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Sur le terrain

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Publié Mars 2026

Pigeon à la carte, envol gustatif

Manger dans les plumes

Avez-vous déjà goûté du pigeon ? Pas ceux des trottoirs parisiens, mais les oiseaux élevés par des férus de bonne cuisine. Proche du canard en goût, cette viande doit sa luxure aux producteurs passionnés comme Rémy et Mathieu Anézo.

À la frontière entre la Loire-Atlantique et le Morbihan, la commune de Mesquer est réputée pour ses huîtres. À juste titre d’ailleurs. Mais de passage sur la commune, il serait dommage de se cantonner aux coquillages. Quelques centaines de mètres parcourus dans les terres permettent de trouver un élevage de pigeons de renommée internationale. Nous expédions nos produits jusqu’au Japon, affirme Rémy Anézo. C’est lui qui a créé l’élevage en 1982. Aujourd’hui il a passé la main à son fils Mathieu, qui perpétue la tradition familiale.

En fait de pigeon, il s’agit plutôt de pigeonneau âgé de 28 à 35 jours. Avant 28 jours, ils sont trop gras et après 35 jours, ils commencent à voler et la chair durcit, explique Mathieu. Chaque semaine, ce sont entre 600 et 800 pigeonneaux qui sont expédiés, essentiellement vers des restaurants. Pour autant, pas besoin d’aller dans de chics établissements parisiens pour déguster cette viande rare. Les particuliers peuvent se fournir directement à la boutique de l’exploitation ou la déguster sur place. Un restaurant ne servant que du pigeon a récemment pris place sur les lieux. À la carte : pigeonneau grillé à la sauce morille, carpaccio et tartare de pigeon ou encore burger de pigeon. C’est moi qui ai conçu ces plats, sourit fièrement Mathieu.

Le pigeon se rapproche davantage du canard, en plus fin.

Pour être sûr de ne pas rater la cuisson, le pigeon peut-être cuit en cocotte, recouvert de cidre pendant quarante-cinq minutes. Rémy vous dira que trente minutes suffisent pour le manger saignant, mais pour les néophytes, ça peut-être un peu fort en goût, glisse avec un clin d’œil une des salariés de la ferme une fois que le patron a tourné le dos. Gare à la surprise lors de la dégustation. Il n’est pas question ici de viande blanche. Le pigeon n’est pas une poule de petite taille, il se rapproche davantage du canard, en plus fin.

Pour assurer la production, Mathieu et Rémy bichonnent 3200 couples de pigeons adultes qui réalisent 7 couvées de 2 œufs par an, selon leur bon vouloir. Le nombre peut faire peur, pourtant on est loin de l’élevage de volailles industrielles. Les couples de pigeons sont répartis par groupes de 30 dans des cages plein air.

Chaque couple dispose de deux nids que Rémy a aménagés avec des boîtes d’œufs et de la paille. Il est très vigilant sur la parité dans chaque cage : S’il y a un mâle en trop, ça va être un peu compliqué au début, puis les autres vont vite le remettre à sa place quand il fera la cour à leur femelle. Par contre s’il y a une femelle seule, elle va casser d’autres couples et ça il faut absolument éviter, décrit-il. Les pigeons sont-ils fidèles à leur partenaire ? À peu près autant que les humains, répond-t-il évasivement avec un brin d’ironie.

Une fois que les œufs ont éclos, les petits sont nourris par leurs parents avant de pouvoir descendre eux-mêmes chercher la nourriture et l’eau. Les huit premiers jours, la femelle produit un lait de jabot, à partir de grain, pour nourrir sa portée, rapporte l’éleveur. Eh oui, même les oisillons boivent du lait.

À l’œuvre dans les cages, Rémy peut évaluer d’un simple coup d’œil si un œuf est fécondé ou non. Chaque nid est inspecté. Si un pigeonneau est seul, il cherche un second nid avec une place disponible pour regrouper les petits par deux. Quand il n’y en a qu’un, la femelle s’en occupe moins et les chances de survie sont moins importantes, explique-t-il au milieu des oiseaux. Déjà tout petit, je passais mon temps à grimper aux arbres pour regarder les nids. Je ne comprenais pas par quelle magie un œuf se transformait en oisillon du jour au lendemain.

