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Publié Mars 2026

Traon Bihan, ferme bio ouverte sur la vi(ll)e

Yaourts des champs pour écoliers des villes

Dans le quartier Saint-Pierre, à Brest, Valérie Lazennec et Philippe Nicol, Brestois pur beurre, fabriquent dans leur ferme des yaourts bio pour les cantines scolaires. Ils prouvent, chaque jour, que les champs ont toute leur place en ville.

C’est là qu’on est le mieux aujourd’hui, bien au frais, sourit Valérie, dans la grange en pierre, en alignant les pains bio au levain, aux raisins ou au sésame sur les étagères. Comme tous les vendredi en fin d’après-midi, elle tient la caisse de la vente directe, sur le site de la ferme, une vieille longère. Ce jour-là à Brest, le soleil a fait grimper le mercure au-delà des 30 °C, et même la petite brise de nord-ouest n’est pas venue souffler de la journée. Ce n’est pas vraiment dans les habitudes. L’herbe est presque jaune. C’est sûrement idiot, mais de l’herbe jaune, en Finistère, aux prémisses de l’été, ça ne court pas les champs.

La chaleur est difficilement supportable. Surtout qu’en ce moment, on fait les foins, prévient l’agricultrice. Dans la cour, derrière, on aperçoit l’enclos des chèvres et des lapins. Juste à côté, le cochon dort dans le carré d’ombre de son terrain, et des oies ouvrent le bec à qui s’approcherait trop près. Des gamins y laissent leur sac de pain, revenant en courant du côté de la salle de traite. Ici, à Traon Bihan (la petite vallée en breton), on trouve surtout des animaux, qui tiennent un rôle éducatif et affectif. Ce qui fait avant tout vivre l’exploitation, c’est la fabrication et la transformation du lait.

Valérie Lazennec et Philippe Nicol, le couple d’agriculteurs, ont repris l’exploitation familiale en 1999. Ils sont la cinquième génération. Le lait qu’ils produisent (170 000 litres) est vendu à une coopérative. Ils en transforment, à la ferme, une autre partie en produits laitiers (yaourts à manger et à boire, riz au lait, fromage blanc), qu’ils distribuent aux cantines publiques de la ville et diffusent aussi en circuit court dans le pays de Brest. Tous les vendredi après-midi, ils accueillent un marché de produits bio, rassemblant d’autres producteurs du nord Finistère. Au-delà de cette production qui lui assure un équilibre économique sain, Traon Bihan cultive surtout sa spécificité : celle d’une ferme laitière bio à la ville. Elle est la seule, d’ailleurs, de l’agglomération brestoise. 

Parenthèse champêtre

Lovée dans un vallon autrefois excentré, près d’un grand bois dans le quartier Saint-Pierre, la ferme conserve des airs de campagne à proximité d’une rocade, d’habitations et d’un arrêt de tramway, à seulement deux kilomètres de là. Les parcelles s’éparpillent autour du corps de ferme, se glissent entre bâtisses, champs et talus, routes communales et petits chemins de terre. Philippe y fait pousser herbes, céréales et betteraves, destinés à l’alimentation des 45 vaches du troupeau. Les bêtes restent dehors toute l’année. Nous sommes en autonomie totale et n’avons jamais eu à acheter de nourriture pour elles, explique-t-il.

Valérie, animatrice socioculturelle de profession, a assuré sa reconversion vers la terre nourricière, qu’elle défend au quotidien. S’en est suivi une diversification des activités et quelques investissements, dont le laboratoire de transformation en 2010, mais aussi un jardin partagé, avec session collective tous les dimanches. Pour les enfants scolarisés dans des classes spécialisées et des adultes souhaitant jardiner ensemble, et surtout, jardiner de manière écologique, précise le couple, qui vit la ferme comme un lieu social de vie, d’échanges et de partage. Toute l’année, des classes, des enfants handicapés, des personnes âgées, des habitants de quartier, stagiaires et étudiants, des assistantes maternelles avec des tout-petits, viennent chercher la même chose : le lien à la terre.

Ville des champs

De façon pédagogique et systématique, le quotidien de la ferme est partagé sur un compte Facebook, suivi par 7 000 personnes. Le printemps dernier, une photo présentait ainsi la génisse Pythagore, baptisée par les écoliers des cantines de la ville de Guilers, voisine de Brest, et qui mangent les yaourts de Traon Bihan. Pour permettre aux enfants de nous découvrir, de comprendre notre métier, poursuit l’agricultrice. C’est important de transmettre son savoir-faire, d’expliquer d’où vient le lait ou le yaourt, ou à quoi sert une zone humide. Mais vivre avec la ville n’est pas toujours évident. Un éco-quartier est en train de naître à Saint-Pierre. Des lotissements vont pousser aux alentours, et les agriculteurs, plus que jamais urbains, devront faire avec d’avantage de cohabitation. Attentifs aux projets de la ville, Valérie et Philippe n’hésitent pas à prendre la parole pour mettre en garde contre cette consommation d’espace, qui s’effectue au détriment des espaces naturels et, surtout, agricoles.

Written by Léa Charron

Léa Charron

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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