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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Dans la peau et les plumes d’une poule noire d’Alsace

C’était une p’tite poule noire qu’allait pondre dans l’armoire…  En Alsace, la poulette locale a failli ne plus pondre du tout remplacée après guerre par des volatiles industriels. Heureusement dans les années 90, quelques aviculteurs passionnés ont réussi à lui sauver la peau et les plumes. A Plobsheim, Anne et François observent depuis quelques semaines la belle depuis leur poulailler. Récit.

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« C’est une volaille de taille moyenne, au corps trapu et cylindrique, à l’allure fière et élégante », voilà ce qu’indiquent les livres quand ils évoquent la poule d’Alsace, variété étonnante de volatile producteur d’oeufs. Fière et élégante, assurément. La poule noire d’Alsace est belle, sans doute plus apprêtée que ses cousines gallinacées, ne voyez aucun chauvinisme là-dedans. Admirez plutôt ses reflets bleutés dans ses plumes d’ébène, sa souplesse dans la course et son habileté à saisir épluchures du compost ou verre de terre qui passent par là. Car la poule ne se contente pas de remporter les grands prix de beauté, elle est vive et active. Aux premières lueurs du jour, elle trépigne dans le poulailler jusqu’à l’ouverture de la porte, pour aller gambader dans le pré avec ses congénères.

Poule de terroir

Si on l’appelle noire d’Alsace, elle se décline aussi en doré saumoné, blanc et bleu à liseré foncé, noir étant la couleur la plus communément rencontrée sur le territoire. « Nous, on a un un petit faible pour la doré saumoné ». La belle aurait pu s’appeler noire de Lorraine, ayant changé plusieurs fois de nom au fil des tergiversations géopolitiques. « La Poule d’Alsace a vu le jour alors que cette province était sous occupation allemande, explique Jean-Claude Périquet dans son traité Rustica de la basse-cour. Appelée Poule d’Alsace-Lorraine, Poule d’Alsace, puis Alsacienne, elle retrouve aujourd’hui la dénomination Poule d’Alsace ».

Admirez ces jupons argentés.
Admirez ses jupons argentés.

Voleuse et pondeuse

On l’a dit, la poule noire d’Alsace aime courir dans le pré, gratter la terre et regarder ce qui se passe chez le voisin. Autre point fort de la poulette : elle vole particulièrement haut, ce qui n’est pas sans provoquer des sueurs froides à celui qui décide un jour d’installer quelques spécimens du genre dans son jardin. Pour ne pas avoir à chercher chaque soir sa poule voleuse dans le poulailler du voisin (on sent le vécu) quelques objets s’imposent : une clôture haute, une échelle pour accéder aux branches des arbres, ou… une paire de ciseaux pour couper le bout des plumes. Amis des bêtes, ne hurlez pas, ceci est un conseil d’aviculteur, sans risque aucun pour la poule. Une fois habituée à son nouvel espace de vie, la poule acceptera volontiers de pondre des oeufs, ce qui est en soi particulièrement utile. « On gagne au change, explique la cadette de la famille qui veille au grain. Les poules mangent nos épluchures et nous donnent en échange une bonne ration de protéines. Mais attention, les poules ne sont pas des poubelles ! » L’avertissement est utile : la poule apprécie particulièrement les épluchures, donc, mais aussi les coquilles d’huîtres pilées, les restes de viande, les croûtes de fromage… A éviter : les agrumes et les peaux d’orange. La poule est svelte, on l’a dit.

La poule plus fière que son ombre.
La poule plus fière que son ombre.

Oeuf en plâtre

Pour pondre, il lui faut suffisamment de lumière, un espace propret dans le poulailler garni de paille. Et un coq, direz-vous ? Pas nécessairement. On vous rappelle vite fait qu’un œuf est un ovule qui sans coq ne sera jamais fécondé (et ne deviendra donc jamais poussin) mais restera néanmoins un œuf. Toujours est-il qu’à Plobsheim, on a choisi d’inviter dans la basse-cour faite de 8 poules, un coq : Marcel. Arrivé adolescent dans le poulailler (reconnaissable à son chant éraillé, risée du voisinage durant quelques jours), Marcel règne en maître sur ses poules et encourage à sa façon la ponte de ses poules. Ne croyez pas que l’exercice est si facile. « Chaque matin, au poulailler, c’était la consternation, le vide sidéral. Il n’y avait aucun œuf, rien nada. Alors on est parti à la pêche aux informations. Une parente pleine de bon sens nous a confié un oeuf en plâtre pour que les poules apprennent à ne pas manger leurs oeufs ! » Le lendemain matin, un oeuf tout beau, tout blanc, trônait au milieu de la paille. « On a même entendu la poule quand elle l’a pondu… » Depuis, le rituel de la sortie d’école à midi est le même : les enfants courent au poulailler pour chercher les oeufs du jour. Qui terminent  à la coque quelques jours plus tard, en omelette, en crêpe ou en gâteau. Ou dans une boîte pour la maîtresse, la voisine ou la mamie.

Le cadeau quotidien des poulettes.
Le cadeau quotidien des poulettes.

Concours et sauvetage

En Alsace, on ne plaisante pas avec la poule autochtone : des concours d’aviculture lui laisse une place de choix, des éleveurs se spécialisent dans son élevage, des journalistes lui tirent le portrait
Et une fois l’heure arrivée de passer à la casserole, de grands chefs de la région s’évertuent à lui faire honneur dans leurs cartes. « Nous à Plobsheim, on l’admire de notre fenêtre et on l’aime passionnément. Presque autant que ses oeufs à la coque. »

Écrit par Anne Schreiber

Anne Schreiber

La Castafiore était-elle mariée à un clarinettiste ? En tout cas, Anne l'est. Notre journaliste alsacienne est une passionnée : de musique, de locavorisme et d'agriculture locale... Grande adepte des dictons (genre "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes à condition d'y ajouter des légumes frais") elle n'hésite pas à associer ses enfants à ses expériences culinaires pour vérifier ses sources et écrire ses articles. Et avec elle, c'est toujours fromage (de chèvre) et dessert.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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