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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Ferme du château, le goût des prés et de la traçabilité

Droits dans leurs bottes

Ils tracent leur chemin et toutes les spécialités qu’ils préparent à la ferme. Éleveurs, restaurateurs, entrepreneurs, Laurent et Deborah remuent ciel et terre pour que leur domaine du Château à Houecourt soit autonome, libre et rentable.

Quand je suis arrivé il y a deux ans sur la ferme, la laiterie m’a contacté pour faire les factures à ma place, explique Laurent. Ça a été un électrochoc.

Le trentenaire vient du monde de l’entreprise. Il a dirigé pendant quinze ans 150 cadres dans le secteur du bâtiment avant de reprendre la ferme de son père. Alors quand on lui propose un service aussi opaque qu’infantilisant, il bouillonne. Ici, j’ai une obsession : la traçabilité, savoir ce que l’on produit, ce que l’on achète à qui et à quel coût.

Tout gamin, Laurent vivait ici, dans cette exploitation créée en 1853 au cœur des Vosges. Je n’ai fait que reprendre le chemin tracé par mon père, raconte-t-il modestement. Avant d’être éleveur, on est producteur d’herbe. Ainsi sur les 220 hectares, 40 sont consacrés à la culture du foin et de la luzerne pour nourrir les bêtes l’hiver, le reste est en prairies naturelles réparties tout autour de la ferme et même un petit peu plus loin.

De mars à novembre, les animaux y pâturent, changeant régulièrement de parcelles pour ne pas abîmer le sol. Et ça fait du monde : 25 béliers, 430 brebis et 290 vaches : 76 vaches de race Limousine, 17 vaches de race Aberdeen Angus et 50 vaches des races Montbéliarde et Prim’Holstein pour l’activité lait qui devrait bientôt être transférée dans une nouvelle exploitation voisine que Laurent vient d’acheter. Vous ne trouverez pas une trace d’OGM chez nous, toute la nourriture est produite sur place. Traçabilité alimentation : check !

L’arche de Laurent

Bien nourrir pour bien chérir, tel pourrait être l’adage de la maison. Une passerelle au-dessus de la bergerie permet de servir à manger aux agneaux sans les déranger. On en profite pour juger de la situation. Les brebis allaitent leurs progénitures dans des enclos de paille fraîche et propre. Dans un coin, les agneaux orphelins sont nourris au biberon. Dans un autre, les plus petits se réchauffent sous une lumière rouge. Victor, 10 ans, un des trois fils de la maison nous met en garde contre nos excès de mignonitude. Les agneaux, ce ne sont pas des doudous, ce sont des êtres vivants. Il ne faut pas les prendre trop dans les bras, sinon ils croient que nous sommes leur mère. Message reçu, on repose les bébés moutons et on s’éclipse sur la pointe des pieds pour ne pas perturber cette quiétude fermière.

On s’organise pour être libres et ne pas dépendre des fournisseurs d’animaux.

Un peu plus loin, un taureau semble avoir besoin de repos. Il a sailli tout l’hiver, il est fatigué, s’amuse Laurent, qui rappelle qu’ici la reproduction est totalement naturelle. Pas de banque de sperme, pas d’inséminateur, pas de sur-pression à la ferme du Goût des Prés. On s’organise pour être libres et ne pas dépendre des fournisseurs d’animaux qui n’arrêtent pas de se racheter entre eux. Traçabilité lignée : double check !

Jusqu’au bout de la couenne

Dans un des bâtiments de la ferme, Deborah a installé son laboratoire de transformation. C’est ici qu’elle stocke et cuisine les pièces de ses bêtes revenues de l’abattoir coopératif Adéquat. Détenu par 337 sociétaires, créé par la Chambre d’agriculture des Vosges, l’outil est aux mains des éleveurs. Chacun peut se servir du matériel aux dernières normes d’hygiène mais aussi avoir accès aux compétences partagées de bouchers ou de transformateurs.

Deborah et Laurent, eux, ont choisi de confier la découpe de leur viande à Stéphane, colosse aux mains d’argent. C’est pas facile de trouver quelqu’un comme lui, confie Deborah. Moi je suis Parisienne, la blanquette, je l’aime pas grasse. Je veux que mes plats soient préparés comme ceux que je sers à la maison. On ne mange pas pareil, confirme Stéphane qui n’est vraiment pas du même gabarit que l’ex-déléguée pharmaceutique, la gélatine c’est ce qu’il y a de meilleur. 

Professionnel, le boucher suit à la lettre les recommandations de Deborah qui a élaboré toutes ses recettes après une année de formation à la restauration rapide : veau de lait aux noisettes, chili de bœuf épicé, agneau au poivre vert… au total, près de 25 plats cuisinés 100 % tracés. On travaille uniquement avec la viande que l’on élève et les légumes des maraîchers du coin, rappelle Deborah. On ne surcuit pas, on fait comme nos grands-mères.

L’évidente vente directe

Mon père, il vendait tout à la laiterie et à la foire aux bestiaux, ajoute Laurent qui se félicite d’avoir réussi à mettre en place la vente directe. Merci les Ruches ! Maintenant il faut que ça marche. Le couple y met toute son énergie en développant la vente en ligne, en parcourant les salons. J’ai perdu 15 kilos en deux ans, confie Laurent au milieu les champs. Avant, je prenais tout le temps l’avion, j’étais constamment en réunion. Je ne pourrais pas travailler comme ça si je n’avais pas eu cette expérience avant. C’est une nouvelle étape de ma vie. Je suis speed, je cours partout, rapporte de son côté Déborah en train de faire mille choses à la fois. On espère dans quelques mois commencer à lever le pied. Pour l’heure, elle doit préparer les colis que Chronofresh viendra bientôt récupérer. Remplir les boîtes, coller les étiquettes et connaître le nom de ses destinataires. La traçabilité jusqu’au bout de la livraison.

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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