pâte croustille sous la dent, elle est moelleuse et généreuse. On en veut encore. Heureusement, Rabah commence à me connaître. Il étale une deuxième fois sa pâte, la badigeonne d’huile d’olive et de thym, et hop au four. Elle est pas mal celle-ci aussi, tu nous en fais une autre Rabah ? 

Bref, j’ai pris un cours avec le champion de monde de pizza.

 

Pour une bonne pâte à pizza, il vous faut : 

 

  • 500 grammes de farine, type T55 
  • 12 grammes de sel
  • 20 grammes d’huile d’olive
  • 270 grammes d’eau (entre 18 et 20 degrés)
  • 2 grammes de levure boulangère – c’est la particularité de la pâte du pizzaiolo, très peu de levure, mais les temps de levée sont plus longs (de 12h à 24h)
  • De la semoule fine pour abaisser la pâte
  • Et plein de bonnes choses pour la garniture. 

 

Merci à Manon Nougier pour ses belles photos et à Rabah pour son enthousiasme et sa patience.

Written by Clémence Fernet

Clémence Fernet

Share this content:

Keep digging ...

Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

Lire

Sur le terrain

min

La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

Lire

Sur le terrain

2 min

Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

Lire