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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Le safran de Béatrice, une culture en or

Son prix est aligné sur le cours de l’or, sa récolte se fait au ciseau à ongles, son parfum séduit la terre entière, depuis quelques années, le safran fleurit à nouveau dans l’Hexagone. Dans l’Aisne, Béatrice Verrier a tout plaqué pour planter le crocus savitus.

Le champ de Béatrice, 3000 m2.
Le champ bio de Béatrice, 3000 m2 au fond de son jardin.

Talons aiguilles, cheveux longs et blonds, sourire éclatant, Béatrice aurait pu être hôtesse de l’air ou assistante de direction dans le service financier d’une importante entreprise américaine et travailler au 12ème étage d’une tour de la Défense à Paris. C’est d’ailleurs ce qu’elle fût dans une première vie. Jusqu’en 2011 exactement. « Dans la finance, j’avais l’impression de crever. Un jour j’ai vu un reportage sur Véronique Lazérat, la papesse du safran en France, j’ai tout aimé chez cette femme mère de 5 enfants, j’ai décidé de me lancer. » Si Béatrice n’a jamais été agricultrice, elle a la main verte et surtout une folle détermination.

Du jour au lendemain la belle blonde potasse tout ce qu’elle trouve sur le sujet « j’étais complètement obsédée », convoque le conseil de famille, part se former chez cette fameuse Véronique et, en juillet 2012, revient le coffre chargé de 10 000 bulbes de safran à Chézy-sur-Marne dans sa nouvelle maison.

La première année, on obtient 2500 fleurs avec 10 000 bulbes. En année 2, le bulbe produit 3 fleurs, en année 3 une dizaine.
La première année, on obtient 2500 fleurs avec 10 000 bulbes. En année 2, le bulbe produit 3 fleurs, en année 3 une dizaine.

Sa demeure picarde compte un terrain d’un hectare tout prêt à accueillir les crocus. Reste à enlever quelques arbres, à labourer… Les agriculteurs du coin viennent donner un coup de main, Christophe son mari s’y met aussi. La première année, Béatrice plante 1000 m2 de bulbes. La suivante, elle ajoute 5 planches de culture, celle d’après 10 planches encore. « Aujourd’hui j’ai 30 000 bulbes je m’arrête là. »

A regarder ses ongles impeccables, on se demande quel est son secret. « Je mets toujours des gants pour désherber mais il faut bien avouer que la culture du safran ne demande pas beaucoup d’entretien. » En fait, il faut planter les bulbes vers la Saint-Jean, attendre que l’été se passe tranquillement, « les bulbes roupillent sous la terre », se réjouir des pluies de septembre qui font éclore les fleurs et venir les cueillir pendant le mois d’octobre. « Là c’est chaud, je travaille jusqu’à 23 heures tous les soirs. »

 

Béatrice, heureuse productrice.
Béatrice, heureuse productrice.

Ce jour d’octobre, comme tous les jours de ce deuxième mois d’automne, Béatrice part faire le tour de son mini-champ. Un genou au sol, elle pince délicatement les fleurs violettes entre son pouce et son index pour les cueillir gentiment. Un bouquet se forme dans son panier dégageant une odeur enivrante. « Les fleurs de safran ont deux vertus : antidépressives et aphrodisiaques mais pour les femmes seulement. Pendant les stages de Véronique, les hommes ont intérêt à assurer. » De son côté, ça semble plutôt bien se passer. Christophe soutient à fond sa reconversion et semble heureux de faire partie du projet.

5 grammes de safran frais donnent 1 gramme de safran séché.
5 grammes de safran frais donnent 1 gramme de safran séché.

Béatrice dépose son butin sur la table et va chercher une paire de ciseaux à ongles.  Objectif : libérer le pistil, ce fameux filament rouge, 3 brins dentelés et plissés longs de 3 à 4,5 cm. « Il y a des tonnes d’arnaques dans le monde du safran. Un vrai safran se reconnaît à ses 3 stigmates brique sombre, fins et évasés à leur extrémité. Certains n’hésitent pas à teindre des poils de maïs ou des bouts de plume. Quant à la poudre de safran, il s’agit parfois de brique pilée. »

Mais il n’y a pas que des entourloupes. En France, la culture gagne chaque année de nouveaux adeptes. De quelques dizaines de producteurs identifiés dans les années 2000, le Recensement Général de l’Agriculture réalisé en 2010 dénombre 157 exploitations réparties sur 18 départements. Pour le moment, Béatrice est la seule dans l’Aisne. Et plutôt fière de l’être.

Le safran s’utilise aussi en parfumerie, cosmétique, dans les peintures et les teintures ainsi qu’en pharmacie.
Le safran s’utilise aussi en parfumerie, cosmétique, dans les peintures et les teintures ainsi qu’en pharmacie.

Les pistils patiemment extirpés de leurs pétales et étalés sur une feuille d’essuie-tout attendent leur départ pour le four.  Un séchage à 45°C pendant 25 minutes. Ensuite, ils mûriront encore un mois en pot avant d’être intégrés à de la moutarde, du miel, de la confiture, du vinaigre que Béatrice réalise avec amour dans sa cuisine. « Les produits à base de safran me permettent encore mieux de valoriser ma production. »

 

La production annuelle française de safran s’élève à 20 kilos. L’Iran, c’est 80 tonnes. Béatrice, 100 grammes.
La production annuelle française de safran s’élève à 20 kilos. L’Iran, c’est 80 tonnes. Béatrice, 100 grammes.

Alors heureuse Béatrice ? « L’an passé, j’ai produit 100 grammes de safran, j’arrive tout juste à me sortir un Smic mais mes ventes progressent chaque année. Je ne retournerai pour rien au monde à mon ancien métier. Avec ces fleurs, je revis. »

 

 

 

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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