La passion pour les pigeons, Mathieu en a hérité de son père. Mais il ne s’est pas arrêté là. Son truc, c’est la restauration. Il adore cuisiner et il fait des plats extraordinaires, avoue son père. Une passion qui a permis de sauver l’entreprise pendant le confinement. Lorsque les restaurants ont fermé, Mathieu s’est tourné vers les marchés pour vendre ses pigeons. Il y avait une grande plancha au milieu du marché pour que les gens viennent cuire ce qu’ils avaient acheté. C’est là que j’ai eu l’idée de proposer des planches apéro à base de pigeon, se souvient-il. Saucisse, saucisson, boudin antillais, terrine, cuisse confite… Tous les classiques de la charcuterie sont déclinés avec du pigeon. Devant le succès des planches, il décide d’ouvrir le restaurant sur l’exploitation en 2020 et d’y cuisiner pour les clients.

Pendant le confinement, il y avait une grande plancha au milieu du marché pour que les gens viennent cuire ce qu’ils avaient acheté.

Mathieu nourrit également les pigeons. Il remplit les mangeoires des oiseaux une fois tous les quinze jours. L’opération se fait à l’aide d’un grand tuyau, relié à un réservoir derrière le tracteur, qu’il actionne comme une lance à incendie. Pour assurer la qualité de l’alimentation, le blé et le maïs donnés aux oiseaux sont cultivés sur l’exploitation. Tous les éleveurs ne donnent pas de blé, mais pour nous, c’est important car ça donne les graisses blanches, alors que le maïs produit des graisses jaunes moins bonnes, assure Rémy. Une chose est sûre, avec toute l’attention que père et fils apportent à leurs animaux, le succès des pigeons de Mesquer ne risque pas de s’envoler de si tôt.

Written by Tanguy Dhelin

Tanguy Dhelin

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Sur le terrain

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L' »Allemand fou » 40 ans plus tard

Si vous accompagnez Friedrich dans sa propriété près de Gibraleón, vous n’entendrez qu’une chose : un concert tonitruant de chants d’oiseaux. Mais derrière cette idylle se cache une décision radicalement non conventionnelle prise il y a longtemps. Aujourd’hui certifié Demeter depuis 1994, il prouve que sa « folie » est la seule réponse logique à la crise de nos sols. Il y a quarante ans, Friedrich est tombé amoureux du domaine « Finca Jelanisol-Montebello » lors d’une visite en Espagne. À l’époque, il travaillait pour un intermédiaire pour des fruits et légumes produits de manière conventionnelle. Deux choses se sont produites qui l’ont fait réfléchir : Un ami lui a offert un livre sur la permaculture de Bill Mollison, qui l’a inspirée. Il visitait un champ en Italie et cherchait désespérément des vers de terre dans le sol. Lorsque l’agriculteur lui confirme qu’il n’y a pas de vers de terre « parce qu’il n’y en a pas besoin », Friedrich commence à réfléchir. Une vision globale : tout est connectéPour Friedrich, l’agriculture n’est pas un processus isolé, mais fait partie d’un tout. Il a une vision très holistique et philosophique du monde, dans laquelle tout – du microbiome du sol au consommateur – est lié. Pour lui, sa ferme n’est pas seulement un lieu de production, mais un organisme vivant dans lequel les hommes et la nature coexistent en harmonie. Il pense qu’une société pacifique ne peut émerger que si nous produisons en harmonie avec la nature. Si nous le faisons correctement, il y a assez pour tout le monde ; il suffit de ne pas détruire les bases. L’un des principaux moteurs de l’œuvre de Friedrich est une profonde inquiétude quant à l’état de notre alimentation moderne. Il explique que de nombreux aliments que nous consommons aujourd’hui sont « vides ». Il fait référence aux produits de l’agriculture conventionnelle qui, en raison des pesticides et d’un stockage prolongé, n’ont plus aucune valeur nutritionnelle significative. Il suit le principe « sol sain = personne saine ». Seule une terre vivante et régénérée peut produire des fruits qui nourrissent réellement le corps. L’une des premières choses que Friedrich a faites a été de créer un grand étang, non pas pour l’irrigation de la ferme, mais uniquement et exclusivement pour les oiseaux, les grenouilles, les canards et les poissons. Lorsqu’il pleut beaucoup, l’eau s’y écoule. Ils produisent eux-mêmes l’engrais organique à l’aide de micro-organismes et alimentent les arbres en minéraux en continu grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte.

