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Publié Mars 2026

Vodka française : de la pomme de terre à la petite eau

En France, Pauline et Paul-Henri Leluc sont les seuls à produire de la vodka depuis la plantation de la pomme de terre jusqu’à la mise en bouteille. Un challenge dans une région surnommée le grenier de la France pour sa culture de betteraves et de céréales.

Plus qu’un projet professionnel, la ferme de Faronville est un projet de vie. Pauline et Paul-Henri, couple passionné de spiritueux et d’agriculture, ont repris les terres familiales et relèvent le défi de créer une vodka française d’exception. Respectivement journaliste agricole et informaticien, ces enfants d’agriculteurs quittent leurs métiers et la capitale française en 2007 pour venir s’établir en Beauce avec leurs quatre enfants : Nous voulions jouer notre rôle familial en reprenant l’exploitation. Beaucoup de corps de ferme tombent aujourd’hui en ruine et ne sont jamais repris.

À l’image des producteurs de Calvados avec les pommes, ou de Cognac avec le raisin, le couple prend le parti de travailler et de transformer la matière première dont il maîtrise la culture depuis des années : la pomme de terre. Sur ses 260 hectares répartis sur deux sites, la ferme de Faronville produit aujourd’hui principalement des céréales (maïs, blés tendres et durs, orges) et des pommes de terre, suivant une rotation de sept ans, évitant ainsi la propagation du mildiou. 2500 tonnes par an de pommes de terre y sont récoltées, dont environ 40 tonnes sont réservées à la vodka. La majeure partie de la production est distribuée en coopératives.

Très vite après leur installation, le couple souhaite se détacher du modèle agricole « traditionnel » légué par le grand-père de Paul-Henri, spécialisé dans les grandes cultures, comme beaucoup d’autres agriculteurs de la région. Animé par l’envie de retisser du lien social et de se diversifier, il développe et teste de nouvelles activités : de la culture de la pomme de terre à la production d’oignons blancs, en passant par l’aménagement de chambres d’hôtes, le couple finit par réaliser un rêve nourri depuis de nombreuses années en se lançant dans la distillation de vodka.

 

Le secret de la vodka

La vodka peut être fabriquée à partir de différentes matières premières, et suivant deux tendances : à la russe, avec une base de céréales (blé, orge, maïs…), ou à la polonaise, avec la pomme de terre. Paul-Henri, responsable de la production, se spécialise dans les vodkas polonaises et nous confie s’être inspiré de la recette originale pour créer la sienne : la vodka Faronville. Il aura fallu deux ans au couple pour affiner sa propre formule. La levure, c’est la baguette magique et le secret du distillateur. Personne ne divulgue cette information. Personne ne sait quelle levure est utilisée en Pologne par exemple, nous livre-t-il, en évoquant le subtil équilibre entre la variété de pomme de terre, l’enzyme et la levure, indispensable à la production d’un produit noble.

À Faronville, Pauline et Paul-Henri produisent aujourd’hui trois types de vodka : deux blanches, l’une à 40 degrés et l’autre à 42 ; ainsi qu’une vieillie en chai. Elles sont élaborées à partir de deux variétés de pommes de terre, sélectionnées sur des critères stricts de calibre et de taux de matière sèche (l’annabelle et l’agata), d’une enzyme d’origine française et d’une levure, dont ils taisent le nom évidemment.

La première étape se déroule dans la brasserie. C’est ici que se crée toute l’identité du produit, nous indique Pauline. Dès la récolte en août, les pommes de terre sont triées, nettoyées puis lavées. Elles sont ensuite épluchées, coupées en frites et cuites à plusieurs températures pour favoriser la réaction enzymatique qui transformera l’amidon en sucre. Cette purée sucrée fermente grâce à une levure française. C’est ce qu’on appelle le moût, qui est alcoolisé et prêt à la distillation.

L’alambic de la ferme de Faronville, de fabrication bordelaise, a la particularité de disposer d’une colonne de rectification au centre, permettant une sélection des vapeurs. Les premières, les têtes de distillation, sont les mauvais alcools chargés en méthanol qui sont jetés. Suit le cœur de chauffe, qui reste plus longtemps dans cette colonne, ajoutant ainsi de la rondeur à l’alcool. Enfin, les queues de distillation, mauvaises au goût, sont mises de côté pour être réutilisées lors de la prochaine distillation.

Après distillation, l’alcool est réduit au degré désiré en ajoutant de l’eau puisée et osmosée sur place. L’alcool collecté repose enfin pendant trois semaines en cuves avant la mise en bouteille. Une partie de l’alcool distillé est réservée à la fabrication de vodkas vieillies en fûts neufs, qui permettent d’assembler différentes saveurs et couleurs. Dans son chai, Paul-Henri teste, goûte et compose. Un véritable travail d’artiste, empreint de subtilité.

L’accord de la vodka

À l’arrivée, leur vodka blanche nommée Petite Eau (vodka en russe), plus appréciée des puristes du spiritueux, filtrée cinq fois à froid, est la plus neutre et minérale des trois. Tandis que l’autre blanche, la Premium, non filtrée à froid, plus aromatique et plus assumée sur le côté pomme de terre, est prisée des personnes ayant des a priori négatifs sur le goût agressif que peut parfois dégager cet alcool.

À la question quelle vodka préférez-vous ?, Pauline et Paul-Henri répondent en chœur que cela dépend avec quoi. Ils nous invitent à accorder la première aux arômes délicats, raffinés et élégants avec du saumon, une salade et un blini, en toute simplicité, à la russe. Pour la deuxième, plus aromatique, elle sera appréciée pour accompagner du sucré. Elle se marie par exemple très bien avec du chocolat, des macarons, de l’amande…

Le couple se réjouit aujourd’hui d’avoir une place dans le monde de la gastronomie : Les chefs inventent des recettes incroyables et nous font découvrir des assemblages auxquels on n’aurait pas forcément pensé, comme par exemple l’association avec de l’agneau au miel.

Finalement, et bien que la vodka ne soit pas l’unique débouché pour les pommes de terre de la ferme de Faronville, ce ne sont pas moins de 5000 bouteilles par an qui sont distribuées et vendues à des cavistes et des épiceries fines. Il faut dire que la petite eau à base de pomme de terre spécifiquement est rare. Deux autres vodkas de ce type existent aujourd’hui dans l’Hexagone. Elles sont distillées à partir de tubercules provenant de coopératives. La réalisation artisanale d’un bout à l’autre de la chaîne engagée par Pauline et Paul-Henri leur permettent de sortir leur eau du lot.

Written by Alice Bouchet

Alice Bouchet

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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