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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

La Verloossoise : la co-propriété agricole idéale

« S’il avait fallu que je travaille seul dans mon coin, je n’aurais jamais choisi le métier d’agriculteur. » À quelques kilomètres de Lens (62), la coopérative d’utilisation de matériel agricole la Verloossoise (CUMA) compte parmi les plus belles réussites d’entraide agricole. Visite.

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Imaginons que nous soyons un drone et que l’on survole les multiples champs autour de la ville de Lens. Ou que l’on monte sur le terril de Loos-en-Gohelle, le plus haut d’Europe. Que voit-on à l’horizon ? Du côté de Vermelles, un triangle isocèle fait de deux grands bâtiments agricoles. Lorsque l’on s’approche de plus près, le hangar du Sud scintille. Recouvert de 1250 m2 de panneaux solaires, il alimente en électricité une soixantaine d’habitations. Dessous, c’est un paradis pour les amoureux du boulon.

De magnifiques bécanes rutilantes attendent qu’on les emmène dans les champs : déchaumeurs, tracteurs au tableau de bord de boeing 747, arracheuse, planteuse, herse étrille, rotative, vibro 4 m (oui mesdames), épareuse, batteuse… Au total, plus de 80 machines agricoles que se partagent 31 exploitations, 35 agriculteurs pour cultiver 2000 hectares à moins de 20 kilomètres à la ronde. Thierry Baillet en est le Président.

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N’imaginez pas un baba cool à dreadlocks ou un nostalgique des ashrams, Thierry, la petite quarantaine est un céréalier de son temps pour qui l’esprit collaboratif pousse aussi dans les champs. « Agriculteur, c’est le plus beau métier du monde mais je ne l’aurais jamais choisi si je n’avais pas pu travailler en équipe avec mes agriculteurs-voisins. » Ca tombe bien, chez les Ch’tis, l’entraide agricole est bien ancrée dans les pratiques. A Loos, l’un des bleds du coin, une banque de travail permet dès le XXe siècle d’échanger services et matériel. Je te prête mon tracteur, tu me fais ma compta ou je te file mon déchaumeur et tu viens faire les foins avec moi. Avec ce système proche d’un SEL (système d’échange local), chaque heure d’entraide est comptabilisée. L’objectif étant en fin d’année d’arriver à zéro.

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« En 1992, lorsqu’arrive la politique agricole commune, 8 agriculteurs de la région décident de se regrouper pour créer la Cuma la Verloossoise, se souvient Thierry encore étudiant à l’époque. L’objectif premier étant de réaliser des économies d’échelle et de diminuer les coûts de matériel. » La Cuma investit alors dans 6 bécanes dont un tracteur. Rapidement, la coopérative grossit et rassemble de plus en plus d’adeptes. Le matériel est acheté en commun et garé chez les uns et les autres. Des groupes de travail se mettent en place pour les semis, la moisson ou les arrachages. « En 2012, nous avons franchi une belle étape en inaugurant notre hangar avec atelier, salle de réunion, aire de lavage et remplissage pulvé, phytobac, » se réjouit encore Thierry aujourd’hui.

« Le principe de notre Cuma : payer l’outil et son amortissement et s’engager pour 7 ans minimum. Mais on est sûrs d’avoir du matériel dernier cri et de qualité. »

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C’est à ce moment du récit que Michel, la soixantaine, déboule dans le bureau avec son petit carnet qu’il remet à Christian secrétaire de la coopérative. Dedans, il a tout consigné, l’outil qu’il a utilisé, pendant quelle durée, dans quel état il l’a rendu à l’un des 3 mécaniciens… Il en profite pour parler de la pluie du beau temps, de la famille, des enfants. « Notre Cuma n’a rien à voir avec un loueur de matériel précise Thierry. Dans certaines, on rencontre parfois le syndrome Kiloutou, un grand nombre d’adhérents qui picorent dans les matériels sans s’investir. »

Ici, l’engagement s’inspire des histoires d’amour, il doit durer au moins 7 ans. Au minimum on s’engage sur l’activité déchaumage en cotisant pour le matériel idoine et depuis peu, tous les coopérants doivent contracter une part sociale de 150 €, en plus des 60% du chiffre d’affaires annuel requis pour faire tourner la boutique. « Ces deux artifices ne garantissent pas d’avoir des adhérents impliqués, précise le Président, mais limitent le nombre des pique-assiettes ce qui n’est déjà pas si mal. »

« Pour intégrer notre Cuma, il faut être accepté par tout le monde. »

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Globalement, Thierry n’a pas à se plaindre, la machine tourne bien. Quand un agriculteur souhaite acheter un nouveau matériel, il monte un groupe de travail avec au minimum 2 à 3 autres collègues sur le sujet : pommes de terre, labour, fenaison, irrigation… La proposition est alors soumise aux votes. Comme dans toutes les coopératives, on applique le principe un homme une voix et à bulletin secret pour permettre à chacun de s’exprimer librement. Récemment, un groupe s’est monté pour développer l’agriculture biologique de plein champ. Thierry a raccroché son wagon, ravi de mettre en commun des terres pour les exploiter en bio et de bénéficier de l’expérience de Pierre qui a déjà converti une partie de son exploitation.

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Pour assurer la vie en collectivité, Thierry a édité les 10 commandements de la Cuma, que chacun s’engage à appliquer. Le 8e porte sur la formation parce que sans mode d’emploi, n’imaginez pas faire fonctionner un tracteur dernier cri avec un seul permis B. En plus des séances de training organisées par les constructeurs,Thierry réalise des tutos qu’il met en ligne sur la chaîne Youtube de la Cuma aux 573 abonnés.

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Et s’il est un commandement qui lui tient à coeur comme à la plupart des adhérents, c’est bien le dernier : « partager d’autres choses ». « Si le matériel attire, l’humain assure le ciment, » rappelle-t-il comme une évidence. Aussi, le barbecue de septembre fait partie des événements incontournables tout comme la messe des moissons célébrée chaque année sous le hangar avec plus de 250 personnes. Et il y a surtout tous ces moments informels où l’on échange, où l’on discute entre collègues. Souvent entre amis.

« Une Cuma, c’est un peu comme un psy. C’est un endroit où l’on parle de soi. »

Allez Thierry, une dernière question avant d’aller se jeter une bavette/bière/frite : fermez les yeux et imaginez les 30 ans de la Cuma (en 2023). Le passionné a tout prévu et nous renvoie sur l’une de ses vidéos, projection idéale dans le futur faite d’effets spéciaux maison. On y découvre la construction d’un bâtiment de stockage de pommes de terre, la mise en place d’une légumerie avec salle de conditionnement, l’approvisionnement des cantines locales et un magasin, la conception d’un méthaniseur, d’une unité d’épuration pour transformer le méthane en carburant… Vivement 2023 !

Written by Hélène Binet

Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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