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La science derrière le sucre

Nous avons rendu visite à Antonio du domaine « Sicilian Passion » en Sicile. Dans une région traditionnellement connue pour ses agrumes, Antonio a décidé il y a quelques années de suivre une autre voie : il cultive des fruits de la passion (et même des papayes !). La détermination précise du moment de la récolte est un élément crucial de notre collaboration. Nos équipes effectuent des mesures de sucre directement sur le terrain. Un réfractomètre permet de déterminer la valeur Brix et de s’assurer que les fruits ont atteint la maturité physiologique et le profil aromatique requis. La récolte ne commence qu’une fois ces seuils atteints. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir notre collègue Angelo prendre ces mesures. C’est très amusant, car vous vous projetez littéralement dans l’avenir. Caractéristiques de maturation et étymologieUne qualité importante du fruit de la passion est la texture de sa peau. Contrairement à de nombreux fruits, la règle est la suivante : plus les rides du fruit sont prononcées, plus sa teneur en sucre est élevée. En raison d’une légère évaporation au cours du processus de maturation, le sucre du fruit se concentre à l’intérieur, tandis que l’acidité diminue subtilement. Il y a deux récoltes par an, l’une pendant les mois d’hiver et l’autre pendant les mois d’été. C’est surtout en été que les fruits sont plus « ridés », car le liquide s’évapore plus rapidement sous l’effet de la chaleur. Saviez-vous que le nom « fruit de la passion » est dérivé de l’iconographie chrétienne ? Au XVIe siècle, les missionnaires espagnols ont interprété la structure complexe de la fleur comme un symbole de la Passion du Christ. Les filaments de la fleur étaient associés à la couronne d’épines, les trois stigmates aux clous de la croix et les cinq étamines aux plaies. Dans la galerie, vous trouverez une photo où cela est très clairement visible.

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Rouge sang et extrêmement délicieux

Pourquoi les oranges sanguines ne sont pas forcément toutes rouge sangNous avons visité la Sicile et rencontré Danilo d’AranceBio dans un champ où la récolte d’oranges sanguines était à son apogée. Vous pouvez non seulement voir les oranges mûres suspendues aux arbres, mais aussi les sentir. Le ciel est bleu, les arbres et la prairie sont verts, et les oranges pendent comme de petites lanternes dans les arbres. Le temps est ensoleillé mais très frais – même en Sicile, c’est l’hiver. C’est exactement le bon moment pour que les oranges mûrissent. Il faut un mélange de journées chaudes et de nuits fraîches pour que se développe l’anthocyanine, le pigment qui donne à la pulpe sa couleur rouge. Si les nuits sont trop chaudes, le pigment ne peut pas se former et votre orange sanguine risque d’être plus orange que rouge, mais tout aussi savoureuse. Danilo cultive deux variétés différentes : la Moro, qui est un peu plus acide et dont la chair est d’un rouge profond (s’il fait assez froid !) et la Tarocco, qui est un peu plus sucrée et très douce. C’est un peu comme un enfant qui ouvre un œuf Kinder. De l’extérieur, vous ne pouvez pas savoir si le fruit sera rouge ou simplement orange. Compte tenu de l’augmentation des périodes de sécheresse, Danilo s’appuie sur une couverture végétale permanente. Ce tapis naturel protège le sol et sert de réservoir d’eau, stockant l’eau précieuse pendant les périodes de sécheresse – préservant ainsi la résilience de la nature. Nous avons évidemment dû demander ce que nous devions manger en Sicile, et Danilo nous a recommandé deux plats : les traditionnelles Pasta con le Sarde (quoi d’autre ?!) et ces boulettes de riz frites appelées Arancini.

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