Vous cherchez autre chose ? 

Nous sommes joignables par email.

Sur le terrain

min

Publié Mars 2026

Les tournesols fleurissent dans les champs basques

En plein dans l’huile !

Depuis une dizaine d’années, plusieurs éleveurs basques et béarnais se sont réunis au sein d’une coopérative pour cultiver le tournesol et le colza. Avec un peu d’huile de coude, c’est la leur qu’ils produisent localement ainsi que du tourteau pour les animaux de leurs troupeaux.

Onze, c’est pas trop mal, lance Jean-Jacques, testeur à la main, en descendant de la remorque remplie des graines de tournesol qui viennent d’y être déposées. Onze, c’est le taux d’humidité des graines, qui ne doit pas être trop élevé pour que l’on puisse ensuite les trier, les presser, et en faire ainsi de l’huile ou du tourteau de qualité.

À quelques mètres de là, la moissonneuse-batteuse en est à ses derniers allers-retours sur le champ jusqu’alors recouvert de tournesols. Encore quelques mètres de fleurs à couper, de tiges à recracher et de graines à récupérer. Celles qui ornent habituellement le centre de ces belles fleurs jaunes. Plutôt noirs que jaunes en début d’automne, les tournesols ont perdu un peu de leur superbe. C’est à cette période, autour de fin septembre, qu’il faut les récolter. Ce sera la seule récolte de l’année, comme le blé, le maïs ou les céréales que l’on ne récolte qu’une fois par an, explique l’agriculteur.

Tourteau paysan pour autonomie locale

Jean-Jacques Prebende est éleveur de bovins à Gabat, dans les Pyrénées-Atlantiques, depuis de nombreuses années. L’un de ceux à avoir planté les premiers tournesols du Pays basque. En 2006, on était seulement quatre ou cinq à vouloir essayer. On ne savait pas si cette culture marcherait bien dans la région, qui est assez humide. Pari gagnant, les tournesols se comportent très bien malgré l’excès d’humidité, explique-t-il. Aujourd’hui, 2,5 hectares de son exploitation leur sont dédiés.

Cette année-là, Euskal Herriko Laborantza Gambara (EHLG), une association basque qui soutient et contribue au développement d’une agriculture paysanne et durable sur le territoire, avait lancé une expérimentation sur la culture du tournesol et du colza. L’acquisition d’une première machine a permis aux agriculteurs de presser les graines récoltées et produire leur propre tourteau paysan afin de nourrir leurs vaches ou brebis. L’objectif était de faire en sorte que les exploitations soient en mesure de produire leurs propres protéines pour les élevages. C’était pour que l’on puisse être plus autonomes et ne pas dépendre des tourteaux au soja que l’on achetait jusqu’alors. Le soja venait très souvent des pays d’Amérique du Sud et on ne pouvait pas nous garantir qu’il était sans OGM, raconte Jean-Jacques.

Carburer à l’huile locale

Depuis, d’autres agriculteurs se sont ralliés à l’expérimentation. Entre 15 et 20 éleveurs sèment aujourd’hui tournesols et colza dans les champs basques ou béarnais des alentours. Ils sont regroupés au sein de la coopérative Nouste Ekilili, créée en 2009, au moment où les premiers de ces cultivateurs ont commencé à commercialiser l’huile issue de leurs récoltes. Elle était utilisée jusqu’alors par les producteurs eux-mêmes comme carburant pour les tracteurs, en la mélangeant à 30 ou 50 %, sans modification des moteurs. L’huile végétale a d’abord été vendue, dans le cadre de deux projets soutenus par les institutions locales ou européennes, auprès du syndicat de ramassage des ordures de Saint-Pée-sur-Nivelle pour leurs bennes à ordures et à deux bateaux de pêche de Ciboure qui ont carburé pendant plusieurs années en partie à l’huile de colza et à l’huile de tournesol locale.

Contrairement aux huiles qu’on achète sur le commerce qui sont souvent désodorisées, on retrouve vraiment le goût de l’huile.

L’huile au bon goût

Puis, rapidement, il a été question de fabriquer de l’huile alimentaire. Dès 2009, en prospectant, on a vu que cette huile plaisait beaucoup, car contrairement aux huiles qu’on achète sur le commerce qui sont souvent désodorisées, on retrouve vraiment le goût de l’huile, explique Jean-Jacques. Depuis, la coopérative, dont il est le président, vend de l’huile dans la région, à des magasins de producteurs, des particuliers, des restaurateurs et des cantines scolaires. La formation d’une coopérative a permis cette commercialisation mais aussi la mise en commun de matériel et de moyens. L’une des deux presses ainsi que la machine à embouteiller l’huile se trouvent chez Jean-Jacques, à Gabat. Chacun trie et presse sa récolte, puis on s’organise en équipes pour embouteiller, préparer les bidons ou vendre la production, explique-t-il.

Année après année, depuis 2009, on est en progression. Aujourd’hui, on vend entre 20 000 et 25 000 litres d’huile alimentaire par an, se réjouit le producteur. De l’huile de tournesol et de colza conventionnelle, mais aussi de l’huile bio, l’un des agriculteurs étant passé à la bio depuis ce début d’année, et deux autres étant en conversion. Pour les autres huiles commercialisées, la qualité est aussi là. Le cahier des charges de la coopération est strict, explique Jean-Jacques. Pas de glyphosate, pas de néonicotinoïdes, pas de pesticides, un seul traitement herbicide toléré. Prochaine étape : le développement de la vente en vrac, que Nouste Ekilili a commencé à proposer à certains clients. De quoi limiter encore l’impact carbone de cette huile 100 % locale !

Written by Gaëlle Coudert

Gaëlle Coudert

Share this content:

Keep digging ...

Sur le terrain

3 min

L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

Lire

Sur le terrain

min

La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

Lire

Sur le terrain

2 min

Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

Lire