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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Le jour où j’ai invité un diable dans ma cuisine

Depuis le temps qu’il trônait sur l’armoire… il était temps de tirer le diable par la queue et de le poser sur le poêle à bois à l’occasion d’un séjour dans les Vosges. Le diable dont on parle n’a ni corne ni cape rouge : c’est un objet rond, beau, en terre cuite vernissée, déniché dans la boutique de Vincent Pirard, potier de Soufflenheim en Alsace. Il nous avait bien dit que cuisiner avec un diable était promesse de saveurs. Dont acte.

Première scène : préparer le diable (ça marche aussi pour les romertopf, version facilement trouvable dans le commerce, mais moins personnalisée, évidemment). On prend le diable par la queue et on le plonge dans l’eau. La terre cuite doit être imbibée pendant un bon quart d’heure, pour faire son office. Car dans le diable, les aliments cuisent à l’étouffée, et toutes leurs saveurs restent enfermées dans le pot. Mais n’allons pas trop vite.

Le diable d'Anne en pleine action.
Le diable d’Anne en pleine action.

Deuxième scène : remplir le diable. Après le bain dans l’eau, le diable est posé sur un plan de travail. Il convient de sécher un peu l’intérieur du diable avec un torchon, et d’y poser les ingrédients à cuire. Nous avons testé avec des oignons au fond (qui tirent de l’eau donc humidifient à nouveau le diable), des pommes de terre coupées en quartier, quelques rondelles de carottes, des poireaux détaillés en morceau et une branche de thym. Nous avons refermé le couvercle, un peu inquiet de voir le diable en action.

Troisième scène : attendre. Attendre. Attendre. Evidemment notre poêle à bois chauffe, et plutôt bien, mais il faut compter un peu plus de temps de cuisson par cette méthode. Nous l’avons dit, la cuisson à l’étouffée permet de garder toutes les saveurs des aliments. De mémoire d’anciens, interrogés à ce sujet, cette façon de faire remonte à bien loin. Comme d’autres concepts forts éprouvés, la cuisson à l’étouffée revient à la mode, avec la tendance du manger sain et naturel, et aux conseils mitonnés aux petits oignons de grands chefs, comme Alain Ducasse par exemple, qui a inspiré cette recette.

Un diable qui aurait perdu sa queue...
Un diable qui aurait perdu sa queue…

A vrai dire, le grand avantage de cette cuisine est l’absence de matière grasse : la vapeur qui se constitue dans le diable suffit à cuire sainement les aliments. Après, on peut ajouter un petit coup de vin blanc avant de reposer le couvercle !

Quatrième scène : le temps a passé, largement de quoi nous documenter sur le sujet. Peu de fumet dans la pièce, nous veillons donc à soulever de temps en temps le couvercle du diable pour voir ce qui se trame à l’intérieur. Un coup de pique dans une pomme de terre nous indique que la cuisson s’achève. Il aura fallu deux heures à feu de poêle à bois moyen pour parvenir à cuire tout le contenu du diable. Un peu plus qu’avec une cocotte en fonte, me direz-vous, mais l’attente fut cordiale !

Epilogue : le temps des conseils. Evidemment, le diable étant façonné en argile, c’est à la fois un bel objet mais aussi fragile. Il faut donc en prendre soin et le poser dans un endroit protégé (le notre a retrouvé sa place, au-dessus de l’armoire). A la fois, cassé pour cassé, il permettra de retourner chez le potier pour le remplacer ! Pour le laver après utilisation, de l’eau et une poignée de gros sel suffiront, éviter absolument les produits ménagers qui vont s’incruster dans la terre.

La vengeance est un plat qui se mange... brûlant.
La vengeance est un plat qui se mange… brûlant.

Dans la série de conseils lus et entendus : il faut éviter les chocs thermiques, donc pas de passage au frigo par exemple. On peut cuire des plats élaborés avec de la viande qui est d’une tendresse absolue au terme de la cuisson. Il paraît que le diable peut se poser dans un four à moins de 200°, mais nous n’avons pas testé. Heureux utilisateurs d’un poêle à bois, nous préférons utiliser cette source de chaleur… et nous raconter histoires et souvenirs en attendant que le diable nous livre ses secrets.

Written by Anne Schreiber

Anne Schreiber

La Castafiore était-elle mariée à un clarinettiste ? En tout cas, Anne l'est. Notre journaliste alsacienne est une passionnée : de musique, de locavorisme et d'agriculture locale... Grande adepte des dictons (genre "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes à condition d'y ajouter des légumes frais") elle n'hésite pas à associer ses enfants à ses expériences culinaires pour vérifier ses sources et écrire ses articles. Et avec elle, c'est toujours fromage (de chèvre) et dessert.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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